Wallas

1ère partie de : Le collier de Jade

Je me nomme Wallas Grantford. Mon père, Julius, étudie les astres afin d’aider les Anciens et le roi dans la régence de notre pays. Ma mère, Kali, est tisserande royale. C’est elle qui créé les magnifiques tapisseries qui ornent le palais royal, et qui coud les habits de cérémonie du roi. Je n’ai pas de frère ni de sœur. Je n’ai pas beaucoup d’amis non plus. Je passe le plus clair de mon temps au collège, entouré d’une armée de professeurs pour toute sorte de matières telles que l’astronomie, la géométrie, l’histoire, la géographie, la physique et bien d’autres choses encore. On me prédestine à une carrière d’Ancien. On m’a répété depuis mon enfance que j’étais doué pour étudier et comme c’est ce que je fais de mieux, et bien, je ne fais que cela. J’aime lire par-dessus tout. Si on me cherche, il y a donc de fortes chances de me trouver à la bibliothèque avec un gros ouvrage sur les genoux en train de m’instruire. Peu habituée aux rayons solaires, ma peau est restée blanche. On pense d’ailleurs que je suis malade mais ce n’est pas le cas. Ceci dit, cette pâleur est sûrement accentuée par le fait que je sois anémique. Je suis donc assez faible physiquement, mais après tout, je ne souhaite pas devenir soldat.

Mon enfance a été bercée par les contes et les fables de l’ancien temps. Notamment lorsque je fus assez grand, par l’histoire de mon ancêtre, Alix D’Arnhor, qu’on disait être une créature féroce et sanguinaire. Cette histoire m’a toujours fait peur, tout en me fascinant à la fois. D’une part je savais qu’elle était réelle et d’autre part elle me touchait de très près puisque c’était l’histoire de ma famille.

Aujourd’hui âgé de dix-sept ans, je trouve des incohérences dans cette histoire. Je suis à un âge où l’on commence à se poser des questions mais où les réponses sont moins évidentes à comprendre. On estime ainsi que tous les lycans ont disparu de la surface du globe. Et pourtant, Alix a de nombreux descendants à Roveira, dont je fais partie. Les Anciens nous cachent quelque chose, je le sens, mais j’ignore quoi exactement. C’est pourquoi je me suis senti investi d’une mission : celle de retrouver tous mes cousins, qu’ils soient plus ou moins éloignés de moi, et de tirer au clair cette histoire. Ce n’est pas chose aisée, car les Anciens ne parlent pas du passé, et leur barbe frise dès qu’on mentionne le nom d’Alix.

Ce matin-là, j’étais distrait pendant mon cours d’astronomie théorique. Le fait que mon professeur soit aussi mon père n’était en rien plus facile. Je commençais à m’ennuyer et j’avais plutôt envie d’aller prendre l’air pour une fois, me promener en forêt, sentir la mousse sous mes pieds nus. On ne me laissait que trop rarement sortir de la ville. Heureusement, mon seul et unique ami Briac, me sauva de mon calvaire et m’offrit une journée de répit dans mes études. Désespéré par mon comportement de ces derniers jours, mon père abandonna la partie et accepta que je sorte avec Briac, sous bonne escorte cependant. Mes protestations n’y changèrent rien et je rejoignis mon ami à l’entrée de la ville bien encadré entre deux soldats de la garde.

-Qu’est-ce que c’est que ça, encore ? Lança Briac, agacé.

-Le jeune Monsieur Grantford ne doit pas sortir seul. Répondit un des deux soldats au gamin qui le regardait d’un air de défi.

-C’était la condition pour que mon père accepte notre escapade, Bri. Répondis-je, résolu.

Briac soupira, les mains sur les hanches, en secouant la tête de gauche à droite.

-Les Anciens craignent quoi ? Une attaque ?

-Allez, Bri, viens, ne t’occupe pas d’eux. Raconte-moi plutôt comment va ta famille. Et nous voilà partis sur le sentier en direction de la forêt d’Alix – ça sonne bien, non ? – suivis de près par les deux soldats, épée au côté, l’œil aux aguets, l’ouïe attentive. Nous passâmes la journée à prendre des nouvelles de nos familles respectives, à nous chahuter et nous taquiner sur nos vies bien peu mouvementées. Briac était un peu plus jeune que moi, c’était peut-être pour cela que nous nous entendions si bien. Il fallait avouer que je n’étais pas très mature pour mon âge. Cependant, je sentais bien que mon corps et mon esprit étaient en train de subir d’imperceptibles changements. Je mettais cela sur le compte du passage de l’adolescence à l’âge adulte sous peu. Comme j’avais tort.

-Et que devient ta sœur ? Demandai-je à Briac lorsque nous fûmes sur le chemin du retour, avant la tombée de la nuit.

-Tu n’es pas au courant ? Comme tu es tout le temps au collège, je pensais que tu savais. Candice a obtenu son diplôme. Elle est Kaïd maintenant.

Surpris, je ne sus que répondre. En effet, Candice était une des rares femmes à avoir étudié au collège. Elle était une de mes camarades de classe il y a quelques années. Mais depuis deux ans, mes professeurs estimant mes capacités intellectuelles plus élevées que la moyenne, ils m’avaient retiré du cursus normal pour me faire prendre des cours particuliers. Je ne voyais donc plus Candice aussi régulièrement que je le souhaitais. La jeune femme était âgée de dix-neuf ans. Elle avait donc deux ans de plus que moi. Pourtant, cela ne nous empêchait pas de bien nous entendre. J’étais secrètement amoureux d’elle depuis que je l’avais rencontré pour la première fois, lorsque j’avais cinq ans. Je l’admirai, avec ses longues boucles rousses soyeuses, ses yeux couleur émeraude et sa voix profonde. Son intelligence aiguisée l’avait toujours sortie des pires situations d’examen, alors je ne fus pas étonné qu’elle soit parvenue à un poste aussi élevé aussi jeune, malgré le fait d’être une femme. Il faut savoir que les Anciens ne sont pas tous automatiquement élu pour conseiller le roi. Et la plupart commencent en tant que Kaïd. Pas besoin d’être élu, juste d’obtenir le diplôme et d’être choisi par l’un des Anciens.

-Alors, on la verra encore moins, maintenant qu’elle passera tout son temps au palais. Parvins-je malgré tout à articuler, contrôlant tant bien que mal le timbre tremblant de ma voix.

-Ouais, c’est sûr. Tu n’auras qu’à venir diner à la maison, la prochaine fois qu’elle reviendra. Je te tiendrai au courant. Comme ça vous pourrez parler du bon vieux temps. Me répondit Briac, avec un sourire entendu. Je me senti rougir tout à coup. Se pourrait-il qu’il soit au courant des sentiments que j’entretenais pour sa sœur ? Pas impossible. Je hochais la tête en baissant le regard sur mes pieds cachant mal ma honte. Je regardai ma montre et m’aperçu que le soleil allait bientôt se coucher. Il fallait rentrer avant la tomber de la nuit. Les soldats nous pressèrent justement d’allonger le pas, ce que nous fîmes sans rechigner. Les histoires qui avaient bercé notre enfance n’étaient pas des plus innocentes et resteraient gravées en notre mémoire pour toujours. En arrivant en ville, je saluai chaleureusement mon ami en le remerciant de cette merveilleuse journée, puis je retournai en courant au collège où ma leçon d’astronomie pratique m’attendait, comme tous les soirs.


Meryma

"Ecrivaillonne" depuis plusieurs années, je laisse mon esprit vagabonder dans de multiples univers, entre fantasy, fantastiques et science-fiction. Sont postés ici des extraits, des nouvelles ou des premiers jets. Bon voyage :)

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