Visite chez l'écrivain voyageur royaliste

Il est écrivain. Il est marin. Il est royaliste. Visite chez un explorateur devenu auteur de romans.

« A la tierra sin nombres y sin numeros bajaba el viento... » Le Chili, ses montagnes. Un air d'Amérique du Sud me revient dans cet arrondissement huppé. Décembre 2015. 18 heures. Il fait nuit à Paris. L'Arc de Triomphe n'est pas loin, au bout de l'avenue. Une rue adjacente. Une porte cochère, le code. Le code ? Dans l'agenda... Déclic. Une cour assez sombre, la porte vitrée. « Il y a un parlophone », avait-il dit. Son nom est écrit. « Montez ». Nous sommes deux. Il faut être deux pour être sûr d'avoir bien compris, bien noté. Escalier rond et amical... « Mais vous êtes essoufflé », dit-il en souriant. L'écrivain a ouvert sa porte. Il nous accueille.

Une vaste pièce, salon à droite, salle à manger à gauche, avec une grande table carrée. Les murs sont d'un jaune soutenu, tonique. On retrouvera la couleur dans le bureau, après cinq mètres de couloir, cinq mètres de rayonnages de livres entassés. Impressionnant. Nous sommes chez un écrivain, Jean Raspail.

Nous abandonnons le bureau, pas très grand, un peu encombré, pour revenir autour de la table. Sur le mur, une longue pièce de tissu brodée, une scène de rivière, plus haut des petits cadres, avec des représentations de navires, plus haut encore, jusqu'au plafond, une trentaine de bouteilles de verre portant des maquettes de bateaux... Nous sommes chez un marin.

En témoigne cette casquette posée là. « Je suis capitaine de frégate », dit-il. La crèche disposée sur la table est gardée par une demi-douzaine de santons militaires rangés à l'arrière : la Légion dans ses tenues, du para au pionnier. Nous sommes chez un militaire. Un chrétien aussi. Le sapin est ici réduit à une évocation de dix centimètres de haut. L'autre partie de la table est couverte d'un tissu noir bordé de rouge.

Le plus extraordinaire est derrière nous. Un étrange bateau, sous verre. Un mètre de long, hautes voiles blanches, mâts de bois foncé et coque rouge, pourpre plutôt, laquée... Mais surtout l'étrave, à l'avant est inversée, comme sur les cuirassés d'autrefois. « Un peu le navire du capitaine Nemo » dit l'écrivain. Il a acheté cette maquette en Bretagne. On pense à Jules Verne, évidemment.

"En canot sur les chemins d'eau du roi"

Pourtant, c'est la broderie qu'il évoquera par deux fois. C'est son premier voyage : la descente « en canot sur les chemins d'eau du roi ». Première aventure, première découverte de l'Amérique française et première rencontre avec les Indiens. A gauche, une carte du continent. Au milieu, l'eau et les embarcations. Sur les franges, des noms : « Mississipi- Nouvelle-Orléans », ceux des explorateurs aussi et « 5.000 km en canoë ». On pense à la tapisserie de Bayeux.

Le roi. Où est-il ? On le retrouvera dans le petit bureau. Derrière une frêle plaque de verre, le siège de l'écrivain est massif. Pas de doute, il a voulu un trône. Un globe éclairé, subtilement tourné pour qu'apparaisse le continent sud-américain. Au mur, comme une Constitution, le papier qui donne sa légitimité au souverain : l'affiche en anglais trouvée par lui à la porte d'une réserve indienne oubliée. Toute l'oeuvre commence là.

Mais ce n'est pas lui, le roi. C'est peut-être ce portrait d'un Bourbon dans un petit cadre rond quasi anonyme. Non, le roi, ici, c'est ce petit personnage de glaise, un santon de 15 centimètres de haut, couleur sienne brûlé, réalisé d'après une photographie du XIXe siècle. Le pied ferme, bandeau sur le front, posant pour la postérité : Orélie-Antoine de Tounens, roi de Patagonie...


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