Une taxite, quelque part dans une capitale du monde...

Ce plaid un peu brun – de ceux qui endorment les nuits d'hôpital ou de prison – posé sur la banquette avant.

- Je suis taxite…

Le volant à serrer comme un poing. Un frein pour se retenir, les vitesses par habitude.

Tout est en place ?

Je n'oublie rien ?

Un pneu de rechange…

… Ne pas crever.

Elle porte ces visages qui semblent avoir capté tous ceux de la rue jusqu'à devenir une sorte de miroir dépoli d'au-delà de l'angoisse ou même des joies… ravagé… d'après l'invasion…

Un pays qui aurait nourri d'étonnantes civilisations à présent disparues…

De ces visages penchés seuls vers le comptoir d'un bar de nuit.

Dans ce décor automobile, son corps d'arbre sec poussé d'entre la tôle aux racines apparentes méchamment tordues paraît revenir d'une vie qu'elle aurait joué gravement puis perdue avec autant d'application.

Sa façon de ne pas être… ni à quiconque… à parler faux presque… la voix versée sur le bas-côté de la route… comme si l'indicible n'appartenait pas à la logique d'un texte et d'une diction appropriées…

… Le regard plein d'alcool…

… Il suffisait de tendre son feu verre.

Allez, passez.

On a le même compteur, Camarade.

Combien la prise en charge ?

- Je suis taxite.

Ce n'était pas forcément un vilain métier.

Mais pour une femme, pensez.

De nuit, en plus.

Il en est monté des clients dans cette fichue chignole au voyant lumineux…

… Libre, pas libre.

De la simple question pour noyer le poisson du silence… de banquette à banquette… au viol dans la cour sombre d'un hôpital… furtif… en pourboire, à peine une insulte à son corps… ce viol qu'elle prend comme une main sale et pauvre… d'une infinie tristesse… sans haine… jusqu'à le gommer… le confondre avec une buée d'hiver sur la vitre relevée…

… Ce froid.

Le viol… ce n'est pas seulement forcer un orifice...

Un quignon de vie… pas vraiment de pain… pas vraiment...

Une femme seule au volant d'un taxi…

Une femme qui revient de loin…

Cette nuit à la course…

Percée d'hommes et de femmes qui reviennent de loin…

À traverser dans les clous choisis pour ne pas choisir…

À ne pas s'entendre…

À s'en boucher les oreilles avec les poings.

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