Un pied en enfer ( récit épisode 2)

Enfant, je ne pouvais savoir que le temps fait si mal, car je riais de devenir un carré magique de papier argentique. Hier, je l’ai posé dans une vieille boîte de sardine trouvée au sol, car je ne suis pas du genre à donner de la lumière, celle de mon âme, aux passants de passage. Pleutre que je suis, un homme à terre qui a rêvé un jour, d’aller voir le monde, mon âme elle se perdra dans un fond de vase, pas celui des fleurs, pas celui du nez de mon père qui s’est noyé volontaire. Non, j’ai baissé les bras par amour, je crois. Elle est partie sans ma main, sans mon corps, sans mon cortex, comme toutes les femmes de ma vie. Pourquoi ? Mon esprit fermé, aux Antilles une d’elle m’a dit : “les projets”!

Et oui, bordel de merde, je jure, ce n’est pas que je n’y pense pas, aller sur la Lune, voir le bleu de Jupiter comme la mer, le rouge de Mars, j’en ai des projets, partir chercher de l’or en Amazonie, ça c’est fait, la question qui vient : “ et tu en as trouvé ?” Et oui, trois battées pour trois bout de métal jaunâtre, sous une souche après une promenade en claquette, short et tee-shirt sous la canopée, en appréciant la fraîcheur des arbres, ils ne donnent pas que de l’oxygène ses plantes, ils sont notre ombre !

Je les aime.

En fait, je suis hors service, je respire, et suis incapable de vous comprendre, ça me fait peur, et de l’autre côté, c’est sans intêret : “ Carpet dien” disait l’acteur dans le film qui a fait basculé ma vie “Le cercle des poètes disparus”. Je vie l’instant présent, enfin le respirait et souriait de l’intérieur, jusqu’à devenir dingue officiel. Mon dernier diplôme donné par la nation de France, mon pays. Fou à lier, schizophrénie dysthymique, un poète disait “Les fleurs se ramassent à la pelle” ; je cherche une pelle pour ramasser ma vie en friche, ce terrain que je laboure, sans y apporter, autre chose que ce fameux : “ Je me livre en entier, dans ce livre”. Comment en suis-je arrivé là, isolé, désolé, et l’avenir comme ma mémoire si noir. Pourtant, si je plonge dans mon passé, j’ai été heureux, ce qui aujourd’hui augmente le côté de la force, cette douleur de respirer, d'inhaler le fruit du vent, ce que je dois qu’à mon capital vie, mon esprit, ma santé, le lien corps et “esprit” ! Esprit est en italique puisque je me demande si j’en ai un !

Il faut connaître le bonheur pour plonger un pied en enfer.

J’aime encore le cosmos, or je ne le regarde plus et le covid19 n’y est pour rien. Je ne rêve plus, je ne lis plus, je subis ma vie et me sais pas me projeter, alors l’avenir ressemble à une page blanche et noire, comme ma mémoire éteinte, cette mémoire est auditive, et je n’ai plus que” l'insupportable téléphone” pour me tenir compagnie, là l’italique c’est pour insupportable, Thomas m’a bien fait rire en jouant d’esprit sur le joli jouet devenu mon animal de compagnie, ce chien n’est pas fidèle, le téléphone pas thomas. Le portable arrivait sur le marché, les gens parlaient seuls, et fort, dans la rue, des fous. A l’heure de ses lignes, nous sommes dans un système où, il est impossible de ne pas acquérir ce fruit de l’innovation. Combien de vie, cette invention a sauver ? Un certain nombre, c’est évident, mais que savons nous sur ses ondes qui nous inondent, où allons nous ? Je dérive. Revenons à mon enfance, mes miettes de souvenirs.

Ce matin, je regarde l’image de mon enfance, la seule de ma vie, je crois. Qui l’a faites ? Une soeur certainement…

En fond la mer, calme et de petites vagues, et comme un avion ma boîte noire est noire, en premier plan, je semble seul au monde face à l’objectif, aucun souvenir franc de ce temps. Des temps d’ailleurs, ni passé, ni présent, ni futur, je suis imparfait !

Là, je me mens, on est unis dans l’univers, je ne vais pas vous expliquer l’effet papillon. Alors, je me fais mal en allant au coeur de mon être, et replonge de cette aiguille de granit, l'été sur une de ses belles plages de ce village où ma grand-mère vivait, souvenirs, souvenirs d’équeuillage de queue de haricots verts, et confiture de mûres, et aussi ce jour de tonnerre. Lampaul-plouarzel, terre de naissance de ma mère, Suzanne. Tous cousins, un lien de sang, et justement un souvenir me vient, de famille, de ma fratrie, né dernier et si singulier.

Au présent, c’est son anniversaire, six ans qu’elle a quitté la terre, ses qualitées et défauts me manquent, évidemment, nous sommes humains. J'écoute la radio et ce soir peut-être que nous serons tous confinés, je perçois le mal qui entre en nous tous, le moral en berne. Le covid19 seconde vague, la Terre est toujours en orbite, or les habitants dessus, si nombreux, vont mal et j’ai peur d’une guerre mondiale. Récession, conflits et famine, plus cette pandémie…

Peut-être que je n’arriverais pas à terminer mes mémoires, rien de graves, en soi, car vivre isolé et désolé, perdre ses sens, plus de vague d’humour, impossible de soulever les pierres qui comblent mon cercueil, il me reste l’ennui et ce plaisir d’écrire à ma tendre et chère, Mademoiselle. Mademoiselle sera son surnom, elle est heureuse et bien accompagnée, notre séparation est comme un voilier qui chavire, un dessalage, zut, attention. Je fuis et je m’égare. Retournons dans ce bain que j’aime temps, le temps de l’enfance, ma chance d’être un imbécile heureux, l’école, zéro souvenirs, mais je sais lire et compte très tôt, et ce tonnerre que j’évoque plus haut, un jour d’été, pas loin de la maison de poupée de ma grand-mère le tonnerre tonne dure, nous rentrons, tous unis à la maison, en bon petit guerrier, j'ouvre la porte et une boule de feu crame les cheveux gris de la mère de maman, rentre et me passe au-dessus de la tête. Septique, je délire, eh ben non ! Je n’ai pas au nez l’odeur de ses longs cheveux grillés comme un grillon asiatique, ou une écrevisse, si vous préférez, chacun ses goûts. Une boule de feu, elle nous alertait du danger, une prémonition, ça tonnait fort, et pour échapper à un oncle à l’humour tyrannique entrant criait que les dieux jouaient aux boules, là-haut. Ma petite personne et ma soeur, Caroline, nous nous cachions dans les manteaux du vestibule. Sans savoir, si c’est l’oncle ou le tonnerre des environs de Brest qui nous terrorisent. Depuis, je suis pleutre et j’ai peur des éclaires, ainsi que des adultes…

jean-françois joubert

Bio, biblio... Qui es-tu jean-François Joubert ? Ah, si je le savais ? Né à Brest en 1969, une année exotique, mon sang est d’un aber, un bras de rivière qui rencontre la mer d’Iroise, un p’tit zef qui aime les îles comme Ouessant, le bateau, les sports nautiques, écrire vient naturellement, comme une évidence, en lisant et y trouvant ce que je cherchais, ouverture d’esprit et fantaisie ! Mr joubert jean-françois 1 rue Lucie Aubrac 29870 plougastel-daoulas contact : un numéro de téléphone. 0630718661 2020 Stories by fyctia Cet été-là, il pleuvait des robots 2020 stories by fyctia Désirs d'îles 2020 stories by fyctia Le naufrage de rose 2016 le petit marchand de sourires aux éditions secrètes 2016 Le carnaval des Cieux aux éditions du pont de l'Europe 2015 Le mage du Rumorvan aux éditions secrètes

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