Un King au sommet de sa forme !

Jamie est un petit garçon de 6 ans, cinquième et dernier enfant d'une famille classique et simple d'un village du Maine, Harlow, et dont les parents, croyants et pratiquants, participent activement à la vie de leur paroisse.

Un jour, arrive dans cette petite bourgade un nouveau pasteur, Charles Jacobs, qui par sa jeunesse, son enthousiasme et son charisme, parvient à redonner vie à cette communauté et à raviver la foi des fidèles. Ce sont les jeunes, pour qui il anime les "réunions" de l'UJM (Union des Jeunesses Méthodistes), sorte de catéchisme anglican, qui l'admirent le plus et sont les plus assidus à ses enseignements.

Dès son arrivée, le Révérend Jacobs semble s'attacher à Jamie un peu plus qu'aux autres enfants et il lui fait découvrir sa passion pour l'électricité et les choses merveilleuses que l'on peut accomplir grâce à elle.

Malheureusement, un terrible drame va survenir dans la vie de Jacobs, qui entraînera son départ de Harlow, et il sortira donc de la vie de ses habitants. Les années passent et Jamie devient guitariste de rock et sombre dans la drogue.

Et puis un jour, le destin fait réapparaître Jacobs sur sa route, transformant sa vie à jamais.



Je crois que c'est la première fois que, dans un roman de Stephen King, le personnage principal nous raconte sa vie entière, de l'âge de 6 ans à environ 70 ans.

Et c'est peut-être pour cela que le début peut sembler un peu "longuet", car il ne se passe rien de fracassant pendant l'enfance et la jeunesse de Jamie. Néanmoins, cette partie de l'histoire est absolument nécessaire, car tout ce qu'il se passe ensuite découle directement des événements survenus pendant ces années-là.

A partir du moment où Jamie "retrouve" Charles Jacobs, l'histoire devient beaucoup plus prenante! Plus les chapitres défilent et plus on se pose de questions. Stephen King sait comme personne faire monter doucement mais sûrement la tension, et on est comme Jamie : embarqués presque malgré nous dans cette histoire, terrorisés de ce que l'on pourrait découvrir d'un côté et dévorés de curiosité de l'autre.

Charles Jacobs est fascinant et monstrueux à la fois. On ressent de l'empathie pour lui, et on comprend qu'il ait pu changer après le drame qui l'a brisé, mais en même temps, la personne totalement différente qu'il est devenue quand Jamie le retrouve, son obsession pour l'électricité et ses recherches à ce sujet le rendent beaucoup moins sympathique et même assez inquiétant.

Dans ce roman, l'élément fantastique est présent, certes, mais n'est pas au premier plan. Il apparaît régulièrement tout du long, mais par petites touches, très discrètement au départ, puis de plus en plus franchement. Jusqu'à la fin dantesque, complètement terrifiante et effarante!

A travers ce récit, l'auteur nous dévoile sa passion pour le rock'n roll : toute la période où Jamie fait partie de divers groupes est une grande déclaration d'amour pour cette musique, malgré les aléas de la vie de musicien.

Et j'en profite ici pour préciser que si Jamie devient accro à la drogue, Stephen King n'en rend pas ce métier directement responsable, évitant ainsi le gros cliché qui veut que musicien égale forcément alcoolique et drogué. Dans cette histoire, ce sont des circonstances indépendantes de son métier qui le rendent dépendant à la drogue.

Pour finir, je dirais que le véritable sujet de ce roman, c'est la religion, qui est le fil rouge de cette histoire. Et avec lui, l'auteur soulève la question des "marchants de miracles" qui abusent de la crédulité des personnes désespérées mais revient surtout sur l'un de ses thèmes récurrents : le paradoxe entre l'existence de Dieu et les événements effroyables qui se produisent sur Terre. Paradoxe qui occasionne moult questionnements et auquel Stephen King apporte ici une réponse. Mais une réponse tellement dérangeante, horrible et désespérée que j'espère du fond du cœur pour lui qu'elle n'est pas SA propre vision des choses et est juste sortie de son imagination spécialement pour ce roman.


Après un début un peu lent, la tension monte crescendo jusqu'au final cauchemardesque digne d'un Lovecraft. On en ressort abasourdi, choqué, mal à l'aise, mais avec le sentiment d'avoir lu une des meilleures histoires du Maître...

Gribouille LECHAT

Blogueuse littéraire

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