Tu n'aimes pas l'automne ? Tu déconnes !

Je vais enfoncer des portes ouvertes et même fermées: tu n’aimes pas l’automne car c’est la fin de l’été, la chaleur, le dépaysement, les vacances chèrement gagnées et déjà passées. Signe annonciateur de rentrer dans le rang, reprendre la routine, avec les grands airs de rentrée, là où on fuit la tiédeur, à nous exhorter à vivre intensément. Les transitions honnies,tu voudrais marcher sur un sol pavé de certitudes, mais tu glisses sur un tapis de feuilles humides, tu vois le monde trop manichéen tout blanc tout noir trop chaud trop froid, dans une dualité des plus pesantes.

L’automne, c’est la pluie, partout l'eau dans les chaussures, les jours qui raccourcissent et notre âme qui se laisse envelopper par la joie de vivre d'un cloporte. Pour beaucoup l’automne est synonyme de rentrée, de fin des vacances, fin des plaisirs, on retourne au charbon. Si nous passions notre temps à nous la couler douce nous nous noierions dans un ennui insupportable.

Et pourtant l’automne c’est chouette:

Ah l’automne... Ses feuilles qui tourbillonnent, ses airs qui résonnent des résolutions que nous pensons solution, ce froid qui arrive et qui nous hérisse les bras que nous couvrons vite de laine. L’automne, c’est aussi l'odeur plastique des nouvelles fournitures scolaires, les cahiers blancs qu'on ne s'empressera pas de remplir de leçons et qui pourtant seront le reflet de ce que nous apprendrons durant l'année scolaire. Ce sont les nouvelles bottes brillantes pour sauter dans les flaques, et la parka à moumoute pour affronter les éléments hostiles.

L'automne c'est bien sûr les tourbillons de feuilles au vent, la mélancolie les élans du coeur, c'est le temps d'une promenade jouer au promeneur solitaire et à déclamer les beaux sentiments qui tourmentaient notre adolescence. C’est le vent qui s’engouffre sous les longs manteaux, les jupes et les cheveux. Ce sont les marrons chauds, les promenades en forêt où comme la température est encore clémente, on ne transpirera pas comme une vache, mais l'air devient suffisamment frais en fin d'après-midi pour apprécier la chaleur de la tasse de chocolat entre ses doigts. On peut autant se laisser aller à l'errance pour apprécier les forêts changeantes que de se laisser à la nonchalance, avec la bonne excuse d'une pluie persistante pour rester à cocoonner chez soi devant un bon bouquin ou un bon film. C'est, avec la pluie, l'odeur de la terre humide qui vient nous gratter les narines d’où naît ce petit frisson qui nous fera apprécier le vieux pull que nous nous apprêtions à jeter.

Evoquons un peu le futile utile, avec un petit détail qui a son importance pour moi: avec les variations de température les possibilités vestimentaires augmentent et là,en automne on peut jouer avec les épaisseurs, un chemise, un gilet, un collant, une texture, se parer de foulard, jouer avec les couvre-chefs, porter des gants et délicatement les enlever... dans ces moments-là je me vois impératrice du XIXe siècle. Et pour les chaussures, tout un festival : les ballerines les boots les bottes les cuissardes les richelieu !

Bien sûr l’automne ce sont les couleurs flamboyantes dans le ciel bleu, ou gris. Tout a été dit et peint sur la nature parée de camaïeu d'ocre de rouge de brun et puis tu vois là que le temps il passe là où tu avais tendance à l'oublier et te croire immortel. L’automne nous remet à notre place: tous les ans la nature nous rappelle combien nous sommes fragiles, combien le temps passe vite avec ces petites rides qui vont venir sur le coin de nos yeux, la peau de moins en moins élastique, nous dégoulinons comme ces feuilles qui tombent en pleurs, alors oui, nous flippons.

C'est la saison de tous les contrastes, les jours déclinants, les activités qui reprennent, la nuit augmente, les lumières s'allument, le froid revient le chauffage se rallume. Notre capacité d’adaptation est à l’épreuve et nous cherchons à compenser ces contrastes pour trouver un équilibre. Ne voyons donc pas l’automne comme une courbe déclinante mais une pente nécessaire et que nous nous ferons une joie de surmonter pour passer l’hiver.T’aimes pas l’automne ? Déconne pas, le monde tourne et nous suivons ses lois. Et l’automne rugissant ses sanglots longs ne durera lui aussi qu’un temps, alors profitons-en, soyons au diapason. 

Rosapristina Rosa

Ecrit, théâtre, poésie, petits blablas sur la vie

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