Sortie de moule

Après avoir tourbillonné à en perdre la tête et la raison à cause d’une monstrueuse et imperturbable spatule métallique qui me rendait malade en provoquant un chaud et froid et une migraine incroyable, après avoir longtemps bouillonné et mijoté dans une immense cuve, l’imbécile au bonnet ridicule et blanc n’a rien trouvé d’autres que de me verser dans des moules vraiment rikikis. Mais hélas, je perdis de ma masse et je me mis à déprimer d’avoir perdu ainsi de ma corpulence et de mon importance. Cloner sans autre forme de procès ! Puis, comme si cela ne suffisait pas, mes clones et moi, on nous a cramé notre belle peau brune dans un four à haute pression. Ah, on a  eu l’impression d’avoir vécu un séjour gratuit dans un sauna à l'intérieur d' un complexe de thalassothérapie. Je peux vous le dire, croyez-moi !

Ensuite, on a eu le droit à une séance de relooking express. Et vas-y que je te peinturlure avec du blanc, avec du rose, que je t’assaisonne avec de la muscade, de la vanille  ou de la cannelle et vas-y que je te fourre avec des noisettes ou encore des noix, du riz et j’en passe. Ah, on a  bien cru que cela ne finirait jamais. Pitié ne nous demandez pas de défiler pour Jean-Paul Gautier ! çà serait le bouquet !!

Ce ne fut pas le cas, bien heureusement. Finalement, on nous a laissé tranquille et on nous a déposé dans une superbe villa avec véranda toute vitrée et illuminée. Alors là, c’était la classe, on était enfin peinards et on nous a même mis la clim’ : quoi demander de mieux ?

Seulement, les vacances furent de courte durée, hélas, une fois de plus. Y’a eu comme un grand courant d’air puis, je sais pas trop ce qui s’est passé. On a cru voir des nuages assombrirent le ciel si clair et soudain, ce fut le trou noir.

Sortis de ce trou noir, moi et mes clones, on n'a réalisé que trop tard la fin tragique qui nous attendait. On a eu juste le temps d’apercevoir une bouche monstrueuse s’entrouvrir puis, on fut soudain submergé d’un liquide infecte et puant. On aurait cru de l’acide. On a essayé en vain de résister à notre terrible adversaire mais, on s'est senti fondre comme des glaçons au soleil avec une surprenante rapidité. On a entendu quelqu’un en soupirer de plaisir… Ce fut la dernière chose qu'on a perçu sur cette terre.

Arrivés aux portes du Paradis, on demanda avidement à Saint-Pierre ce qui s’était réellement passé.

Saint-Pierre, en bonne compagnie, nous  répondit en se léchant les lèvres recouvertes d’une pâte en apparence onctueuse :

- Vous  avez fondu à cause du péché de l’homme : la gourmandise !

- Ah bon ! ! fit-on, surpris.

C’est alors qu'on a compris avec amertume notre cruel sort. Malgré tout, en nous  tâtant la masse, on  ne put que se réjouir de notre belle résurrection. Merci Seigneur de votre grande bonté !

Amen.

Alors, pourquoi donc l’angoisse ne nous quittait point depuis ?


L.G.

Laetitia Gand

écrivain, chroniqueuse littéraire, rédactrice freelance laetitia.gand422@orange.fr http://le.comptoir.des.mots.over-blog.com/ http://laetitiagand.simplesite.com/434673763 http://leslecturesdelaeti.eklablog.com/

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits