Scènes de chiasse ou le spectacle imaginaire des États-Unis déliquescents.

Acte 1, une chambre d’hôtel au Mexique. Pas d’étoile, juste deux lits, deux valises et les pâles lentes d’une hélice en guise d’air conditionné qui brasse difficilement la chaleur et n’apaise pas les coups de soleil d’un couple de touristes amateurs américains.

Hé, l’Astre, à quel degré la brûlure ? 

Grave, Docteur, grave. 

Sérieusement allumés les deux jeunes touristaux modèles.

Au-delà de la septième peau, sceau, ciel.

Forcément, quand on quitte imprudemment ses cinquante États-Unis natals, blancs comme des murs d’hôpitaux ou comme des gants de caoutchouc, homogénéisés, javellisés, on expose sa petite nature saine et fragile aux cruels microbes hors frontière. 

Nombreux et sournois, les enfants de putain ! 

Et résistants, même aux poignées de dollars feuilletées comme des miettes aux oiseaux autochtones. Rien à faire. Costauds, les mêmes pas visibles à l’œil nu.

Nos voyageurs aseptisés vont gober les plus durs, les plus voraces. D’abord, la turista, une terrifiante diarrhée inhérente aux touristes… d'où son nom… à vider les plus gros culs en un seul pet foireux. Et la putréfaction de leur couler entre les cuisses comme un ketchup démocratique. Ça pue la mort là d’dans ! Faut aérer.

Un étron perdu là, oublié, en forme de statue de la Liberté, flotte invraisemblable dans l'eau croupie des chiottes ? 

Et au fond de la cuvette, un monde de papier mâché, de défroques dérisoires récupérées dans les poubelles du système, les rues de New York, les paquets de cigarettes vides, les emballages plastiques racontent la souffrance, celle qui ligotent à la croix, un bombardier B52. Et tous les déchets de fusionner, formant un gigantesque masque au sourire énigmatique au-dessus, tout au dessus...  La société américaine est imbibée de christianisme. Elle mettra peut-être des siècles à en sortir. Jésus est crucifié sur un avion à réaction. Le bombardier a été pendant des années l’arme n°1 pour coloniser l’Asie, la faire saigner. Le bombardier était une croix. On sait comment l’église américaine a soutenu l’armée de Johnson et de Nixon au Viêt-Nam… l’Amérikkk plastifiée, en sort ses tics, ses grimaces, son tragique. Tout est parabole, signe. Un masque sourit de ses dents cariées, de sa tête d’homme, d’enfant grandi trop vite. Et la marionnette nous raconte… l’actualité américaine, les noirs, les minorités portoricaines, indiennes, etc., le chômage. Puis, un feu d’artifice morbide, la guerre du Viêt-Nam, raconter la souffrance de l’homme opprimé. Et je suis coincé dans mon fauteuil AMX. L’aile du Moyen-Âge plane sur nous, nous enveloppe. L’homme s’englue dans la douleur, invoque au son du tam-tam un monde halluciné peuplé de forces oiseaux, surgies de l’obscurité. Monde magique, sexuel et poétique des ténèbres où le masque danse éperdument son désespoir et son mystère. Tout est dualité : masque noir/masque blanc, mort/résurrection, ténèbres/lumières, théâtre d’ombres et d’étoiles. C'est un tableau de Breughel, visages bouffons ou cyniques, caricatures ironiques et tendres. Ils se reconnaissent avec leurs masques crispés sur la peur, l’oubli, la cruauté, l’ennui..

Après l’intestinale déjection, les mains ne soutiennent plus les ventres, mais les têtes. Le deuxième acte, gagné par la maladie du sommeil, ronfle du cauchemar au reste, de l’amorphe à l’hystérie. Et indubitablement, quand on floc floc dans le caca historique, tantôt la paupière lourde, tantôt l’iris halluciné, on s’accoude de temps en temps à ses mythologies. Ça rassure et c’est à l’œil, si je puis me permettre. Les grands vont se mimer de l’enfance bon marché, la bretelle ludique et secrète de l’autoroute illimited. Comme c’est l’Amérique qui est en question ou plutôt sans réponses, la bande va se dessiner du côté de Buffalo Bill ou de Lucky Luke, de King Kong ou de Frankenstein, du Doc ou du sorcier. Un milk shake de fantasmes et de clichés, sans paille. Clic clac pour le porte-cartes psychologique. Ça galope dans les décors néons, se poursuit, s’attrape, y a du monstre et du cow boy, de quoi meubler les contractions, les relâchements.

L’humour est dans le désordre, les pronostics étaient donc justes. Sur la ligne d’arrivée, auteur, acteur, metteur en scène. Nous haranguons les vainqueurs, jetons des fleurs mentales. De l’humour, de l’humour, enfin ! 

D’ailleurs, derrière moi, une dame éclate de rire. Je ne sais pas si l’on réussit à en recoller tous les morceaux, sinon qu’à la fin du spectacle, le mari désolé, rassemblait toujours et soigneusement sa femme éparpillée, s'efforçant à les trier des lambeaux de chairs amérindiennes, très loin d'avoir encore été nettoyées… 

Vive l’Amérique ! Vive la France ! Vive le Pouvoir destructeur…

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