Sale race d'hommes qui n'aimaient pas l'or.

Un homme sans argent est un homme mutilé.

Un prédateur édenté, dégriffé, dans sa propre forêt.

Il n’entre nulle part, ne livre que des combats boiteux.

Il n’affûte pas le désir.

Les regards des rues passent sur lui comme la pluie sur les carreaux.

Il les sent.

Eux, pas.

Un homme sans argent est un homme seul

livré à lui-même.

Mais il n’y a nulle part où se livrer.

Pas une épaule, pas un sourire, pas un verre trinqué, pas un clin d’œil, pas même un cil !

Ha, ha Oh, un cil ! Oh.

Avouer un crime, oui.

Vous venez vous livrer tout chaud encore de sang et puis, en quelque sorte, on vous en délivre. C’est le divin marché.

Je crois que l’or va et vient, qu’il est tout juste fait pour boire les jus de l’existence. Enfin, qu’il ne pèse pas si lourd que cela dans la balance.

C’est ça, j'aborde le pognon et tout l’univers qui consiste à en gagner, avec légèreté. Je crois en ma propre étoile. Propre ? Je ne comprend pas qu’on m'exige le remboursement des factures. L’électricité, le téléphone, le loyer, les transports. Ne serait-ce pas le minimum à la charge d’un Etat qui impose chacun des gestes de ses vassaux si chèrement ?

J'ai confiance en moi-même avec l’inconscience du jeune chien. Même encore aujourd’hui, encore plus démuni que pauvre. En dessous de tout. J'attend tranquillement.

J'ai confiance. Je suis maladroit.

Et je suis paresseux, fièrement.

Je sais traîner. Je rode la vie. J'en rode plusieurs à la fois. Je prend le temps qu’il faut pour chacune. Je les biche. Quand l’une m'épouse bien les roustons, j'accule alors à fond l’aiguille du compteur au bord du vide. A la basculer de toute force dans le rouge. A la rentrer dedans le rouge. Et au-delà. Tout dépasser. Ne plus jamais s’arrêter. Jusqu’à ce qu’ils nomment la mort. Cette partie de dés toujours recommencée. Ce chaos de soi en particules, en confetti, relancé - rejoué - dans l’univers. Tous les secrets ouverts un à un. Les secrets de l’humanité et de son désastre, et de sa décadence, et de son manque à vivre. Traverser encore tous les lumineux mystères, les cristallines connaissances.

A rentrer de toute force dans le rouge.

Mais, ce n’est pas si évident que ça. Je sais traîner, voilà tout. Les rodages se font en pleine lune ou soleil.

Les rodages, ça gaze toujours.

C’est après que les moteurs ne suivent plus leur pilote. Et l’inverse. C’est vrai que la montée est parfois abrupte. Avant ils sont conduits sans essoufflements, sans risques, dans les rails. Et brusquement une sacrée puissance au cul qui te propulse dans le danger.

Je sais me perdre dans une ville, goûter l’imprévisible, les étonnements. Les architectures de pierres humaines. Les labyrinthes, les oasis. Je sais boire de bar en bar, quand j'ai trois sous, sans être saoul. L’ivresse, seulement l’ivresse. Les visages, les lumières, les musiques, les pactes. Je suis mon chemin sans direction, mais mosaïqué de signes. Je sais ne rien faire. Ne rien faire d’autre qu’ouvrir toutes les issues à mes pensées. Le corps immobile dans des coussins de couleurs ou la marche fière, changeant à la station Opéra sans ticket. Je m’enterre dans des rêves. Je ne suis pas dupe. Un double intérieur m’habite qui me dépasse, m’agrandit, m’étend tellement dans l’immense et perpétuel espace de l’esprit. M’étire tellement, dans tous les sens, que j'ai beaucoup de difficulté à me rassembler réellement sur un travail dont le fruit serait l’argent. Je goûte chaque instant comme une étude et ça m’embarque parfois très loin du rivage. Je nage dans l’esprit sans gilet de sauvetage, à main nue, des tombes d’heures. J'erre dans mes rêves éveillés qui veulent être une sorte de compréhension totale de l’être, une vision d’ensemble inconcevable. Comme impensable est le néant.

La compréhension totale de l’être dans l’incommensurable.

L’aiguille dans la botte de foin.

C’est pas gagné, un cerveau commandé d’une telle matière !

Incorrectement social.

Et, Tudieu, l'on souhaiterait rapidement la lapidation de ces sortes d'hérétiques qui ont tourné le dos aux divines poignées d'or.

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