Regarde la douce violence de mon obscure clarté...

Chapitre 1

Les cheveux dans le vent, le regard pensif, Anaïs est appuyé sur le garde-corps du pont surplombant son ombre projeté sur le trottoir, dessinant sa taille maqué par la fine ceinture beige de son imper.

Les yeux fixés sur l’horizon, au ciel orangé et de ses rayons de soleils levants, une brume blanche s’envole de ses lèvres pulpeuses dans la lueur glacée.

« Mon vrai combat est un combat intérieur ! Être son pire ennemi et devoir travailler en équipe avec soi-même est mon plus grand défi. D’ailleurs ; j’ai toujours été comme ça, avec un caractère inconditionnel. Déjà à l’école les professeurs ne pouvaient me mettre « dans une case » comme ils le faisaient pour le reste de mes camarades, et j’aime ça. La routine me donne la nausée. Je ne veux pas avoir une vie banale, une maison, un mari, des enfants, un chien… habiter dans une ville que l’on finis par connaître par cœur au point de ne plus lever la tête ou d’en apprécier un détail… comme un décor insipide et monotone. En fixant le miroir, j’espère un jour voir mes exploits à travers mes yeux. Et surtout ; je veux ne pas pouvoir résumer ma vie ! »

Je ferme les yeux pour maîtriser mes pensées qui tourbillonnent dans la douce violence du calme assourdissant. Les paupières closes, tout me parait plus simple, plus anodins; pourtant le paysage qui m’entoure est à couper le souffle. J’aime me lever au crépuscule pour et fixer l’horizon. Dans quelques heures la ville réveillée agitera ses habitants dans un manège de klaxons des rues bondées surplombés d’enseignes lumineuses. Pourtant le détroit semble imperturbable par son courant lourd et rassurant. Ce lieu est comme suspendu entre deux mondes perdus et agité. Seul ce pont, le Golden Gates, parait innocent par sa traversée implanté aux deux extrémités du détroit. Ses poutres cantilevers en treillis, ses deux tours orangés et ses câbles courbés sont comme un fondement stable qui ne me laissera jamais tomber. Dans cette ville étrangère, il me faut une ancre pour avancer et rester moi-même, alors j’ai décidé de me ressourcer ici le matin pour remettre mes idées en ordres avant d’entamer la journée.

Je me remets en marche en direction de San Francisco et sens que la journée va être longue et éprouvante, pourtant c’est la vie que j’ai choisis.

Je regarde l’écran de mon smartphone et constate tristement que je n’ai pas de messages. C’est comme si mon départ avait passé l’éponge sur mon nom dans le souvenir de mes amis. Ça ne fais pourtant que cinq mois que j’ai quitté le cocon familial pour vivre mon « américain dream ».

Je lève les yeux pour découvrir un building entièrement vitré de vingt-cinq étages. Je serre mes plans contre ma poitrine, et souffle un bon coup avant d’entrer dans le prestigieux hall d’accueil. L’espace est d’un volume impressionnant, ses lustres suspendus au plafond élevé à plusieurs mètres de ma tête, me donnent l’impression d’être un minuscule bout de femme. Le léger bruit de l’eau dans la fontaine argentée, les colonnades immenses, le sol marbré étincelant et les passerelles de verres démesurés me filent le vertige. Ce lieu d’une modernité futuriste semble déconnecté du reste de la ville. Je me présente à la réceptionniste, une jeune femme fraîche et souriante, bercée par le monde de la mode et du design. Ma pire hantise est de devenir comme elle, une femme absorbée par son passionnant travail qui laisse miroiter la fierté dans ses yeux. La gloire et l’argent transforment les âmes humbles comme un sort maléfique pour laisser place à l’orgueil. Pourtant je suis moi aussi, bien là, dans l’un des plus prestigieux bâtiments de San Francisco, pour présenter mes projets aux architectes de la ville. Ma formation en France comme architecte d’intérieur m’a amené à réaliser un « book » de projets innovants et futuristes que je souhaitais garder pour les bureaux d’études des plus ambitieux. C’est mon professeur, qui, lors de ma dernière année de faculté, à découvert mes esquisses, et les as qualifiés d’incroyablement ingénieuse. Malgré une apparence sur de moi, je ne suis pas convaincu par mes idées, mes dessins et par mes plans projetant des habitations futuristes, entouré de végétation. Mes projets semblent irréalisable pour les gouvernements avares d’argent dans cette société de consommation. Le développement durable est comme un mot à la mode, qui offre seulement une bonne conscience brodé de rêves écologiques.

La pression de mon entourage m’a poussé à partir présenter mes travaux à de riches constructeurs dans cette ville. Seulement, j’ai peur de devoir rester si mes projets sont appréciés. De plus, mon faible niveau d’anglais m’as coupé du reste du monde lors de mes premiers mois ici. Je n’ai plus vraiment d’amis et les élèves de l’université de San Francisco font disparaitre leurs âmes à travers les nuits sans sommeils passés sur les tables à dessins. Le seul camarade qui à remarquer ma présence ici, fut Enzo, un étudiant blasé des cours et recherches graphiques capturant les jeunes cerveaux. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai évité la dépression qui campait devant moi. Sa compagnie m’as permis d’effacer la solitude pesante des repas passés seul à la pause déjeuné le midi ; et d’améliorer mon maigre vocabulaire.

Enzo est un jeune homme rêveur, qui pense aux voyages et il dit chaque jour qu’il va «tout plaquer pour partir faire le tour du monde avec son sac à dos ». Pourtant tous les matins, il est présent en cours et n’as jamais manqué un seul jour. Il vit sa routine machinalement en rêvant d’une vie pimentée. Parmi les milliers d’étudiants ici, il est bien le seul à n’avoir aucune ambition professionnelle, malgré un talent certain. Il est seulement là pour éviter d’entendre ses parents se lamenter sur son avenir. A nos heures perdus, on regarde des photographies exotiques aux ciels bleus azure ou des étendus enneigés surplombés d’aurores boréales. C’est lors de ces moments qu’il semble épanouis et heureux. Son visage de petit garçon posé sur un corps d’homme lui donne un air perdu et inoffensif. Enzo a le don de me faire rire par sa maladresse et son humour décalé. Quand je pense à ses histoires d’enfance, aux chutes et ses bêtises qu’il m’a racontées, je suis capable de rire toute seul comme une idiote dans mon petit studio au campus.

Le numéro vingt s’allume sur l’écran de l’ascenseur me laissant le temps d’ajuster mon foulard et de me recoiffer. Le miroir de la cabine est entouré de spots luxueux hors de prix. Mes cheveux caramels ondulé retombent sur mes épaules légèrement musclés, cachés sous mon imper beige. J’aime porter ce foulard émeraude qui met en valeur mes yeux verts entourés de discrètes taches de rousseurs.

Le roulement des portes coulissantes me font sursauter et me ramènent à la réalité. Je dois « me vendre » et idéaliser mes projets dans un manège de superlatif que je dédaigne. Huit architectes semblent m’attendre depuis des siècles installés autour d’une grande table ovale. Je me présente brièvement et j’essaie de rester souriante ; un des confrères m’indique mon siège pendant qu’une secrétaire leur distribue mes ouvrages. Les neufs dossiers sont épluchés et scrupuleusement étudiés et chaque seconde m’écrase encore un peu plus dans mon siège. Une cascade de scénario s’écrit dans ma tête me pétrifiant de stupeur face aux questions imminentes.

Un des membres du jury, cravate sombre, barbe taillé, et cheveux poivre et sel ; lève enfin les yeux en ma direction.

Chapitre 2

Le réveille sonne pour m’arracher d’un rêve utopiste. Une migraine tambourine ma tête au rythme de cet hebdomadaire sonnerie aiguë. Je fais défiler ma cheik liste de la journée avant de fourrer mon visage dans l’oreiller. Il paraît qu’apparaisse dans nos rêves les personnes qui nous manquent et si c’est exact, je crois que quelqu’un vient me rendre visite chaque nuit pour me le faire comprendre.

Appuyé en petite culotte sur le bar de la cuisine, je commence par me couler un café. Ce goût unique et la douceur de la mousse sur mes lèvres me ravive pour commencer ma journée. J’enfile en vitesse un jogging, une brassière, je me coiffe d'une queue de cheval haute et saute dans mes baquettes fluo avant de descendre les escaliers de l’immeuble. Les étirements sont rudes mais je m’élance dans la brume matinale. Je fixe l’horizon en soufflant la brume de mon souffle régulier. Pas moyen de commencer une journée sans se remettre les idées en place par mon footing matinal ! C’est comme si prendre l’aire structurait mon cerveau et me disciplinait pour une nouvelle journée. Les sept premières minutes sont toujours les plus longues et douloureuse mais une fois ma fréquence cardiaque stabilisé j’apprécie cette sensation unique de liberté.

Les poumons gonflés par l’air frais de ces quarante-cinq minutes d’effort je rentre chez moi optimiste et satisfaite de mon début de matinée. Cette année sabbatique doit m’être bénéfique et constructive pour que j’atteigne mes objectifs. J’ai progressivement chassé mes crises d’angoisses dissipant progressivement le stress et l’anxiété chronique en moi… Avec le stress des examens et les aléas de ma vie j’ai perdu une grande quantité de cheveux compensé par une importante prise de poids. Heureusement un dé clique m’as permis d’arrêter le wagon infernale lancé depuis de longs mois. Je ne peu faire machine arrière mais je vais remonter la pente en tirant un maximum profit de ma situation et en tirer de précieuses leçons. Le lâcher prise, lâcher prise… oui lâcher prise ! C’est fou comme ce que l’on répétè, ressasse ou rumine dans notre cerveau peu avoir une influence énorme sur notre santé, notre physique et notre état d’esprit !

Je lance ma musique préféré et me déshabille au rythmes des basses avant de rentrer sous la douche. J’aime ce moment où je chante à tue-tête, sans entendre ma voie dissipé sous les bruits de l’eau projeté sur mon visage. Les filets d’eau ruissellent sur mon corps et je rêve d’une douche sous une cascade tropicale, d’un bain dans une eau bleu azur m’offrant un moment de douceur et légèreté. Soudain la musique se coupe de mon téléphone laissant place au son strident d’un appel. Je sors une main encore savonné de la cabine de douche pour attraper mon téléphone. Mes doigts humides glissent sur l’écran refusant de se déverrouiller. L’appel se coupe m’obligeant à sortir encore savonné pour sécher mes mains. Je découvre alors plusieurs appels en absences que je n’ai entendues, absorbées dans mes pensées, rêvant de paysages exotiques et d’huile parfumés. L’appel provient d’un numéro masqué ayant essayé de me contacter déjà neuf fois. C’est sûrement une agence de publicité ou une association pour un sondage… j’essaie de relativiser et je retourne sous la douche pour me rincer, je sursaute une deuxième fois, la sonnette de l’appartement retentit en je comprends que quelqu’un derrière ma porte doit être de mauvaise humeur. Il presse le bouton en continue pour m’infliger une nuisance sonore déstabilisante. J’ai la sensation d’être une délinquante surprise par l’alarme du lieu exploré. J’enfile un peignoir sur ma peau glissante en traversant le couloir pour stopper ce malade qui alerte tout l’immeuble. J’attrape mes clefs et la sonnette s’éteint laissant siffler mes oreilles épuisées. J’ouvre la porte énergiquement pour découvrir le hall sombre et vide. Je sens la chaleur monter en moi, la colère s’envenimer... Quelqu’un est bien décider à me pourrir la vie ce matin ! Ou à me jouer un sale tour pour me sortir de la douche. Je ferme la porte en soupirant et constate les dégâts : un couloir trempé et parqué de traces de pas savonnés. La serpillière à la main et un seau à l’autre je commence mon impitoyable nettoyage en essayant de comprendre ces 2 dernières mystérieuses minutes écoulées. Puis après tout ce temps perdu à astiquer et sécher le couloir je range le seau et j’essore mon éponge en découvrant exorbitée que la mousse ruisselante est de couleur rouge. ..


Chapitre 3

Le poids à l’arrière de la nuque est de plus en plus lourd, fracassant comme d’écrasants coups de massues. La migraine prend le dessus sur la concentration et laisse place à la nausée. Je recule de quelques pas et j’observe immobiles, pendant quelques seconde mon travail. Un élan de fierté me soulage puis retombe aussi tôt. Plus j’avance, plus la masse de travail semble s’intensifier. Le projet se clarifie et dévoile les détails et contraintes interminablement éternels. Je lève la tête en direction de l’horloge : le temps est long et il semble trop court. La nuit va me porter conseil. Je plie mes bagages et je sors sans saluer mon entourage. Le couloir long, sombre et morose m’avertit sur mes futures journées, mois et années à venir. J’arrive enfin à la hauteur de la porte. Je la tire et une bouffé d’air glacé remplie mes poumons endormis. Je crispe ma nuque et mes mains avant de m’élancer dans le froid hivernal. Les lampadaires éclairent la neige des trottoirs crispant sous mes pas. Ce lit de coton doux semble étouffer tous les bruits de la ville. Pourtant un calme assourdissant m'envahit, je vois défiler tous mes souvenirs devant mes yeux et perds mon équilibre dans un vertige de spirales linéaires. Des flocons s'envolent portés par le vent me flagellant le visage rougissant. 

23h; Maman ouvre la porte et pousse un soupir de soulagement suivit d'un regard sévère que je commence a bien connaître. Je passe la porte sans prononcer le moindre mot et je me précipiter dans la cuisine vers la bouilloire pour me préparer une infusion sans même dévisager le reste de la famille. Une avalanche de reproches m'écrase sans prévenir. Mon père ne supporte plus ma présence absente et maussade. Je ne supporte plus sa présence continuelle et condescendante. Le destin m'impose pourtant de rester vivre encore de nombreux mois dans le cocon familiale.

J'avale la nourriture laissé à mon intention en picorant directement dans la casserole laissé sur la plaque électrique. Quelques secondes suivantes je ressort précipitamment languissant mon lit qui devra m'attendre encore un bon moment. Depuis le bureau de ma chambre modestement éclairée, j’étends les échos des critiques qu'adressent mes parents à mon sujet. Mon cerveau semble refuser de projeter le travail à fournir devant moi. Pourtant la lune scintillante me montre qu'elle restera à me fixer jusqu'a ce que je ne finisse mes travaux.

J'entends mon parquet vernis grincer sous un bruit de pas. Une poussé d'adrénaline m'éjecte de mon sommeil. 7h; ma montre m'indique que je suis sérieusement en retards et mon lit m'as encore attendus toute la nuit. Une douleurs dans la nuque traverser ma colonne et me fait comprendre que j'ai passé de maigres heures de la nuit a somnoler écrouler sur le bureau. L'avalanche recommence cette fois ci plus meurtrière. Je m'efforce de balancer la tête en signe d’approbation avant de me pencher sur mon miroir. "oh mon Dieu!" les cernes noirs entourant mes yeux sont ridicule face aux marques sur mon visages. On distingue nettement la marque de la fermeture éclaire de ma trousse cisaillant le haut de mon front gauche dans une tranché s'étendant jusqu'au bas droit de mon menton. De quoi redonner le sourire a mon père pendant au moins quelques secondes me laissant dans une angoisse profonde.


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