Recluses - Séverine Chevalier

« Recluses » – Séverine Chevalier

Éditions Écorce – Noir

Bouquin de fille.

C’est ce que je me suis dit quand j’ai ouvert et lu quelques lignes.

Qu’est-ce que t’y connais, toi, à l’enfant dans le ventre ?

Que dalle.

Et puis j’ai tourné les pages.

Une par une.

Parce que l’enfant que tu perds, tu peux juste essayer d’imaginer. Tu veux pas y croire quand c’est ton gosse que tu vois dans les pages d’un livre, et je suis pas superstitieux, ça porte malheur.

Plein de filles dedans.

Que des voix de nanas, ou presque, et surtout, il y a la voix de Zya.

Zya, elle est handicapée. Elle est enfermée dans son corps. Tout le monde croit que c’est un légume, genre courgette ou pomme vapeur.

Ben là encore, que dalle.

Je t’explique :

« Moi je peux tout faire, sauf parler et bouger. À part la tête, un peu. Ma vie se résume à des soustractions. Je n’ai pas besoin de savoir quoi faire de moi. On me meut. On me déplace. On me tire. On me pousse. On m’accompagne. On m’orne. On m’organise. On me met en place. On me nourrit. On me masse. On parle pour moi. Sans moi. En dehors de moi. En moi. Je suis un terrain vague, indéterminable, ouvert à tout vent. »

Je dis souvent, à propos des bouquins de Cyrill Herry, que ça tue.

Ben là, encore, ça tue.

Tu te souviens du film de Lelouch ? Les deux nanas qui décident d’aller à Lourdes ? J’ai pensé à elles. Sauf que dans le film, celle qui est dans le fauteuil, elle parle. Elle bouge. Pas Zya.

Zya, elle pense.

Son vrai prénom, c’est Géraldine. Mais je crois qu’on s’en fout.

Pour moi, elle sera Zya pendant un long moment encore. Et des Zya, comme moi, tu en croises souvent. Et tu vas plus les regarder pareil.

Il y a Zora, aussi. Tu la croises qu’au début du livre.

Elle fait une connerie.

Grosse connerie.

Mais comme d’hab, je te raconte pas.

Et puis Suzanne. La sœur. Elle est enfermée aussi. Mais pas pareil.

C’est à elle que Zora a fait du mal.

Beaucoup de mal.

Alors Suzanne elle veut la connaître. La connaître vraiment. Savoir qui elle est.

Alors on va suivre Zora, avec Suzanne et Zya.

On la suit de loin, je vais pas te mentir.

Il y a tout dans ce roman.

La folie. La mort. La compassion, parfois.

Séverine Chevalier, elle est magicienne, ou sorcière peut-être.

Parce que pour écrire comme ça, je l’ai déjà dit pour « Clouer l’ouest », faut être magicienne ou sorcière.

T’as l’impression de découvrir des nouveaux mots à chaque phrase.

Découvrir surtout une façon bien à elle de mettre les mots ensembles.

Parce que dans ce livre, les mots ils te donnent des sensations.

Des émotions aussi.

Des vraies.

Pas celles que tu peux ressentir avec un policier. De toute façon, je lis pas de policiers. Ou c’est rare.

Des choses que tu sens à l’intérieur de toi.

Elle t’emmène profond.

Grave profond.

Tout au fond de toi, chercher des trucs que tu croyais pas pouvoir imaginer.

Attention tu vas pas être scotché à chaque paragraphe, c’est pas ça le truc.

Tu vas être scotché tout au long de ta lecture.

À chaque page.

Tu vas pas pouvoir le lâcher, ce roman.

Et le dénouement, tu peux pas l’avoir imaginé.

Ou alors, t’es juste très balèze.

Ou médium.

Commande-le chez Écorces.

Après, tu le classes à C.

Comme Chevalier.

Tu te souviendras ?

www.leslivresdelie.com


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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