Quand l'inconnu fait peur... Et si nous parlions de musique classique ?

Je vous vois et vous entends déjà : si je vous dis musique classique, vous allez penser, pêle-mêle: c'est vieillot, ronflant,il faut se saper à mort -justement, musique associée aux enterrements et mariages- c'est le violon dans un resto romantique... Et vous allez rajouter : musique poussiéreuse, bonne pour les réceptions chez l'ambassadeur. Et penser: attente téléphonique avec un morceau de dix secondes diffusé en boucle. C'est comme si vous lisiez le premier quatrain d'un sonnet sans lire le reste, on vous enlève  la tablette de chocolat alors que vous n'avez pas encore croqué la moitié d'un carré ! Sacrilège!

L'apprentissage de la musique classique semble (est !) ingrat et long, car toute technique exige maîtrise et méthode avant de pouvoir s'en affranchir. Rassurez-vous, on dit la même chose de la danse et de toute activité -discipline- où il faut travailler, répéter, faire des efforts. Forcément, à une époque qui encourage le tout- tout-de-suite-très-vite, les désirs vite satisfaits, on peut comprendre que discipline, méthode et travail soient considérés comme rébarbatifs. Sans négliger en plus le coût d'un tel apprentissage qui peut être assez élevé.

De plus, le cadre dans lequel elle est représentée peut impressionner : grandes salles ou temples du savoir, aux fauteuils de velours où on trouve des personnes habillées sur leur trente-et-un, dans un cérémonial qui semble étouffant, pour jouer une comédie dans laquelle on n'a pas envie d'être le bouffon.

Etouffant, pour ne pas dire ringard, se défendront ceux qui se cachent derrière des mécanismes de défense, pour ne pas prendre la peine d'aborder un univers qu'ils pensent inaccessible ou réservé à une élite.

Ils ne veulent pas aller vers la musique classique ? Qu'à cela ne tienne, elle ira vers eux !

On a tendance en effet à la mettre dans une cage, tel un animal rétif, c'est bien connu, l'inconnu fait peur ! Il suffit pourtant de regarder autour de soi: mais qui s'est déjà arrêté dans les couloirs du métro pour écouter le guitariste à Montparnasse, le quatuor à cordes à Châtelet, ou encore l'accordéoniste à Odéon ? Pour découvrir un art sous une forme inattendue, faire bouger les classiques! Qui de mieux qu'un spécialiste des transports urbains pour véhiculer cette idée ? La RATP a créé une scène alternative, avec l'EMA , l'Espace Métro Accords qui, depuis sa création, a accrédité plus de 3000 artistes à jouer dans ses couloirs et rames de métro.

Ainsi, les initiatives pour rendre cette musique plus vivante et plus actuelle existent, comme le témoignent les opéras et ballets retransmis en direct au cinéma, de quoi ouvrir nos oeillères ! On peut se délecter devant Casse-Noisette en boulottant des pop- corn !

On va me dire que les places coûtent cher, mais dois-je vous rappeler le prix d'une place de concert de rock ?

Si on ne va pas écouter de la musique classique, dans une salle, en queue de pie et robe du soir, il existe des manifestations festives, populaires et fédératrices, à des prix abordables, et certaines structures pratiquent en outre la politique tarifaire volontariste et proposent même des concerts gratuits. Si la capitale propose une offre pléthorique, pour n'en citer qu'un, le festival Opéra Côté Cour en septembre, en Province, l'offre est aussi importante. Citons Les Musicales de Colmar en mai, le Festival de Musique baroque et sacrée de Froville en juin, Festival Debussy à Argenton sur Creuse en juillet, Festival Berlioz à la Côte St André en août... Liste loin d'être exhaustive bien sûr.

La musique classique, c'est comme les tripes, il y a ceux qui aiment, et ceux qui ne connaissent pas. Comme tout art, pour mieux comprendre la musique classique, il est toujours bon de se plonger dans un bain historique, économique et littéraire et de créer des passerelles pour éclairer une œuvre, reflet d'un homme et d'une époque. Et remettre la musique classique au coeur de nos préoccupations, c'est redonner au mot « classique » son sens premier « qui mérite d'être imité »

La musique, c'est quand l'histoire, la littérature et la peinture se confondent, c'est quand les hommes sans voix pour crier ou chuchoter leurs états d'âme prennent un violon, un archet, ou un djembé et laissent glisser l'expression rythmée de sentiments. La musique a la magie d'exister uniquement lorsqu'on en joue et que lorsqu'on l'écoute, c'est un art qui se mêle au vivant et qui célèbre la fugacité de l'existence .

Expression de l'amour passionné d'un Orphée à une Eurydice ou bien des éléments qui se déchaînent comme la mer admirablement exprimée, je serai tentée de dire « décrite » tellement les mouvements sont explicites, dans la Mer de Debussy.

La musique est célébration de la nature, des grandes forces qui nous animent, elle est le reflet de l'humanité. Elle devient spirituelle, et ceci sans toutefois rallier de manière systématique un dieu.

Elle peut être divertissement comme recueillement. Elle peut émouvoir, par une émotion de surface, on s'accroche à un rythme, un mouvement particulier, et on se laisse transporter. On peut aussi l' écouter de manière attentive : c'est accepter un instant de s'arrêter, se recueillir, se retrouver, se rassembler, et de laisser le monde tourner, dans l'instant présent. Rappelez-vous, les notes vous ne les rattraperez pas.

Ecouter, assister à des concerts de musique classique, c'est lutter contre le caractère éphémère de la société de consommation. La musique classique ne peut pas être démodée, puisqu'elle dépasse les modes, elle traverse les époques et échappe à l'inclination vers l'éphémère de notre société.

Elle célèbre l'impermanence du monde, où tout ce qui paraît disparaît presque aussitôt. Le monstre vorace de la consommation qui dévore tout sur son passage et qui nous exhorte à aller vers le tout nouveau tout neuf, tout beau, le tout de suite, le dans l'air du temps, pousse les artistes à élargir leurs domaines d'expression, et à s'inspirer plus que jamais des époques passées.

La création ex nihilo j'y crois pas. Les plus grands compositeurs actuels reconnaissent bien leurs influences. Pour ne citer qu'un exemple encore, John Williams s'est inspiré du Sacre du Printemps de Stravinsky, de Pierre et le Loup de Prokofiev, et de la Mer de Debussy, citée plus haut, pour composer la bande originale des Dents de la Mer.

Evidemment ce n'est pas le seul à avoir fouillé dans les tiroirs.

Et la musique classique, celle que nous nommons ainsi depuis Bach et qui rassemble les grands compositeurs de la culture occidentale, n'a pas fini de nous transporter en faisant vibrer nos cœurs et nos tympans .


Rosapristina Rosa

Ecrit, théâtre, poésie, petits blablas sur la vie

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