Quand auberge de jeunesse rime avec tourisme écocitoyen

Alors que l’industrie touristique est responsable de l’émission de 26 400 millions de tonnes de CO2 par an*, peut-on allier tourisme et développement durable ? C’est le défi que se sont lancés Samuel Boggio et Alain Berhault en ouvrant, le 24 avril dernier, la première auberge écollective de France. Basée dans le 9ème arrondissement de Lyon, l’Alter’hostel tente d’intégrer les voyageurs dans la vie locale lyonnaise tout en diminuant leurs empreintes écologiques.

Quand auberge de jeunesse rime avec tourisme écocitoyen Au bar, Pénélope est en train de servir des bières locales

Un tourisme soucieux de l’environnement

Voyager de manière écoresponsable à des prix abordables, tel est le but de cette auberge de jeunesse qui accueille aussi bien des globe-trotters étrangers que des jeunes français s’installant à Lyon ou encore des groupes scolaires. Cela passe d’abord par une volonté de réduire au maximum l’empreinte carbone de l’hostel. Pour cela, l’éclairage est minuté, le débit d’eau des douches est contrôlé grâce à un système d’air comprimé et des toilettes sèches ont été mises en place. Compost, bacs de tri dans chaque dortoir, eau de pluie récupérée, rien n’est laissé au hasard et cela jusqu’à la lessive qui est faîte maison.

« Nous ce qu’on a décidé et mis en place, ce n’est pas sorcier. Il faut juste vouloir investir là-dedans. Les toilettes sèches coûtent 2500-3000 euros donc bon c’est un investissement sauf que derrière au niveau économique, tu récupères tous les ans. Il y a des gens qui viennent parce qu’on a ce concept plus écologique donc on incite les hôteliers à faire un peu la même chose » explique Samuel Boggio dont l’idée de ce projet a germé pendant un tour du monde. Les gérants ont également choisi le fournisseur d’énergie renouvelable enercop quitte à payer 15 à 20% plus cher sur la facture d’électricité. Cette auberge d’un nouveau genre n’a donc rien à voir avec une simple opération marketing de greenwashing. « Le concept d’une auberge écologique permet d’en apprendre plus sur ce qui est possible de faire pour préserver l’environnement » témoigne Marina, conquise de son séjour.

« Le concept d’une auberge écologique permet d’en apprendre plus sur ce qui est possible de faire pour préserver l’environnement »


Une approche du voyage plus ouverte à la vie locale et au partage

Au bar, le son de cloche qui résonne est celui du terroir avec le soda Cola’rdèche ou encore les bières de la Canute Lyonnaise. Les voyageurs peuvent aussi payer avec la Gonette, la monnaie locale même si Samuel admet que cela reste rare dans les faits. L’auberge multiplie les partenariats locaux afin d’impliquer les voyageurs à la vie lyonnaise. Ces derniers peuvent par exemple s’engager comme bénévoles pour les restos du cœur ou encore donner un coup de main à la billetterie de l’Acte 2, le théâtre voisin. « Ce n’est pas qu’une auberge, c’est hyper dense » résume Samuel. Concerts, soirées polyglottes, marché de noël ou encore ateliers DIY, l’hostel regorge d’évènements et de bonne humeur dans une ambiance où nationalités multiples et lyonnais se rencontrent en toute simplicité. L’hostel organise différents ateliers de sensibilisation à l’environnement en partenariats avec des associations locales comme par exemple « Conscience et Impact Ecologique ». Pour Gabrielle Frutos, administratrice de cette association, « c’est une coopération très bénéfique et justifiée de par les valeurs que véhiculent les deux structures ».

Il est également possible de louer des kayaks et des vélos. « Nous sommes vraiment content d’avoir pu nous associer avec l’Alter’hostel pour réemployer des vélos plutôt que d’encore en acheter des neufs et gaspiller » explique Thierry de l’association « Change de Chaîne ». L’auberge accueil également des jeunes en service civique et en woofing. Tout est fait pour rendre le voyageur acteur de son séjour dans une ambiance conviviale.


Quand auberge de jeunesse rime avec tourisme écocitoyen

Les musiciens de la Rado d'la Guill après leur show le 13 janvier 2018


Un projet qui a vu le jour grâce aux financements participatifs

« On n’est pas des génies, c’est juste qu’on a eu des idées et qu’on était motivé. Souvent on dit qu’il faut suivre ses rêves et bien ce n’est pas totalement faux. […] Il faut être créatif, il ne faut pas avoir peur de se mouiller même si les gens en face disent que vous allez vous planter » conseille Samuel. Pour financer leur rêve, les deux jeunes gérants n’ont effectivement pas manqué d’inventivité : « On a fait une descente du Rhône en kayak depuis la Suisse jusqu’à la mer. On a levé 21 000 euros comme cela en trois semaines. Trois cents personnes y ont contribué ». Puis ils ont fait appel à des financeurs de l’économie sociale et solidaire comme la Nef et le Crédit Coopératif.

« On n’est pas des génies, c’est juste qu’on a eu des idées et qu’on était motivé. Souvent on dit qu’il faut suivre ses rêves et bien ce n’est pas totalement faux. […] Il faut être créatif, il ne faut pas avoir peur de se mouiller même si les gens en face disent que vous allez vous planter »


Un concept qui inspire, écho d’une nouvelle aspiration de la part des jeunes

Ayant été récompensé, en janvier dernier, du label « Lyon, ville éthique et durable » dont le but est de promouvoir les initiatives offrant des alternatives de consommation concrètes, l’Alter’hostel semble avoir de beaux jours devant lui. Samuel paraît confiant : « On peut lancer des tourismes différents, on en est la preuve et pour l’instant ça marche. Souvent les gens sont très contents de venir, ils nous encouragent ». Un concept novateur en pleine effervescence ? « Dans d’autres villes de France on a des échos comme quoi il y a d’autres projets en cours un peu comme le nôtre donc petit à petit ça se développe ». Cette dynamique semble témoigner de l’émergence d’une conscience éco-responsable en particulier chez les jeunes qui sont de plus en plus attirés par l’aspect solidaire que peut revêtir le voyage et son côté bienveillant envers l’environnement. « Le développement durable, en termes économiques ce sont des marchés qui explosent : il n’y a pas vraiment de risque à prendre. En termes de bien-être personnel, c’est super car on rencontre des gens qui ont les mêmes valeurs que nous, les fournisseurs, les partenaires donc ça créé une communauté bienveillante. C’est l’avenir, le futur en fait » conclut Samuel d’un regard optimiste. 


*http://sdt.unwto.org/sites/all/files/docpdf/docuconfrontingf.pdf

Photos © Alter'hostel


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