Q'ero, chez les derniers Incas

Tout d’abord, il convient de se représenter vaguement où vivent les Q’ero. A quelques 6h de route au sud-est de Cusco, se trouve Ocongate. De là, il est possible d’apercevoir très clairement la cordillère du Vilcanota, refuge non seulement de l’Ausangate, sommet du sud du Pérou, culminant à 6 372 mètres d’altitude, mais aussi le glacier du Qoyllur Riti, destination phare de pèlerinage andin. Derrière ce dernier se trouve le territoire des Q’ero, l’un des plus isolés et des plus difficiles d’accès des Andes. Il s’étend sur 3000m de dénivelé, sur trois étages écologiques, entre 1800 et 4800 mètres d’altitude, sur le flanc amazonien des Andes.

Les Q’ero sont considérés comme les derniers Incas car ce sont les communautés qui ont le plus gardé les traditions ancestrales héritées des Incas. De plus, ils n’ont été annexés par les hacendados (grands propriétaires terriens) que tardivement.

Le peuple Q’ero est composé de cinq communautés : Markachea, Totorani, Hatun Q’ero, Quiko et Japu. Chaque communauté est composée de plusieurs annexes où les populations vivent la plupart de l’année, les villages principaux étant surtout utilisés lors des cérémonies et des fêtes.

Les Q'ero parlent, bien entendu, le Quechua (appelé Runasimi, qui signifie "langue des hommes"), et très peu connaissent l'espagnol.

Q'ero, chez les derniers Incas

Donc, depuis Ocongate le voyage se fait à l’arrière d’un camion, dans la remorque. Au début cela est plutôt amusant, mais lorsque la route se transforme en piste puis en brouillon de piste, ça l’est encore plus! Attention cependant, à bien se couvrir, à 4 800 mètres d’altitude, le vent est frais.

Ainsi, guidé par Cesar Antonio, nous passons le col du Santa Rosa (glacier représentant le début du territoire Q’ero) et nous arrivons à Raqchi, annexe de la communauté de Japu. C’est l’introduction avec les conditions de vie que nous allons partager les prochains jours. Les habitations sont de petites maisons basses de pierre, sans fenêtres, dans lesquelles il faut se baisser pour entrer, et composée d’une seule pièce multifonctions. On y mange, on y dort, on y bavarde et on y fait la fête. La nourriture est essentiellement composée de pommes de terre, les compléments alimentaires étant apportés par la mastication de la feuille de coca. Les habitants vivent donc en autonomie, cultivant les pommes de terre, et élevant lamas et alpagas. Le soir venu, on se couche sur la paille qui recouvre généralement le sol des maisons et on y rajoute une ou plusieurs peaux de bêtes où est encore présente la laine, en guise de matelas.

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Le lendemain matin, nous partageons les sacs et la nourriture sur le dos des lamas et nous partons en direction de la prochaine étape. Le chemin passe par les hauteurs du village principal de Japu et continue par un col d’où l’on peut observer l’étendue du glacier de Santa Rosa. C’est à cinq minutes de là que nous allons déjeuner une truite fraichement pêchée dans une maison isolée. Repus, nous repartons.

Nous croisons, tout d’abord le lac de Pupusayocqocha (qui signifie « le lac où pousse le pupusa », plante andine, très efficace contre la toux), qui sera le premier d’une longue série. En effet, peu après nous arrivons sur les hauteurs d’un autre petit lac entouré de Quishuas (petits arbres des altitudes andines), apparemment terrain de jeu des Viscachas (chinchilla andin).

C’est alors que nous apercevons une autre annexe de Japu, Cochamarca (« l’endroit du lac ») entouré par un paysage époustouflant de lacs, de montagnes et de rivières. Nous allons y passer la nuit.

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Après un bon petit déjeuner nous reprenons les sentiers, toujours guidés par notre guide et cuisinier Cesar Antonio, et suivis par nos arrieros et leurs lamas. Nous passons le lac de Mariposacocha (« le lac papillon ») avant de nous reposer sur le bord d’une autre grande étendue d’eau. Ce qui devait être une pause de que quelques minutes, s’est transformée en un repos d’un quart d’heure, à l’insu de notre plein gré. Effectivement le calcul des temps de pause ne prend pas en compte le tempérament têtu des lamas. Suivant tranquillement leur chemin, il leur a pris l’envie soudaine de se baigner….avec nos sacs sur le dos. Il a fallu quelques minutes aux arrieros avant de les remettre « sur le droit chemin ».

Un col et deux autres lacs plus tard, nous arrivons à notre point de déjeuner, qui n’est autre que la plage, je vous le donne dans le mille….d’un autre lac. Ce repos paradisiaque ne sera que de courte durée puisqu’il faut repartir et digérer le temps d’un col raide à quelques 4 400 mètres d’altitude environ. Enfin, le jeu en vaut la chandelle quand, là-haut, les nuages venus tout droit de la selva, commencent à recouvrir le paysage, lui donnant alors une allure tout à fait mystique. Nous décidons, de faire un petit détour par un des sommets des environs, l’Apu Katilina, afin de pouvoir profiter de la vue de Yanaruma, autre village, et son lac le Katilinacocha.

Mais il se fait tard, et l’air se rafraîchit. Il est temps d’amorcer notre descente jusqu’à Lequepata, où nous allons passer la nuit, encore une fois avec notre famille d’accueil, à la suite d’un repas chaleureux.

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Le lendemain, nous remontons un premier col, avant d’entamer une longue descente jusqu’à Quiko, d’où nous remonterons un deuxième col au milieu duquel nous déjeunerons. Une nouvelle fois, le processus de digestion est difficile puisqu’il faut finir le col. De là-haut, il est possible d’avoir une vision d’ensemble du territoire Q’ero, mais cela ne suffisant pas nous avons décidé de pousser le vice jusqu’au sommet le plus proche afin de profiter d’un panorama à 360° sur un paysage des plus sauvages, entre les glaciers de plus de 5000 mètres à l’orée de la forêt amazonienne.

Toutefois, qui dit monter, dit descendre, et cela jusqu’à l’annexe d’Irwa Kunka, située sur le bord d’un petit lac dominant une longue vallée descendant jusqu’à la Selva. Quelques nuages, pour ne pas oublier le côté mystérieux, et nous voilà face à un spectacle d’une beauté à couper le souffle. Si l’on ajoute à cela l’accueil extraordinaire de Don Luis, Dominga et toute la famille, cette étape fut vraiment des plus agréables.

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C’est ainsi que le matin suivant nous partons pour le dernier jour de trek qui sera, un des plus beaux, mais également le plus long. En quittant Irwa Kunka nous passons par le lit d’une rivière asséchée sur le bord duquel, en toute quiétude, paissent des alpagas. Le col atteint, on ne peut que lâcher un « waow » d’admiration face au paysage qui nous fait face. Nous sommes dans le territoire des vigognes sauvages, que l’on voit courir à toute vitesse sur les pentes du Puka Orqo (« montagne rouge »), montagne que l’on croirait sortie d’une carte postale de la planète Mars, et du Kawiñayoc, l’un des glaciers dominant le territoire Q’ero.

Et c’est dans ce décor que nous allons passer le reste de la journée, passant d’un col à 4 800 mètres à un autre, puis redescendant déjeuner dans une combe, accueillis par les premiers flocons de neige. Motivés comme jamais, nous partons en direction de la base du glacier que nous voulions absolument toucher, tout cela en dépit de l’orage de grêle qui s’annonçait et qui nous a accompagné jusqu’à notre objectif, pour finalement s’arrêter et nous laisser prendre quelques photos. C’est alors un paysage totalement transformé qui s’étendait devant nous. Tout était devenu blanc.

Ayant pris toutes les photos et poses possibles, nous avons commencé notre descente vers Quiko, au même rythme que le soleil, étalant une lumière orangée sur le sommet des montagnes. C’est à la lueur des lampes frontales que nous sommes finalement arrivés à Quiko, où nous attendaient nos hôtes pour le dîner. Et c’est sans aucun doute que nous avons très bien dormi cette dernière nuit.

Après un bon petit-déjeuner à base de pommes caramélisées et de quartiers d’oranges (préparé par un cuisinier dont je tairai le nom, mais qui, a priori, a écrit cet article) pour tout le monde et un réveil en douceur baignés par les rayons du soleil matinal, nous avons dit au revoir à nos nouveaux amis. Le camion, finalement arrivé, nous sommes repartis à travers les pistes de sables, de pierres et de trous, en direction d’Ocongate où nous avons pris un minivan qui nous a reconduit jusqu’à Cusco, la tête pleine de souvenirs et le sourire jusqu’aux oreilles.

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