Nouvelle de fantasy : Silva Terra

En 2168, le monde va mal. A cause des bouleversements climatiques globaux entamés entre le XIXè et le XXè siècles et à leur intensification au début du XXIè à cause de certains grands pays, la Terre s’est rapidement vue coupée en deux par un grand désert de sable s’étendant approximativement du Sahara actuel au sud du golfe de Guinée. Pour remédier à ce problème, et ce avec l’appui des anciens pays climato-sceptiques, il fut décidé de créer en laboratoire des graines d’arbres OGM résistant à la chaleur et mourant dès que la température serait assez basse pour planter des arbres non-OGM. Cette partie du plan, hautement hypothétique, aurait dû se dérouler entre 2080 et 2100.

Malheureusement pour les scientifiques en charge du projet, rien ne se passa comme prévu. Les 0,001% d’échecs qu’ils avaient envisagé dans leurs prévisions se réalisèrent bien, et d’une manière tout à fait particulière. En effet, au lieu de mourir lorsque la température de l’endroit où ils avaient été plantés était arrivée à un stade correct, ils changèrent plutôt leur code génétique afin de pouvoir proliférer tranquillement sur toute la planète.

Voyant que leur projet était en train de virer au cauchemar, les gouvernements, accompagnés par les mêmes scientifiques, décidèrent de créer plusieurs petites planètes de la taille de Mars afin d’accueillir les plus de huit milliards d’êtres humains sans compter le bétail et l’agriculture. Chacune fut placée à une orbite haute voire très haute de la Terre afin de pouvoir y retourner le cas échéant.

Les premières navettes « interplanétaires » amenant tous les Terriens sur les nouvelles stations habitables commencèrent en 2140 à la fin de l’assemblage de la première de ces stations et se termina en 2147. Toutefois, de nombreux humains refusèrent de partir dans l’espace. Alors que cela faisait vingt longues années qu’ils erraient dans la forêt avec pour seul objectif de rester en vie, un événement vint bouleverser le fragile équilibre dans lequel ils se trouvaient, un événement tellement imperceptible qu’il serait passé inaperçu s’il n’y avait pas eu des alertes récurrentes : une nouvelle espèce de carnassier très dangereuse était apparue. C’est de cela dont nous allons vous parler ici.


Juin 2168. Dans ce qui avait été un jour une ville de l’ouest de la France, le groupe d’amis formé par Kyrrian, Robierto, Kyntia, Nortiana et Iznio se reposait depuis quelques jours dans une grange en périphérie de cette dernière lorsqu’ils sentirent ce bouleversement dans l’ordre des choses. Ne sachant pas ce que c’était et sentant leurs poils s’hérisser, ils se regroupèrent à l’entrée du bâtiment, et scrutèrent avec méfiance le bois environnant. Après quelques minutes qui leur parurent durer des heures, ne voyant toujours rien arriver, ils retournèrent sous l’abri, rangeant tout de même par précaution les affaires dont ils ne se servaient pas.

Après avoir fait ce rapide rangement, Robierto et Kyntia allumèrent un feu au centre de la grange à l’aide du bois mort entassé dans un coin. Une fois le bois embrasé, ils mirent quelques écureuils assaisonnés de baies à cuire sur une planche de cuisson rudimentaire. En attendant la fin de leur cuisson, Kyntia lança la discussion sur un sujet récurrent : le manque de relations avec d’autres groupes d’humains.

« Je sais ce que tu vas nous dire, Kyntia, commença Kyrrian lorsque cette dernière fit une première pause, mais tu sais ce que nous avons décidé ? Vu la dangerosité du trajet et les nombreux nouveaux prédateurs que nous serons amenés à découvrir, nous ne pouvons pas nous permettre de nous lancer là-dedans.

- Je sais bien, reprit Kyntia, mais bon… Ça ne nous ferait que du bien, l’air marin.

- Ah, mais attendez une seconde, tiqua Iznio après quelques secondes de silence autour du feu. Vous vous rappelez de l’étrange vibration de tout à l’heure ? (Tout le monde hocha affirmativement la tête) Si je me rappelle bien, une vibration semblable avait eu lieu il y a deux-trois ans, et les loutre-chats carnivores, des prédateurs particulièrement agressifs, étaient apparues quelques jours plus tard. Donc…

- Il n’est pas improbable qu’il se passe actuellement la même chose, compléta Robierto d’un air sombre.

- Qu’est-ce que ça pourrait être selon vous ? demanda Nortiana, inquiète.

- Ça, je ne sais pas, continua Kyrrian, mais ce qui est sûr, c’est que nous devrons faire attention, très attention. Et d’ailleurs, je pense qu’il vaudrait mieux pour nous que nous bougions le plus possible la journée, et que nous dormions dans un endroit découvert ayant un retrait couvert, au cas où. »

Tout le monde acquiesça, l’air grave. Les membres du groupe avaient compris la gravité de l’enjeu : il fallait rester en vie tout en se battant contre un ennemi inconnu. C’était là toute la difficulté de vivre dans un monde dont nous étions à la merci. Tuer ou être tué, tel était le dilemme. Le repas se passa dans un silence de cathédrale, les mouches étant presque audibles. Une fois qu’il fut terminé, chacun alla vaquer à leurs occupations, ruminant ce qui s’était dit avant le repas. Finalement, ils se couchèrent tous sans un mot, et peu trouvèrent le sommeil aussitôt.

Le lendemain matin, le réveil fut compliqué pour tout le monde. Les cinq amis avaient très peu et très mal dormi à cause de l’événement de la veille. Ils allèrent tous se passer la tête sous l’eau de pluie qu’ils avaient réussi à récupérer grâce à un collecteur qu’ils avaient fabriqué. Une fois qu’ils furent entièrement réveillés, la routine des matins de départ reprit le dessus. Pendant que Kyrrian et Iznio (deux amis d’enfance) préparaient le repas après avoir allumé le feu, les filles et Robierto rangeaient tout leur nécessaire de camping (duvets, couvertures, vêtements de rechange, etc.).

Le petit-déjeuner fut pris de manière expéditive afin de diminuer les chances d’être surpris par l’une des nombreuses hordes de prédateurs mutants régnant sans conteste sur la région. Une fois qu’il fut fini et toutes les affaires équitablement réparties, le quintuor dirigé par Kyrrian prit la direction du nord, et emprunta un petit sentier tirant son origine du passage répété de grands animaux (cerfs, sangliers, renards, etc.). Une fois le premier coude passé, les cinq amis furent immergés dans un monde à part, un monde végétal où le silence absolu était seulement troublé par les chants d’oiseaux.

Ils marchèrent ainsi pendant quatre (longues) heures, à l’affut du moindre bruit suspect et voyant défiler les virages successifs d’une manière hypnotique. Alors qu’ils arrivaient près d’une clairière après avoir marché sur quinze kilomètres, ils entendirent des bruits de voix provenant de cette dernière. « Chouette ! Des hommes ! », se dit intérieurement Kyntia, heureuse de pouvoir échanger avec un autre groupe. Cette joie n’était pourtant pas partagée par Kyrrian, bien au contraire, qui doutait de la bonne foi et de la gentillesse de ceux qu’ils allaient rencontrer.

Peu avant l’orée du bois, il fit signe à ses amis de quitter le sentier et d’entrer le plus discrètement possible sous l’abri des arbres. A travers ceux limitant la clairière, ils purent découvrir un groupe constitué, semblait-il, de quinze personnes, quinze jeunes hommes et femmes d’une vingtaine d’années (sensiblement le même âge que nos cinq héros) et dont le sujet de prédilection était l’onde imperceptible que ces derniers semblaient également avoir ressenti la veille.

« Nous avons senti le bouleversement à une vingtaine de kilomètres au sud-est d’ici, disait l’une des jeunes femmes présentes non loin de l’orée de la forêt. Selon vous, qu’est-ce que ça pourrait bien être ?

- Comment pouvons-nous le savoir, Julia ? lui répondit un jeune homme venant d’un autre groupe. Nous ne sommes pas devins, et nous nous trouvons dans la même ignorance que toi.

- Généralement, continua une deuxième jeune femme, lorsque ces bouleversements se produisent, c’est qu’une nouvelle race de prédateurs est apparu. Ce serait donc une mauvaise nouvelle pour nous.

- Tu as raison, Joanna, reprit le jeune homme, nous devrons faire attention… (Nortiana fit un petit mouvement sur le tapis de feuilles, qui craqua) … Qui va là ? »

Après quelques minutes où une chappe de silence était tombée sur la clairière, Kyrrian regarda ses amis avant de se lever, imité à quelques secondes près par ces derniers. Il sortit du bois en premier tout en annonçant leurs bonnes volontés. Les deux premières choses qu’il remarqua à son entrée dans la clairière étaient l’extrême diversité des visages dans le groupe qui s’y trouvait, et leur grand étonnement à découvrir un nouveau groupe d’humains.

Dès que l’étonnement eut laissé place à la curiosité dans le groupe de quinze, les questions fusèrent de tous les côtés, obligeant le jeune homme qui avait « démasqué » nos amis à toutes les faire taire. Puis il se tourna vers Kyrrian, et posa sur lui un regard interrogateur.

« Si vous voulez tout savoir, répondit ce dernier à la question muette, il vaut mieux vous asseoir, puisque c’est une longue histoire. »

Une ombre inquiétante et étrange s’avança sur le campement que notre groupe d’amis avait quitté quelques heures auparavant. Il entra dans la vieille grange délabrée et en proie à la végétation, et renifla le foyer où avaient flambé les feux des derniers jours. Il fit un rapide tour du propriétaire avant de quitter les lieux et de prendre la même direction que Kyrrian et ses amis.

Sans savoir qu’ils étaient traqués par un animal étrange qui leur voulait du mal, nos cinq héros (Kyrrian, Nortiana, Robierto, Kyntia et Iznio) racontaient tour à tour leurs histoires personnelles, de leur enfance dans les premières années après le surdéveloppement des forêts OGM à leur rencontre fortuite deux ans et demi plus tôt. Selon ce que racontait Kyntia (la plus jeune du groupe), leur vie depuis avait été une alternance de période de stress important, où ils devaient nécessairement bouger s’ils voulaient survivre, et de périodes d’accalmie, où ils pouvaient se reposer dans un endroit tranquille.

Le groupe de quinze, dirigé par Buntaro (un jeune homme de 22 ans tirant peut-être ses origines de ce qui avait été le Japon), était accroché aux lèvres de leurs interlocuteurs, bouche bée. Ils semblaient tous avoir des origines différentes (Amérindiens, Asiatiques, Caucasiens, etc.), mais étaient, tout comme le groupe de Kyrrian, unis dans un seul but : celui de survivre. Plus le récit de nos amis avançait et plus ils se détendaient, voyant sans doute les nombreuses similarités existant entre eux.

Lorsque Nortiana eut fini de raconter la longue histoire de son groupe, un silence respectueux s’installa, chacun prenant l’entière mesure de ce qu’avait dû traverser l’autre groupe en termes d’épreuves. Finalement, après cinq (assez longues) minutes, Joanna prit la parole.

« Je ne sais pas ce que les autres en pensent, mais, vu qu’il commence à se faire tard, il vaudrait peut-être mieux pour vous que vous restiez dormir avec nous ce soir.

- Mais tu n’y penses pas, Joanna, intervint un jeune homme du nom de Nicolaï. Que fais-tu de cette nouvelle espèce de carnivore dont nous avons tous senti l’apparition hier ?

- Elle a raison, se permit d’intervenir Iznio. N’oubliez pas que marcher la nuit dans la forêt est aussi dangereux que de rester sur place. De plus, imaginez que nous tombions nez à nez avec un des représentants de cette nouvelle espèce en pleine nuit en forêt. Que pourriez-vous faire ? Rien, à part vous faire tuer. Désolé d’être aussi alarmiste, mais c’est la vérité. Nous ne sommes pas de taille à nous opposer ne serait-ce qu’à un prédateur la nuit. Rendez-vous à l’évidence, conclut-il avant de se rasseoir sous les regards interloqués mais compréhensifs de son auditoire.

- Tu as raison… Iznio, c’est ça ? (L’intéressé fit signe que oui de la tête) C’est décidé, nous restons ici jusqu’à demain, tout en espérant que nous ne nous ferons pas attaquer. Répartissons-nous les tâches de veille de départ, mes amis », termina Buntaro sous les regards plein d’entrain de ses camarades.

Tout le monde se leva, et plusieurs groupes se formèrent spontanément, partant chacun de son côté pour réaliser les tâches qui lui avaient été assignées. Nos héros se retrouvèrent rapidement désœuvrés mais Buntaro les répartit dans différents groupes afin qu’ils aident aux tâches diverses.

Lorsque le soir arriva, trois heures et demi plus tard, la clairière où avait vécu le groupe des quinze s’était littéralement métamorphosé. Là où se trouvaient avant une grande tente au milieu de petits abris servant à des tâches courantes (WC, cuisine, forge, etc.) se dressaient maintenant plusieurs petites tentes de voyage. Elles formaient un demi-cercle parfait au centre de la clairière et entourait un foyer fait grossièrement de pierres plus ou moins rondes et où brûlait un petit feu. On y avait mis plusieurs volatiles à griller, afin d’avoir de quoi manger.

Les discussions allaient bon train, et la plupart d’entre elles tournaient autour de la question « Quand allait-on se faire attaquer ? ». L’ambiance était à la convivialité, lorsque, soudain, une jeune femme du groupe des quinze hurla de peur en pointant l’orée de la forêt. Une paire d’yeux jaune-vert fixait intensément le campement. Tout le monde se leva, se préparant au pire. « Je le savais ! Nous aurions dû partir plus tôt ! Je le savais ! », pensa Nicolaï, en panique.

Tous se réparèrent tant bien que mal à se battre. Voyant les humains se tendre, la bête grogna, avança en courant pour sortir du bois et bondit dès qu’elle le fut, la gueule grande ouverte…

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