Mourad Merzouki en mode melting-pot corps et graphique

Le monde sur le plateau de la Villette avec le dernier spectacle de Mourad Merzouki. Le chorégraphe a rencontré onze jeunes danseurs de Rio en 2008. Onze hommes dopés à l'énergie et à la testostérone qui servent le propos de deux beaux tableaux melting-pot : Correria et Agwa, en mode engagé et humour toujours. A voir et à danser jusqu'au 26 novembre.

Correria est une course trépidante. Il saisit “le quotidien de ces danseurs brésiliens pour retranscrire en mouvement leur présent comme leurs rêves”. Et quand la musique se tait, que le silence se fait, seul le souffle de ces athlètes acrobates rythme les positions de ces danseurs équilibristes. Par le motif des jambes qui pédalent, le fer de lance de la révolution hip hop en France rend hommage au cinéma avec ce fond sonore de bobine, au cycle, au temps qui file. Il y a de l’Afrique dans ce spectacle aux danses ethniques et aux percussions corporelles qui claquent. Du Brésil forcément avec ces chorégraphies accompagnées de chants et inspirées de la capoeira. Cet art martial brésilien qui puise ses racines dans les techniques de combat et les danses des peuples africains du temps de l’esclavage au Brésil. Et quand l’homme au torse nu noir revêt une chemise blanche, que la capoeira se fait ballet sur fond musical classique, les codes s’inversent. L’allusion à l’affranchissement est franchement claire. L'esclave devient alors maître à danser. Il revêt le costume de l’homme libre. Ce propos engagé reste néanmoins toujours ludique, toujours tonique et acrobatique. Les mains, la tête, les genoux et les pieds surtout, sont largement mis à contribution. Ces derniers deviennent même des cannes en forme de jambes gainées de longues chaussettes à rayures, dédoublant celles des danseurs. S’ensuit un incroyable jeu de jambes allié à un très bel effet visuel rendant les lignes mouvantes. Correria délivre un joli message, toujours avec humour. La signature aussi de Merzouki. Il rend un hommage à ces hommes et aux danses tribales, au même titre que le deuxième tableau : Agwa. Un hymne à l'eau symbolisé par des gobelets alignés dans “un étourdissant numéro de voltige urbaine” et à l’impressionnante précision. Suite à l’effondrement de ces gobelets empilés, soufflés par la course effrénée des danseurs, “il faut tout reconstruire”. Mais dans cette partie rien ne se perd. Après un jeu minutieux de vases communicants, les gobelets d’eau seront tous bus par les danseurs. “A leur manière les solistes s'inventent ici un nouveau monde” où est invoqué la pluie par une danse aux rythmes encore une fois tribaux. Quant au final, il est en feu d’artifice. La course lancée en début de spectacle devient folle. Elle s’accélère en mode ballet du bolchoï avant un grand lancer de gobelets. Entre acrobatie et chorégraphie, le hip hop de Merzouki est toujours au top.


Anne LOCQUENEAUX

Journaliste de profession, l'écriture a toujours été la force qui me meut, comme le jeu avec les mots et l'émotion. Adepte des exercices de style, je connais aussi Paris comme ma poche et comme personne. De l'île de la Réunion à l'île-de-France, “Diversité, c'est ma devise”. Et parce que la proximité, ça me plaît, je me suis fixée comme mission passion l'exploration de ce terrain de jeu géant qu'est le monde avec Vous, ô frères humains.

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