MJ. Air 1

Vendredi 23 septembre.

Putain de vol de merde, encore du retard, il faut vraiment que je règle ça très vite.

– Martha ?

– Oui monsieur !

– Programmez une réunion avec toute l'équipe pour la semaine prochaine.

– Une préférence pour le jour monsieur ?

– Non, le plus vite possible.

– Autre chose monsieur ?

– Non Martha, vous pouvez rentrer au bureau, je dois voir Ron, je vous rejoins plus tard.

– Bien monsieur.

Je regarde Martha partir puis je me dirige vers le bureau des agents au sol. L'aéroport de Washington m'a toujours fasciné, tout un tas de gens passe ici chaque jour, beaucoup d'hommes d'affaires, mais aussi des familles en vacances, des retraités, des jeunes couples, des célibataires et bien sûr, des connards comme moi, très bon en business mais incapable de garder une femme plus de huit jours. Quand j'arrive au bureau, deux hôtesses me lancent des regards langoureux en me saluant. T'es pas là pour ça MJ !

– Bonjour monsieur Jonson !

Je fais un signe de tête pour les saluer et je continu mon chemin jusqu'à l'accueil.

– Bonjour Michelle, il est là ?

Elle lève le nez de son ordinateur.

– Bonjour monsieur Jonson, je ne savais pas que vous deviez passer aujourd'hui, voulez-vous que.....

– Ce n'était pas prévu, mais puisque je suis là, je veux le voir.

Tout en parlant avec Michelle, je continue mon chemin et sans frapper, j'entre. Je trouve Ron, assis sur son bureau, en pleine discussion avec une hôtesse qui se lève en me voyant.

– Mr Jonson, ravie de vous voir.

– Bonjour, je suis venu voir Ron, vous pouvez nous laisser une minute mademoiselle ?

En papillonnant des cils elle se dirige vers la porte.

– Repensez à ma proposition mademoiselle, j'attends votre réponse.

Elle ne répond rien et elle sort alors qu'il se lève enfin pour venir me saluer.

– Salut MJ, quoi de neuf ?

Je lui sers la main presqu'à contre coeur.

– Tu n'as pas une petite idée ?

Il retourne derrière son bureau pour s'asseoir et je reste debout devant lui.

– Toujours la même chose ? Je t'ai dit que j'allais régler ça, il me faut un peu de temps, c'est tout.

– Du temps ! Mais nous n'en avons plus, cela fait des mois que tu me dis que tu t'en occupes, mais qu'est-ce que tu as fait ? Rien ! Je perds de l'argent chaque jour avec ces conneries, à croire que tu veux ma faillite !

Il se relève, il a l'air pré-occupé.

– MJ, je sais que tu perds de l'argent avec la compagnie, mais je fais de mon mieux je t'assure. Chaque jour, je fais le bilan avec mon équipe, malheureusement, je ne sais pas encore comment y remédier. Les pannes sont imprévisibles, mais les retards à répétitions, je n'y comprends rien.

Je le regarde dans les yeux, il transpire et il évite mon regard.

– Qu'est-ce que tu me caches Ron ?

Il s'étonne.

– MJ, qu'est-ce que tu vas chercher, je n'ai rien à cacher. Si je trouve une solution, tu seras le premier averti.

Je l'observe encore alors qu'il retourne derrière son bureau.

– Je suis comme toi, je m'interroge.

– Est-ce que quelqu'un de ton équipe pourrait vouloir ma perte ?

– MJ ! Qu'est-ce que tu vas chercher. Je sais que la grève de l'année passée a laissé des traces, mais ton implication depuis ton rachat a montré à tous que tu sais piloter une grande compagnie telle qu' MJAir. Chacun de tes employés a confiance en toi, à commencer par moi. J’espère que toi aussi, tu as confiance en nous ?

Je continu de l'observer pour essayer de trouver la faille, mais rien, peut-être que je me fais des idées après tout.

– Je sais Ron, je suis conscient de l'effort fourni par toute l'équipe, je veux juste qu' MJAir reste la meilleure compagnie du pays, on ne peut pas laisser les retards et les pannes se poursuivent. Je veux que vous trouviez une solution avant la fin de l'année, c'est compris ?

– MJ ! Je...

– Plus de MJ, Ron ! Tu me connais, tu sais que je ne fais pas de sentiment en affaires, je n'hésiterais pas à me séparer de quelques collaborateurs si cela peut me permettre de redresser les comptes de la compagnie et régler les problèmes. Et je commencerais par toi !

Il se redresse d'un bond.

– Marc enfin ! Tu ne vas pas me menacer, tu me connais depuis si longtemps, je te jure que je fais tout ce que je peux pour régler ça au plus vite.

– Ce ne sont pas des menaces Ron, je suis le PDG de cette compagnie, je peux et je veux tout faire pour le rester, tu as jusqu'à Noël !

Sans le saluer, je sors de son bureau en l'entendant maugréer.

Bordel de merde ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pour arranger tout ça ?

Je quitte le bureau sans même saluer Michelle. Je sens mon téléphone, je décroche.

– Jonson !

– C'est Martha monsieur. J'ai calé la réunion, mardi à 13h, avant votre départ pour l'Asie.

– Merci Martha, je prends un café et je vous rejoins.

– Bien monsieur.

Je me retrouve dans le hall, comme à chaque fois depuis des mois, je n'arrive pas à savoir si Ron est vraiment honnête avec moi. Je le connais depuis si longtemps peut-être que ma sympathie pour lui m'aveugle, mais j'ai du mal à penser qu'il pourrait vouloir ma perte, pourquoi ? Je me dirige vers le comptoir du premier café que je trouve sur mon chemin.

– Bonjour mademoiselle, un café, serré, s'il vous plaît.

– Bonjour monsieur, je vous apporte ça tout de suite.

Je la regarde se mouvoir derrière le bar. Elle a un beau petit cul, j'en ferais bien mon affaire pour un soir, je pourrais peut-être l'inviter à...

– Voilà monsieur, voulez-vous autre chose ?

Merde déjà...

– Heu...non merci mademoiselle.

Pas le temps de lui lancer mon invitation qu'elle est déjà partie. Putain même pour ça, je commence à perdre la main, fait chier !

Je sirote mon café en matant les jeunes femmes qui passent à ma portée. MJ, tu es un salaud, tu vas encore en choisir une qui tombera amoureuse de toi et comme tu ne veux pas t'engager, tu la dégageras dés qu'elle sera trop accro, c'est pas comme ça que tu auras une famille, tu vieillis gars ! Soudain, je la vois. Une magnifique jeune femme 1.70m ou 75, blonde, cheveux longs en chignon. Elle se déplace comme une petite chose fragile, elle est mince et... Merde c'est une hôtesse. Je regarde plus attentivement son uniforme. Putain ! En plus, elle bosse pour moi. J'ai des règles, jamais, jamais, coucher avec les employées. Fais chier ! Je reporte mon regard sur un groupe de jeunes femmes venues certainement pour un voyage quelconque entre filles. Pas mal, la blonde, un peu petite, mais elle fera l'affaire. Je fini mon café, laisse un billet de 20 dollars, tu te souviendras de moi ma belle avec 20 dollars ! Et je m'approche du groupe en me concentrant sur la blondinette.

– Mademoiselle...Mademoiselle...s'il vous plaît ?

Putain elle se sont toutes ruées sur l’hôtesse. Je m’arrête pour les observer quand l’hôtesse se retourne pour leur répondre, elle a des yeux bleus, somptueux et elle est encore plus belle vu de prés. Je reste planté là comme un con à attendre qu'elle finisse sa conversation avec les filles. Bordel pourquoi ce n'est pas moi qui m'occupe du recrutement des hôtesses, c'est une perle ! Ouais mec, mais pas touche, elle bosse pour toi ! Le temps de revenir sur terre, elle à disparue et le groupe de jeunes femmes aussi. Merde, quel con ! Je me dirige vers les toilettes quand je heurte quelqu'un.

– Putain de merde !

Je me retrouve nez à nez avec mon hôtesse blondinette et elle me regarde comme un salaud arrogant et vulgaire que je suis. Mais dis quelque chose connard !

– Excusez moi Monsieur, je ne vous ai pas vu arriver.

Elle me regarde avec ses grands yeux bleus, elle est belle, très, très belle. Elle se baisse pour ramasser son téléphone. Et voilà encore une accro à son portable, pourquoi se concentrer sur ce truc plutôt que de regarder les gens autour de soi.

– Je vous en prie Mademoiselle, moi non plus je n’étais pas concentré. Je suis désolé pour mes jurons, c'est instinctif chez moi.

Elle me sourit timidement, sur son badge son prénom, Stacy et pas d'alliance à son annulaire. Yes !..MJ, tu es un fumier !

– Je peux vous inviter à boire un café pour me faire pardonner ?

Elle regarde son téléphone en grimaçant, l'écran est brisé.

– Je suis désolé, je vais vous le faire réparer.

J’essaie de lui prendre des mains, mais elle ne lâche rien.

– Non ! Je vais me débrouiller, merci quand même, excusez-moi.

Elle le fourre dans sa poche en partant et je reste là comme un con, c'est la seconde fois aujourd'hui qu'elle me laisse en plan sans le savoir. J’essaie de la rattraper, mais un second coup de fil vient me déranger dans ma poursuite.

– Jonson !

– C'est encore Martha monsieur, je m'excuse, mais une jeune femme est ici, elle dit que vous lui avez donné rendez-vous ce soir mais elle n'a pas votre adresse personnelle.

Je réfléchis à toute vitesse, ce soir...oui bien sûr la fille du ciné ! J'avais oublié qu'elle devait venir chez moi ce soir. Tu vois MJ plus la peine de chasser, tu as tout ce qu'il te faut pour ce soir !

– Bien sûr Martha donnez lui l'adresse, 21h.

– Bien monsieur.

Bien, au moins ça s'est réglé, une soirée en bonne compagnie, j'en ai bien besoin, j’espère qu'elle n'est pas du genre à vouloir qu'on lui fasse la cour, un petit coup et hop elle dégage, elle est mignonne, mais sans plus...MJ t'es un vrai connard ! Je quitte l'aéroport en pensant déjà à ma soirée, mais dans le taxi qui me ramène au bureau je me reconcentre sur mes rendez-vous de la journée.

– Tout s'est bien passé monsieur Jonson ?

– Oui Martha, appelez Blind s'il vous plaît et passez le moi dés que vous l'avez.

– Tout de suite monsieur.

Le temps de rejoindre mon bureau, Martha me met en ligne avec Maurice.

– Salut Maurice, comment va ?

– Salut Marc, ça va et toi, besoin de mes services ?

– Oui, j'aimerais que tu fasses une enquête sur Ron, je veux tout savoir mêmes les choses les plus insignifiantes à son sujet.

– Ron ? Ron Clark ?

– Ouais, je sais ce que je te demande, mais il y a quelque chose de pas net avec lui, je veux savoir quoi. Tu as carte blanche, mais pas beaucoup de temps.

– Pas de temps ? C'est-à-dire ?

– J'aimerais régler ça avant la fin de l'année.

– Marc ! C'est juste comme délai.

– Je sais Maurice, mais si je ne prends pas une décision rapidement je risque de tout perdre.

J'attends qu'il me réponde.

– OK Marc, mais les frais risques d’êtres élevés.

– Pas de problème Maurice, je te fais confiance, fais ce que tu dois faire.

Je raccroche. Putain en venir à soupçonner quelqu'un de si proche, j’espère que je me trompe sur Clark. Les rendez-vous s’enchaînent à une allure de dingue comme d'habitude. Pas de pause déjeuner et il est déjà 20h quand je quitte mon bureau.

– Bonne soirée monsieur !

– Merci Martha, vous pouvez rentrer chez vous, on se voit lundi.

– Bien monsieur.

Je quitte l'immeuble et hèle un taxi pour rentrer chez moi. T'es vraiment un connard, tu fais travailler tes collaborateurs jusqu'à 20h un vendredi soir, quelle merde tu fais...je sais, mais on ne devient pas le plus grand PDG de la planète en travaillant 3h par jour. 

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits