Miu Prada et le petit garçon parfumé

Miu Prada s’éveillait sur un lit de lilas blanc qui sentait bon le jour. Elle tira vers elle les rayons du soleil qui vinrent lui caresser la joue. Il était pain au chocolat miette quart, elle trempa son humeur douillette dans le café bien chaud. Des notes florales jouaient sur un flacon partition, Miu se sentait à fleur de peau, sa différence se déliait sur les mots de ses lèvres. Le candy sucré se collant au bout de ses doigts, elle riait en avance sur ses futurs éclats de voix. L’iridescence de son aura éclairait ce qu’elle avait de sombre en elle, une étole de taffetas lui apprenait une fois de plus la délicatesse. Un nuage de velours rosé achevait sa course à la pluie sur un vernis asséché. Miu prit un crayon grave et fin, les traits tirés elle griffonnait des vagues, pensant aux « Vogue » glacés qui parfois s’échouaient sur les défilés pris par l’hiver. Ciel turquoise, océan rouge baiser, les couleurs changeaient le monde au fil des années, la palette de l’existence prenait l’eau en affrontant toutes les tendances. Miu enroulée à la couverture de Scott Fitzgerald, elle lisait du bout des doigts les secrets de Gatsby. Le psyché rodait autour d’une pièce maitresse, il cherchait l’ombre de la Prada. Miu prit une robe aiguisée en lamé métallisé, elle lui assena une ultime réflexion en iconoclaste avertie. Elle s’affranchit de la porte délavée aux gonds tourmentés, la plage s’offrait à ses pieds souliers. Elle ramassa l’écume en l’embrassant, plaçant les heures encore fraiches dans une boite à bi-Jours. Elle voulait tisser l’impossible, croisant ses espérances sur son indicible créativité. Elle inventait l’inexistant qui attendait sur un quai suspendu au temps, un air de liberty raisonnait en écho démodé. Ses cheveux en leds clignotaient sur son visage diaphane, Miu ramassait des perles de coquillage, elle en plaqua un contre son oreille en entendant Louis Amstrong qui croyait que la vie des « Barbie » serait toujours rose. Les gouttes nacrées se mêlèrent aux morceaux d’écume, le bocal s’agita de cette nouvelle inspiration. Miu écrivit sur le sable charmant, « Le monde est une source, je veux être saoule ! ». Un petit garçon parfumé, s’approcha du rivage bleuté, le cerceau volant autour des anneaux d’écume, il fit des rires cochets, plusieurs pour ne pas oublier. Il ouvrit un bac à glaces, avec le bout d’un bâton, il fit quelques traces, sur la mousse pistache. Quelques gouttes perlaient sur le front de mer, Miu intriguée s’approcha du petit glaçon, il était soudain si froid. Il fit tourner ses rires sept mille fois dans sa bouche, les dents du bonheur s’écartaient pour laisser passer les bas sons, ils se cognaient sur les flacons d’eau de Marie-Antoinette. Miu se risqua auprès du garçon humide, « Quel est ton nom petit coquillage ? », il fit une moue princière, mélange de dédain, et d’air un peu hautain. « Je change de non chaque jour, je suis parfois si négatif ! ». Miu Prada cogna son regard dans le sien, il était vraiment verre, si fragile, rebelle d’un coin de cil. « Je comprends. Moi-même, je me m’appelle pas. Il faut juste me goûter, me respirer à plein nez ». Le petit garçon parfumé souriait enfin, laissant à la marée un peu de sa souffrance. Ses larmes sentaient le clair d’une « Luna Rossa », la mer s’élevait se confondant entre nuages et ciel océan. Il marcha vers le large, le monde étroit l’oppressait un peu, Miu lui prit les doigts, les comptant un à un, de peur d’oublier un peu de tendresse, lui demandant du fond du bonheur, si telle était son adresse, d’être fin, d’être beau, en grimpant pour aller plus haut, du jardin l’escabeau. Elle avançait séance tenant sa main, sure d’elle, des flacons d’ampoules s’allumaient sur leur passage, l’eau disparaissait pour laisser place à des fragrances d’agrumes pétillants. Un tissage posé sur sa peau d’éphèbe à l’écorce de cashmeran, le rendait précieux et puissant, tel l’élu que le monde attendait. Miu Prada le cœur en dentelle, prenait le silence pour de l’or, elle aperçut « L’il » du petit garçon parfumé, elle lui lâcha l’aura. Il se mit à verser un drame, ouvrit son flacocon d’azur, elle lui fit un cygne, lac salé, leurs craintes s’estompèrent. Elle tourna les aiguilles, marchant sans Louboutin pieds nus, elle voyait l’heure de son destin qui sonnait, sentant dans l’air encore frais le petit garçon parfumé.

Illustration by Olesja Snowflake

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