Merci Max Falque !

Je ne pense pas que beaucoup de lecteurs sachent qui est ce Max Falque. A vrai dire, je ne le connaissais pas non plus il y a encore quelques jours.

Mais alors qui est-ce ?

En deux mots, il s’agit d’un « consultant sur les problèmes d’environnement ayant publié plusieurs ouvrages sur le sujet », d’après Wikiberal. Wikiberal ? Alors, en 2 mots aussi, "Wikiberal présente un panorama complet de la pensée libérale, en répondant en particulier aux idées reçues les plus courantes sur le libéralisme" (source… Wikiberal). Voilà qui pose le contexte et il n’y a ici a priori rien de répréhensible. Sauf que environnement et libéralisme donnent souvent un cocktail détonnant !

Je suis donc tombé récemment sur un article du site Atlantico (cohérent avec ce qui précède) prenant prétexte de l’affaire du déversement de "boues rouges" fort polluantes dans les calanques en Méditerranée pour expliquer, à travers les mots de Max Falque, que la "protection de l’environnement" passe nécessairement par la croissance économique.
Ainsi, je souhaite dire merci Max Falque car, pour la première fois depuis trop longtemps, j’ai eu soudainement l’envie de prendre le clavier pour exprimer ma pensée et remettre en cause, à mon échelle, ce que je considère comme des âneries, voire comme des positions dogmatiques et dangereuses.

M. Falque (MF, ce sera plus court) commence son argumentaire par cette sentence : "Economie et environnement vont de pair : il n’y aura pas de gestion optimale de l’environnement sans l’économie [le concept de gestion de l’environnement serait en soi un sujet important à traiter mais ce n’est pas le thème d’aujourd’hui]. Si l’on veut aider les générations futures, il faut encourager la croissance économique et toute politique de décroissance aboutirait à une baisse du niveau de qualité de l’environnement". Pour illustrer son propos, MF fait appel à deux exemples vite expédiés. 

Le premier est le suivant : 

"La catastrophe des pays communistes qui ont combiné stagnation économique et dégradation de l’environnement". 

Bon, je prends à mon tour un exemple, au hasard, la Chine. Sachant que ce pays a eu pendant longtemps plus de 10% de croissance annuelle, et même si c’est maintenant de l’histoire ancienne, il est un peu osé de parler de stagnation économique ! Ah, j’entends déjà MF me dire « mais la Chine n’est plus vraiment un pays communiste depuis 25 ans… ». D’accord, ça se défend. Prenons alors l’ancienne URSS. Ne pas s’encombrer de préoccupations environnementales ne les a pas empêché de suivre le rythme de la croissance mondiale pendant ce que l’on a appelé à l’ouest les 30 glorieuses (9,6% du PIB mondial en 1950 et 9,4% en 1970, cf. Wikipédia), même si cela s’est gâté par la suite.

Ceci dit, là où l’on voit que le PIB est un indicateur tordu, c’est que tenir compte effectivement de l’environnement (lire essayer de réparer les conneries en en faisant souvent d ‘autres) comme on le prétend dans les pays dits développés fait monter le PIB de ces mêmes pays du fait de l’agitation (activité) que cela entraine ! 

Le deuxième exemple de MF est : 

"la courbe environnementale de Kuznets, qui montre que le niveau de pollution est aggravé lors du décollage économique d’un pays [jusque là ça va…]. Cependant, lorsque le pays s’enrichit (…) la courbe s’inverse et la pollution diminue au fur et à mesure que le pays continue de s’enrichir".

En fait, initialement, la courbe de Kuznets s’intéresse au niveau d’inégalité dans un pays par rapport à son développement économique (exprimé par le fameux PIB/habitant). Son application à l’impact environnemental n’est qu’une extrapolation tardive et celle-ci n’est pas vraiment convaincante, n’en déplaise à MF. Dans un premier temps, la courbe montre, jusqu’à un point d’inflexion, une importante dégradation de l’environnement, sans trop savoir ce que cela recouvre exactement. Or, nombre de dégradations sont bien souvent persistantes à l’échelle de plusieurs générations (pollutions des sols, disparition de biodiversité, désertification, etc.) voire irréversibles. Dans un deuxième temps, la courbe est censée s’infléchir au delà d’un certain seuil de revenus. Cependant bêtes, forêts ou autres rivières saines ne reviennent pas, simplement attirées par l’odeur alléchante des liasses de billets. Ces revenus plus importants permettent principalement de traiter si possible, en aval, les problèmes causés (ce qui permet d’augmenter encore le fameux PIB…) et surtout d’externaliser et donc de déléguer les dégradations qui sont la conséquence directe du mode de vie permis par ces revenus. Questions à 1000 € : Pourquoi les impacts environnementaux sont-ils si énormes en Chine, Malaisie ou Indonésie (entre autres) ? D’où viennent nos beaux téléphones, nos ordinateurs, nos vêtements ou, dans un autre genre, un des super ingrédients d’une célèbre pâte à tartiner ? D’ailleurs, à ce sujet, le PIB de l’Indonésie augmente de 7% par an et la forêt part en fumée, remplacée par les palmiers à huile qui nous engraisseront et ferons rouler nos voitures. Mais bon, puisque la courbe redescendra dans 20 ou 30 ans… A ce moment là, il faudra encore trouver d’autres terrains de jeu… 

Donc, s'il n'est pas faux au premier abord de dire qu'effectivement "la pollution diminue" devant le pas de sa porte, il serait quand même bon de prendre un peu de hauteur. 

Et dire que je n’ai parlé que des 10 premières lignes de l’article d’Atlantico. Allez, une petite dernière : 

"Pour revenir à l’affaire Alteo [les fameuses boues rouges pour ceux qui suivent] cela fait 50 ans que l’Etat français autorise le déversement des boues rouges en Méditerranée : on ne comprendrait pas pourquoi l’Etat français se délierait de cette orientation et compromettrait plusieurs centaines d’emplois que les hommes politiques sont très attachés à conserver".

C’est vrai ça ! Max Falque n’a pas l’air de comprendre. Je lui conseillerais donc de prendre une retraite bien méritée (MF a 80 ans après tout, il n'y a rien d'anormal là dedans) et d’en profiter un peu pendant que cela existe encore. Et tant qu’à faire de laisser la place aux "jeunes" pour s’occuper des questions d’environnement et qui, de toutes façons, devront faire avec…

Merci encore Max Falque car votre article m’a redonner envie de parler de décroissance et d’écologie (sur Skõp par exemple :).

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