Ma Loute : le nouveau « bain de folie » de Bruno Dumont

Il y a une semaine sortait dans les salles Ma Loute, de Bruno Dumont, en compétition pour le festival de Cannes. Un ovni comique et loufoque qui dépeint avec légèreté et humour les drames sociaux de deux familles du nord de la France à la Belle Epoque.

Comme un air de folie sur la Croisette. On avait l’habitude de l’observer de manière générale à l’extérieur des cinémas, on parle même « d’effet Cannes », mais cette fois-ci c’est dans les salles que la folie a frappé, une douce folie qui s’est emparée des salles obscures avec le dernier film de Bruno Dumont. Intitulé Ma Loute, le long-métrage raconte l’histoire de la famille Van Peteghem, originaire de Lille (et aussi un peu de Tourcoing) qui, en 1910, se rend dans sa maison en bord de mer dans la Baie de Slack, dans le Nord de la France. Une demeure pittoresque d’inspiration égyptienne « ptolémaïque ». Une famille de bourgeois un brin dégénérée de par leur filiation et leur manière exubérante qui se retrouve au cœur d’une histoire d’amour à la Roméo et Juliette entre Billie, jeune androgyne et Ma Loute, un cueilleur de moule, entrecoupée de mystérieuses disparitions. Des disparitions qui mèneront deux enquêteurs, le commissaire Machin et son adjoint Malfoy, à faire la lumière sur ces événements.

Après le succès du P’tit Quinquin en 2014, Bruno Dumont fait encore un peu plus exploser les codes et propose un film frais et délicieusement loufoque. Le long-métrage ne ressemble à aucun autre, tant il est à part et accumule les non-sens à la Lewis Carroll. Pour exemple, le duo de policiers, sans queue ni tête, entre Laurel et Hardy et les Dupond(t) qui déblatère absurdité sur absurdité. Un humour omniprésent dans les sons, un peu à la Jacques Tati, avec les couinements de chaussures ou de vêtements du Commissaire Machin. Et un humour également présent dans l’exubérance des gestes à travers les chutes, à l’image du cinéma muet à la Buster Keaton. Un comique du cinéma muet qui contraste également avec l’immobilité et la beauté des paysages. Les paysages, parlons-en ! Ils sont d’une beauté à couper le souffle, et font penser aux grandes peintures de Gustave Courbet ou d’Eugène Boudin. Un picturalisme en mouvance constante, et dont les plans prennent un sens à chaque seconde du film.

Ma Loute : le nouveau « bain de folie » de Bruno Dumont


Malgré quelques silences, très subtils, et qui n’ont pas lieu d’être, les acteurs arrivent à montrer par le contraste de deux familles que tout oppose l’absurdité de leur personnage. On a d’un côté Fabrice Luchini, Valeria Bruni-Tedeschi et Juliette Binoche dans une exagération et une exubérance génialement jouées, et d’un autre côté Brandon Lavieville, Thierry Lavieville et Caroline Carbonnier dans une dureté et une simplicité pittoresque. Et au centre, un personnage, Billie, aussi bien garçon que fille, figure de l’ouverture, de la fin de la lutte des classes, de l’uniformisation d’une société progressiste et en devenir. Enfin, au-delà du caractère frivole et léger des personnages de la famille Van Peteghem, le film dépeint une histoire plus sombre, d’une actualité flagrante touchant à l’inceste, à l’homosexualité, la question du genre, insérée de manière malicieuse dans le film. Une histoire presque cachée aux spectateurs, comme une honte innommable qui pourtant au fil de la bobine finit par s’exprimer, comme une évidence, en toute simplicité. Un mélange assumé de genre totalement réussi qui fait de Bruno Dumont l’un des réalisateurs incontournables de la Croisette cette année, et les plus en vue du moment du cinéma français.

Crédit Photo : R. Arpajou © 3B

Laurent Pradal

journaliste multimédia en recherche d'emploi (radio, tv, presse écrite, web)... Écrivain à ses heures...

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