Les enfants de lumière

Il faisait l’hiver dans l’immense boule neigeuse qui agitait ses flocons sur les manteaux blancs en rêvant du printemps. Dans la rue du crépuscule des enfants nus de la terre à l’océan ne faisaient aucune vague sous leurs pieds. Leurs doigts glacés ricochaient sur les rigoles tristes en poussant les coquilles de noix qui glissaient sur un flot de larmes. Les vêtements de porcelaine ébréchés se cassaient sur le bord des trottoirs en brisant leurs rêves sans soucoupe. Le soir venu les affreux jojos prenaient un canif pour découper selon les pointillés un morceau de nuage pour en faire un oreiller, dans le lointain on pouvait les entendre chanter en grimpant sur les collines de vert vêtues s’enroulant de jolis champs à la façon d’un nid douillet. Parfois perchés sur un ressort ils bondissaient en pensant qu’ils allaient s’envoler sur un tapis d’orient suivant à la trace la tendresse de la soie telle une caresse d’autrefois. Même lorsque leur âme se renversait à force de boire dans la tasse de la vie, ils ne reprenaient jamais un peu d’hier croyant que le matin serait en rose, ils avaient entendu que le bonheur était flamand en impressionnisme. Sur les murs salis d’un peu de tout, tenant la craie des songes en s’inventant de perpétuels mensonges, ils griffonnaient en gras des peut-être qui ne voulaient rien dire. Des cerceaux à la taille faisaient danser la misère jaunie sous les baleines de Jonas le parapluie, les gouttes rebondissaient sous des bruits de claquettes sans fer et sans reproche. Les sœurs jumelles poubelles fouillaient sous les draps là en odeur de saleté, les pupilles des hospices ouvraient de grands yeux quand le dimanche après la messe ils s’écrasaient le nez sur les vitrines des gâteaux qui s’étaient peint de pâtisseries. Sur les champs des secrets piétinés repoussaient des boutons de baiser à emporter, le souffle du vent soulevait les jupes des premiers amours innocents dont le cœur battait à plein temps. La tête posée sur la lune fraîche, les brins de poète trois pommes dans les poches pour croquer le défendu, se cachaient sous la nuit la pudeur voilée par la timidité. La peine perdue sur le chemin des esseulés essuyait des mouchoirs de Cholet, le midi en pique-nique sur la table à carreaux Vichy passait par l’oubli en se moquant des chagrins qui se noyaient. Des rondes autour de la mappemonde joignaient toutes leurs mains jusque sur le bout des doigts, même celles qui n’avaient plus la foi. Les continents ensorcelés mélangeaient leurs couleurs sur la palette des peaux fragiles, les bons sentiments laissaient passer le prochain chargement de haine servile. Les marmots descendaient les escaliers des jardins où ils avaient planté des graines de pureté, Il serraient dans leurs bras des poupées de lumière qui éclairaient de simples trésors qui pour eux valaient de l’or. En unissant leur voix de cristal, ils défièrent le bonheur du dénuement pour en faire un sacrement en criant d’un ton de géant, « Nous ne sommes tous qu’un enfant ! S’il te plait dessine moi un mouton! ». L'écran de l'imaginaire s'éclaira soudain, laissant dérouler le film des jours incertains.

Inspiration Heroes for Imagine Art Auction Kamel Mennour

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