Les crues de la Seine ne sont pas dues au réchauffement climatique

Une affirmation...

D'après François Hollande, président de la République, les crues de la Seine et les inondations montrent l’importance de lutter contre le réchauffement climatique.

Dans la mesure du possible, oui, il faut lutter contre le réchauffement climatique.

...non prouvée.

Mais selon les experts, le lien entre le réchauffement climatique (qui est lui-même une réalité dans un contexte mondial) et les inondations qui submergent la France en juin 2016 n’est pas établi.

Laissons la parole aux experts.

  • En effet, selon Vazken Andréassian, hydrologue et directeur adjoint scientifique de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea), le réchauffement climatique ne serait pas responsable des actuelles crues du Bassin parisien. « Le problème est que, dans les modèles climatiques, il y a une incertitude sur la limite nord-sud de l'ordre de 1 000 kilomètres », dit-il.

L'équivalent de deux mois de précipitations est tombé sur une période de trois jours pendant le dernier week-end du mois de mai. Les sols étaient déjà saturés par les nombreuses pluies des semaines précédentes, et n'ont pas été en mesure d'absorber cette abondance d'eau supplémentaire.

  • Le climatologue Jean Jouzel indique qu'il est difficile de dire de façon évidente si les inondations et les crues en France sont la conséquence du réchauffement climatique.
  • « Contrairement aux canicules, personne n'est capable de dire si les épisodes de fortes précipitations sont attribuables au changement climatique ou relèvent de la variabilité naturelle du climat », avance Philippe Drobinsky, directeur de recherches au CNRS.
  • « Le phénomène climatique El Niño joue un rôle « évident » dans une partie des phénomènes observés sur la planète », relève Hervé Le Treut, climatologue. Le phénomène El Niño, qui survient tous les 4 à 7 ans en moyenne, est dû à un changement de sens des alizés au-dessus du Pacifique équatorial.

Les phénomènes météorologiques exceptionnels actuels sont l'effet du hasard, il n'y a pas de variation significative par rapport aux derniers siècles.

Mais on peut dire que l'Homme est responsable de ce qui arrive : de fortes pluies sur les sols largement bétonnés par l'urbanisation croissante ont entraîné d'importants ruissellements qui ont conduit au bilan dramatique que l'on connaît.

Au XXe siècle, plusieurs crues ont existé

Au cours du 20e siècle, la Seine a connu plusieurs crues :

  • en 1910,
  • en 1924,
  • en 1945,
  • en 1955,
  • et en 1982.

Mais ce que les médias ne soulignent pas, c’est que les inondations et les crues, même en France et pas uniquement dans les pays tropicaux, ont toujours existé. Et pas seulement au XXe siècle.

Des crues ont existé avant le XXe siècle

L’Histoire de France révèle que la Seine a eu des crues avant le XXe siècle :

  • en 583 (sous le règne de Chilpéric, roi franc mérovingien), qui fut la première crue mentionnée touchant Paris et les communes au bord du fleuve.
  • En 1658 (sous le règne de Louis XIV), ce fut la plus haute crue connue (39 cm de plus qu’en 1910), ce fut une crue grave au point que le pont Marie fut arraché et entraîné par le fleuve.
  • En 1740 (sous le règne de Louis XV), une crue de la Seine fut qualifiée de mémorable.
  • En 1876 (au début de la IIIe République), toutes les îles de la Seine furent inondées.


Avant même les débuts de l’ère industrielle, ces crues existaient déjà et elles ne sont pas dues au réchauffement climatique.

En 1910, à Andrésy, la hauteur de la crue a atteint son maximum avec 24,30 mètres.

De plus, en 2016, le niveau de hauteur de la crue à la statue du zouave du pont de l’Alma n'est pas fiable, car les médias ne soulignent pas (encore !) un détail qui a son importance : de 1970 à 1974, le pont de l’Alma fut reconstruit et rehaussé du fait de l’étroitesse et du tassement du pont d’origine, ce qui redéfinit le véritable niveau des eaux lors des crues postérieures aux années 1970…

Les crues ont toujours existé, et elles recommenceront à l'avenir. N’oubliez pas par exemple les crues du Nil, utilisées par les Égyptiens de l’Antiquité, pour l’agriculture.


Attribuer les inondations et les crues au réchauffement climatique est tentant, mais il faut nécessairement des preuves. Certains suggèrent, moins par des arguments objectifs que par le biais d'un impact émotionnel sur le public, que le réchauffement climatique est systématiquement la cause de chacune des catastrophes naturelles qui survient, mais ils affirment cela sans discernement, sans vérifier ni évaluer les faits, ils déforment la réalité tout en oubliant ou en niant les événements du passé qui sont un critère d'importance pour comparer avec les phénomènes d'aujourd'hui...

Croire que la Nature, quand elle est "normale", jouit et doit jouir d'un climat parfaitement stable et immuable est une illusion, un fantasme, une chimère.


Philip Tchelovek

Blogueur scientifique. Présent sur Skõp depuis le 19/03/2016. Articles sous copyright, mais vous pouvez partager les URL librement.

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