Les bibliothèques, des amies qui nous veulent du bien

La bibliothèque ? Mais si ! Vous savez cet endroit où vous êtes certainement déjà passé quand vous étiez enfant, avec l'école. Ou alors ce lieu de travail, calme, silencieux que vous fréquentiez au cours de vos études avec pleins de bouquins.

Que vos souvenirs y soient bon ou mauvais, vous ne voyez pas bien ce qu'elles peuvent avoir à vous offrir aujourd'hui ? Je vais tenter de vous convaincre que vous avez tout à gagner à y remettre les pieds !

Des clichés qui clochent ?

Les bibliothèques dans l'imaginaire collectif ont encore trop souvent l'image d'un lieu poussiéreux occupé par de vieilles dames enchignonnées qui réclament le silence ou des fonctionnaires placardisés. Et puis qu'ont elles à nous offrir à part le Zola ou le Hugo demandé par le/la prof de français ? De toute façon c'est un lieu réservé à une certaine élite intellectuelle, souvent CSP +.

Je force le trait, mais ce genre de cliché on en a tous entendu ou pensé au moins une fois à propos des bibliothèques. Le fait que « seulement » 17% de la population nationale soit inscrite en bibliothèque (chiffres de 2012, date des dernières statistiques publiées par le ministère de la Culture et de la Communication) semble appuyer cette thèse du lieu confidentiel.

La bibliothèque ou le concept d'universalité et de libre accès à la culture

Pourtant leur mission première, rappelée par le manifeste mondial de l'UNESCO, est l'accès libre et gratuit à la culture pour tous (http://www.unesco.org/webworld/libraries/manifestos/libraman_fr.html). On ne peut pas faire plus universel. Cela veut dire que même si l'inscription à votre bibliothèque pour l'emprunt ou l'utilisation de certains services est payante (sur principe de cotisation annuelle), la consultation sur place et le bénéfice des locaux sont entièrement gratuits.

Face à une crise économique qui n'en finit pas de peser sur le moral et le porte-monnaie, la bibliothèque semble être l'oasis au milieu du désert. L'accès à son offre culturelle gratuite ou peu onéreuse permet de se divertir, de s'informer, d'apprendre librement et facilement.

Ce ne sont pas les divers événements tragiques qui ont lieu dans le monde ces dernières années qui viendront contester le fait que lorsqu'on veut s'attaquer à un pays, une population, on s'attaque d'abord à la culture. Il n'est pas plus malléable que celui qui ne peut réfléchir par lui même, ni s'informer. Les bibliothèques sont un des remparts face à l'obscurantisme et la désinformation.

Bien que d'utilité publique pour toutes ces raisons (et tant d'autres), les bibliothèques doivent s'adapter pour justifier leur existence et servir le plus grand nombre.

Muter pour survivre

En effet, les bibliothèques font tout leur possible pour casser l'image de lieu élitiste et de transmission de savoir à sens unique. Le terme pour les décrire a lui même changé au cours des années 1980. Nous allons désormais, bien souvent, à la médiathèque.

Le métier en lui même a connu de fait une mutation et une professionnalisation. On parle parfois du métier de « thécaire ». Les collections s'étant diversifiées avec l'appellation de médiathèque, il faut bien un professionnel de chacune de ces collections. On y retrouve évidemment les bibliothécaires, spécialistes de l'imprimé, mais aussi les vidéothécaires ou discothécaires pour la partie image et son, les ludothécaires (bien que les ludothèques à part entière existent elles aussi) pour les jeux de société et jeux vidéos.

Cette mutation constante des collections et des services est nécessaire pour répondre aux pratiques des usagers. Leur objectif de conquête des publics, amène les médiathèques à se remettre en question, être à l'affût des tendances et des comportements. Non seulement de leur public fidèle mais également de celui qu'elles n'attirent pas (encore).

Devenir un lieu de rencontre et de partage incontournable

La démocratie participative est un concept que les bibliothèques tentent de plus en plus d'adapter à leur fonctionnement. Le but étant de rendre l'usager acteur, contributeur. Le « thécaire » est aujourd'hui, plus que jamais, conscient qu'il n'est pas le seul à détenir le savoir et l'information.

L'usager peut être consulté, par exemple, au sein de comités d'achats participatifs pour décider, en lien avec l'équipe de la médiathèque, des acquisitions et donc de l'évolution des collections.

L'usager peut également être sollicité pour animer des ateliers créatifs, réaliser des performances artistiques, mener un atelier d'aide de retour à l'emploi etc.

L'idée de pratique participative, on le trouve dans le concept des bibliothèques de troisième lieu. Ce principe met en avant le lieu et les personnes avant les collections. La bibliothèque est un lieu de rencontre ou on se retrouve après le travail, avant de rentrer à la maison. Elle devient notre troisième lieu, à nous de nous l'approprier.

On peut y boire un café et déguster des viennoiseries en parlant de nos coups de coeurs lecture, cinéma ou musique. On peut également se défouler sur une partie de « just dance » ou le temps d'un tournoi de « fifa » avec des rivaux inconnus. Ou pour celles et ceux qui ont la main verte, il est également possible de développer un potager dans la cour de la médiathèque. Il est bien évidemment toujours envisageable de profiter tout simplement d'une bonne lecture, installé dans un fauteuil confortable. Le but est de s'approprier le lieu, le partager.

Ouvrir plus est-ce ouvrir mieux ?

Aujourd'hui il est possible de consommer et de s'informer facilement et rapidement à tout moment. C'est un point sur lequel les bibliothèques se cherchent encore. Bien qu'elles étoffent leurs offres de ressources numériques (presse en ligne, musique en ligne, plate-formes d'apprentissage, ebook ...), que leurs sites soient consultables comme tout autre 24h/24, les horaires d'ouverture du lieu posent problèmes et soulèvent le débat.

Certains voudraient les ouvrir plus et proposent l'ouverture dominicale. Cette ouverture du dimanche est source de tension et de conflit actuellement dans le réseau Parisien. En effet, si les bibliothécaires ne sont pas foncièrement contre l'ouverture du dimanche, ils ne souhaitent pas qu'elle se fasse dans n'importe quelle condition. Aujourd'hui ils remettent en cause le principe du (pseudo)volontariat ainsi que le manque de moyens financiers et humains pour que cette ouverture soit optimale.

Mais ouvrir plus est-ce réellement répondre à l'attente des usagers ? Ne souhaitent-ils pas simplement des horaires plus adaptés ? Aujourd'hui les bibliothèques ouvrent en moyenne 14h30 par semaine (source : Observatoire de la lecture publique) mais à des horaires où beaucoup de ses usagers sont également au travail. D'où le succès des mercredis après-midi, des samedis et celui espéré des dimanches. La solution semble être de trouver la cohérence des horaires d'ouverture avec la vie des personnes sur le territoire de la structure.

En conclusion les bibliothèques ont effectué un travail de fond non négligeable dans le but de nous satisfaire et de modifier leur image. Prenons le temps d'évacuer nos derniers préjugés et d'aller profiter de tout ce qu'elles ont à nous offrir.


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