Le photographe Luc Jennepin rend hommage aux Chibanis en images

Dans son exposition Chibanis, la question et un livre éponyme, paru en septembre, le photographe militant Luc Jennepin rend visible ces invisibles, ces migrants âgés majoritairement originaires du Maghreb dont la France peine encore à reconnaître l’existence administrative.

Le destin des Chibanis m’a sauté à la gueule !, raconte sans ménagement Luc Jennepin. J’ai découvert leur existence dans le cadre du festival Arabesque de Montpellier sur les cultures du monde arabe et pour lequel je suis photographe. Je ne savais même pas que ces travailleurs, arrivés au moment des Trente glorieuses, étaient restés en France. Pas étonnant qu’on les appelle les oubliés de la République. J’ai tellement été choqué de voir leurs conditions de vie que j’ai choisi de rendre visible ces invisibles, ces gens qui ont été exploités toute leur vie et qui remercient encore la France.” Clin d’oeil à Henri Alleg, militant communiste et anticolonialiste parmi les premiers à dénoncer l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie, son expo “Chibanis, la question”, se veut aussi un hommage à ceux qui n’ont pas eu droit au rapprochement familial. Quand certaines chambres des foyers Adoma ne mesurent que 4m2, comment envisager de faire venir la famille ? En photographiant les Chibanis sur un fond noir, l’artiste militant a voulu “annuler leur espace social si laid. Je voulais leur rendre leur dignité, les envelopper d’une douce lumière, et les faire trôner sur la première chaise en plastique. La chaise en S de Verner Panton qui s’efface d’ailleurs au profit de ces visages de Chibanis aux postures identiques.”  De son travail à leur côté, le photographe retient cette impression récurrente des Chibanis qui se sentent étrangers ici et étrangers chez eux. Souvent, il les a entendus dire que le bled était pour eux comme le hammam : “quand on n’y va pas, on se sent sale et quand on y reste trop longtemps, on meurt.” En septembre, cet hommage artistique et photographique est devenu un livre : Chibanis, la question (éditions Le diable Vauvert, 12 €). Car “plus cette histoire sera diffusée, plus grande sera sa visibilité pour faire bouger les politiques”, conclut le photographe engagé qui ne lâche jamais.

Anne LOCQUENEAUX

Journaliste de profession, l'écriture a toujours été la force qui me meut, comme le jeu avec les mots et l'émotion. Adepte des exercices de style, je connais aussi Paris comme ma poche et comme personne. De l'île de la Réunion à l'île-de-France, “Diversité, c'est ma devise”. Et parce que la proximité, ça me plaît, je me suis fixée comme mission passion l'exploration de ce terrain de jeu géant qu'est le monde avec Vous, ô frères humains.

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