Le Franc CFA, nazisme monétaire?

De tous les maux qui affligent l’Afrique subsaharienne, le dénuement dans lequel vit une grande partie de sa population est celui qui désoriente le plus. Selon l’Économiste ivoirien Nicolas Agbohou, 90% des déplacés subsahariens sont des réfugiés économiques. Comment cela est-il possible sur un continent dont le sol est le plus riche de la planète ?

 Dans son ouvrage intitulé «Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique», il se livre à une prouesse intellectuelle qui démystifie la finance: expliquer scientifiquement à l’homme de la rue les rouages d’un système monétaire crée pour les Colonies Françaises d’Afrique par le Général de Gaulle après la libération du joug nazi en 1945. Il s’agit du Franc des Colonies Françaises d’Afrique, (FCFA) aujourd’hui rebaptisé Franc des Communautés Financières d’Afrique qui survit encore dans une quinzaine de pays.

Le nazisme monétaire
Par «nazisme monétaire», Le Professeur Agbohou entend le système économique utilisé par l’Allemagne nazie pour asseoir sa suprématie sur ses vassaux, dont la France. Dès la libération en 1945, le Général de Gaulle s’en inspira  afin de relever son économie moribonde, et l’appliqua dans ses colonies d’Afrique et du Pacifique.

Le Franc CFA, nazisme monétaire?

La France, plus que tous les pays sous occupation allemande, souffrit de ce que Agbohou qualifie de “nazisme monétaire”. Ce fut une arme puissante peaufinée par les soins de Hermann Goering pour assujettir tous ses vassaux. L’Allemagne accédait par la force à toutes les institutions financières du pays occupé et en prenait le contrôle, comme la banque centrale, les douanes, le ministère des finances etc… de manière à être au centre de toutes les décisions à caractère économique.

Le pays vassalisé était contraint d’exporter en priorité vers l’Allemagne qui avait «négocié» un système de compensation dit «Clearing» qui, au lieu de payer en espèces pour les marchandises reçues, autorisait à l’Allemagne de créditer des comptes qu’elle avait ouvert pour ses vassaux sur son sol. Les fonds stockés dans ces comptes n’étaient accessibles à leurs bénéficiaires que sous deux conditions : les pays vassalisés devaient importer les produits finis d’Allemagne, ou alors, l’accès au compte était possible sur autorisation d’ Hitler…Autorisation qui ne vint jamais.

Les conséquences de ce système furent désastreuses : le trésor public français étant insolvable, fut réduit à brader les services publics et réquisitionna les agriculteurs pour assouvir les demandes en denrées alimentaires de l’Allemagne.

Pierre Cathala, ministre de l’Économie et des Finances français de 1942 à 1944 dit :
"En vertu d’un accord intervenu en 1940, la France finance des exportations faites à destination de l’Allemagne. Çà veut dire que chaque fois qu’une usine travaille pour le compte allemand, elle est créancière de l’État allemand auquel elle fait ces fournitures. Mais en fait c’est le trésor français qui fait les avances nécessaires en FF ( Francs Français). Nous supportons les charges des exportations commerciales ou industrielles faites à destination de l’Allemagne, en contrepartie, nous avons un crédit en Allemagne en Marks. Ce crédit, nous ne pouvons en disposer que pour les payements à faire à l’Allemagne, donc des charges supplémentaires pour notre trésorerie.”

La dévaluation de la monnaie locale
Un autre moyen de main mise exercé par l’Allemagne fut la dévaluation des monnaies des pays vassalisés. Cela entraîna le double du volume des exportations de ces pays vers l’Allemagne cependant que leurs comptes Clearing étaient crédités de moitié.

•Si avant la dévaluation
1 DM (Deutsche Mark) = 10 FF
10 kg de patates = 100 FF = 10 DM (10 DM est donc la somme créditée dans le clearing qui devra revenir à l’État français).

•Après dévaluation 1 DM = 20 FF
10kg de patates= 100 FF = 5 DM (Après dévaluation, le même poids de patates vaut maintenant la moitié en marks).

Pierre Arnoult qui fut Inspecteur Général des Finances français de 1940 à 1944 dit :“L’institution et le fonctionnement du soi-disant accord de compensation valurent à l’Allemagne des avantages considérables. Grâce à lui, elle put acheter gratuitement et sans limitation toutes les ressources françaises nécessaires à la poursuite de la guerre et la subsistance de sa population”

Par décret No 450136 du 25 décembre 1945, Le Général de Gaulle décida de la création du FCFA et lui attribua toutes les caractéristiques décriées dans le Clearing, qu’il nomma Comptes d’Opérations. Le Franc CFA est arrimé au FF jusqu’en 1993 avec une parité fixe : 1FF=50 F CFA, puis après dévaluation en 1994, 1FF=100 F CFA.

Le passage de la France à l’Euro a naturellement entraîné avec lui tout son arrimage et aujourd’hui 1Euro= 655,957 F CFA. L’usine émettrice des Francs CFA se trouve à Chamalières en Auvergne en France et est sous contrôle du Trésor français. Aucun pays de la zone CFA ne peut donc créer de la monnaie selon ses besoins économiques, mais dépend des appréciations de la France .Tous les pays de la zone CFA sont tenus de reverser en priorité 50% de leurs recettes d’exportation dans les comptes d’opérations (Trésor Public français). (Ces versements étaient de 100% de 1945 à 1973, 65% de 1973 à 2005, 50% depuis 2005).

Les trois Banques Centrales de la zone CFA qui sont la BEAC, la BCEAO et La BCC, succursales des locaux de Chamalières ont toutes au sein de leur conseils d’administration des français ayant un droit de veto.

Ce système monétaire est responsable, d’après le Professeur Agbohou du sous-développement chronique de ces pays.

Ce livre largement documenté qui a le mérite d’être intellectuellement accessible à tous, est à lire.


Régine

Journaliste freelance

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