Le Diable, tout le temps – Donald Ray Pollock

Le Diable, tout le temps – Donald Ray Pollock

Éditions Albin Michel

Je viens de fermer ce roman.

La claque.

Le pitch, vite fait.

Willard, c’est un mec qui fait les choses à fond. Vraiment à fond.

Il a fait la guerre, et ça a dû lui vriller quelque chose dans la tête.

Alvin, c’est son môme, il l’emmène faire des prières, mais le genre de prières qui peut durer des plombes, et quel que soit le temps. Le froid, la neige, il s’en tape Willard.

Charlotte, c’est sa femme. Elle se fait bouffer par le cancer. Alors Willard, il se prend pour Abraham, et il sacrifie tout ce qui lui passe sous la main. Il cloue tout ça sur des croix, et ça dégouline, jusque par terre, à coups de viscères et autres joyeusetés.

Dieu, il s’en tape.

Dieu, ce qui l’intéresse, c’est de laisser mourir Charlotte.

Ça avait commencé comme ça, disait Céline.

Tous les personnages de Donald Ray Pollock se ressemblent. Des laissés pour comptes, des qui veulent avoir une maison, un jardin, et un barbecue en dur (je déconne pour le barbecue).

Y a Roy et Theodore. Roy qui est sûr et certain qu’il peut faire des miracles comme le fils de Celui dont je viens de causer, alors il tue sa femme à coups de tournevis.

Pour voir.

T’as déjà essayé ? D’imaginer, je veux dire…

Theodore, il joue de la gratte. Pas facile quand t’es dans un fauteuil roulant, et qu’en plus, t’es pas super doué à la guitare.

Ce qui est complètement ahurissant, c’est que tout ce petit monde qui court à sa perte, tu le regardes. Tu les regardes tous, empêtrés dans une boue qui leur colle aux godasses.

C’est juste génial.

Tous les dés sont pipés, dès le début. Ça te rappelle quelque chose ?

Moi aussi.

C’est d’une extrême noirceur. Tu seras pas surpris, je lis quasiment que ça.

C’est jouissif, c’est magnifique, c’est écrit dans une langue exceptionnelle.

J’ai pensé à London, parfois, et Dieu sait que je suis un inconditionnel de Monsieur London, donc c’est le plus beau compliment que je peux lui faire.

Je pense que certains romans méritent de devenir cultes. « Le diable, tout le temps » en fait partie.

T’es pris dans une toile d’araignée, et Roy, il a la trouille des araignées. Quand tu crois que t’es au centre de l’histoire, tu remues un peu et tu te retrouves sur les bords, à regarder le passé d’un des personnages,

C’est formidablement bien fait.

J’ai oublié de te parler du couple qui assassine des auto-stoppeurs. Genre tueurs en série, mais plutôt « cross-killer ». Celui qui voyage. Celui qui laisse pas de traces autour de chez lui. Ils sont glauques, mais tu vas finir par les aimer un peu quand même. Je t’ai dit, tu vas te faire piéger.

Il y a Teagardin le pasteur. Lui, tu vas pas l’aimer beaucoup, j’en suis sûr.

Y a Bodecker, le shérif. Le frère de la nana qui se fade des auto-stoppeurs.

Tu vas te rendre compte qu’ils ont tous un bon côté. Juste, c’est pas ce côté-là qui gagne.

Ce roman, il va te coller aux doigts. Il va te coller à la mémoire, et tu vas pas pouvoir le lâcher, même quand tu l’auras refermé.

C’est Diable qui tire les ficelles, pendant 370 pages.

Le Diable, tout le temps…


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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