La vérité profanée : pourquoi le mouvement des gilets jaunes doit-il se poursuivre ?

Ce lundi 10 décembre 2018, Emmanuel Macron a fait un discours pour « répondre aux revendications des gilets jaunes ». Sourire en coin, il a annoncé la mise en place de mesures telles qu’une augmentation de 100 euros pour les travailleurs au Smic dès 2019. Mais qu’en est-il réellement ?

« Le président a parlé, il a menti »

Le lendemain du fameux discours de Macron, Mathilde Panot, députée de La France Insoumise, a pris la parole à l’Assemblée nationale pour dénoncer la mise en place de ces « fausses mesures ». L’augmentation promise du Smic n’en serait pas une et ne serait dédiée qu’aux personnes touchant la Prime d’activité, c’est-à-dire, une personne au Smic sur quatre. Une revalorisation indirecte pour certains salariés qui était par ailleurs, déjà prévue dans le programme d’Emmanuel Macron lorsqu’il était candidat aux élections présidentielles. Il s’agit-là d’une augmentation de 80 euros, qui devait à la base être étalée sur l’ensemble de son quinquennat et qui ne concernera donc qu’une minorité des salariés. Les 20 euros restants sont dus à la baisse des cotisations salariales, déjà mise en place en 2018. C’est ainsi que se décompose ce cadeau si généreux, un cadeau baignant dans le mensonge et la manipulation, pour changer.

D’autre part, un retour à la CSG à 6,6 % a été annoncé pour les retraités touchant moins de 2000 euros par mois. Encore une fois, c’est un geste dont l’ampleur n’est que très limitée, sachant que cette baisse sera calculée sur la base du revenu fiscal de référence des foyers. Un couple de retraités pourrait donc ne pas y avoir droit, même si chacun touche individuellement moins de 2000 euros de pension par mois. Un mensonge de plus, non surprenant toutefois, en sachant que l’une des promesses de campagne de Macron était de « préserver le niveau de vie des retraités ». Ironique non ?

Et l’ISF, on en parle ?

Parallèlement, Emmanuel Macron a décidé de ne pas réintroduire l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), ce qui aurait pourtant été une mesure de justice fiscale plus qu’évidente. Le président lui-même parle de plus en plus des inégalités marquées au sein du peuple, alors qu’il n’a fait que les accentuer depuis le début de son mandat. Contribuer à réduire les écarts de patrimoine, promouvoir l’égalité des chances et participer à un véritable équilibre social, voilà ce qu’il aurait pu faire en rétablissant l’ISF qui avait rapporté 4,23 milliards d’euros pour sa dernière année. Mais malheureusement, le bien-être des citoyens de son pays ne semble pas faire partie de ses projets.

Les assiettes de Brigitte : de quoi en nourrir plus d’un

Comme beaucoup le savent, en juin 2018, l’Elysée a passé une commande qui a ravi la Manufacture nationale de Sèvres. Plus de 900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain. Le budget annoncé avait été de 50 000 euros, budget qui semble déjà faramineux et qui en plus, n’est pas correct. Réalité ? Près d’un demi-million d’euros lorsqu’on voit les tarifs pratiqués par la manufacture. En effet, sachant que les assiettes les plus simples valent 400 euros la pièce et que le prix des modèles contemporains s’élève à 500 euros, on atteint vite un total de 500 000 euros, si ce n’est plus. Un demi-million d’euros pris dans le budget de l’Etat pour des assiettes. Ridicule n’est pas ? Surtout quand entend le président parler des aides sociales « qui coûtent un pognon de dingue ».

Aides sociales : « un pognon de dingue » ? Vraiment ?

Qu’en est-il donc de ces aides sociales ? Est-ce un vrai problème pour le pays ? Il a été annoncé que les sommes allant dans la protection sociale représentent 32 % du PIB. Et oui, ce chiffre est bien vrai. Mais ce qui est vrai aussi c’est qu’il englobe principalement les retraites et l’assurance maladie. Qu’en est-il des dépenses dont le but est de lutter contre la pauvreté ? Tenez-vous bien : elles ne représentent que 2,5 % du PIB de la France. Qui plus est, sans les aides sociales, plus d’un citoyen français sur cinq vivrait sous le seuil de pauvreté. Mieux encore, ces prestations permettent de maintenir un taux de pauvreté à 14,3 %, alors qu’il serait de 22,4 % sans ces aides. Alors est-ce vraiment si grave de donner 2,5 % du PIB à 9 millions de français pour les sortir de la pauvreté ? Parce que oui, en plus de ne pas coûter si cher que ça, ces aides sociales sont efficaces. Plus efficaces en tout cas qu’une grande partie des dépenses de l’Etat.

Tous les prétextes sont bons pour stopper les manifestations

Suite à l’attentat de Strasbourg du 11 décembre 2018, le gouvernement lance un appel à l’arrêt des manifestations. Selon Benjamin Griveaux, la colère des manifestants s’est déjà exprimée, a été entendue et le gouvernement y a répondu.

« Ce que nous vous demandons, en responsabilité, c'est d'être raisonnables samedi et de ne pas aller manifester. »

Bien entendu, l’horreur de cet événement ne doit pas être oubliée, les morts et les blessés de Strasbourg sont à déplorer. Mais est-ce une raison pour arrêter les manifestations ? Utiliser un événement tragique dans le but d’arriver à ses fins, il n’y a rien de plus affligeant. Parce que le gouvernement a « répondu » aux demandes du peuple ? Une réponse qui n’est rien d’autre qu’une moquerie aussi évidente que le nez au milieu de la figure. Heureusement, les citoyens ne sont pas nés de la dernière pluie, il semble que l'acte 5 aura bel et bien lieu. 

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