La méthode scientifique appliquée à la radiesthésie et les sourciers


Comment tester expérimentalement un radiesthésiste ou un sourcier

Préparation du protocole expérimental

Il est possible d'évaluer objectivement et fiablement, sans jugement a priori, ni préjugé, cette capacité de détection d'eau souterraine, au moyen d'un protocole expérimental rigoureux.

Le dispositif expérimental, installé par une première équipe, est composé de quatre estrades de forme carrée, numérotées de 1 à 6. Les estrades sont juxtaposées à un endroit choisi par l'expérimentateur testé, hors de toute zone qui pourrait éventuellement perturber sa perception selon lui. Sous chacune des estrades est placé un tube en PVC opaque et rigide de 2 mètres de long. Dans l’un des 6 tubes est glissé un tuyau de 1,80 mètre qui est rempli d’eau, ce tube ne devra pas être perçu sensoriellement par l'expérimentateur testé.


Étape de randomisation

Une deuxième équipe procède à un tirage aléatoire au moyen d'un dé à six faces (un dé classique de forme cubique), de façon à définir la séquence des numéros des estrades sous lesquelles le tuyau d’eau serait successivement placé. Cette séquence est soigneusement notée sur deux feuilles placées dans des enveloppes scellées. Pour garantir le double aveugle, les équipes n'ont ensuite plus eu de contact entre elles.


Commencement de l'expérience

Suivant scrupuleusement la série aléatoire sur la feuille issue de la première enveloppe scellée, un individu « X » place le tuyau sous l’estrade désignée, et fait ainsi pour les 30 estrades, puis celui-ci quitte le lieu de l’expérience, et il prévient les organisateurs de l'expérience uniquement à l’aide d'un SMS contenant juste ce sobre message : « OK ».

Le radiesthésiste testé monte ensuite sur les estrades et indique à un individu « Y » (qui relève soigneusement les données) le numéro de l'estrade sous laquelle le testé estime avoir détecté de l’eau.


30 tests sont réalisés

Un individu «Z» compare ensuite la performance avec ce qu'aurait produit le pur hasard (en comparant la feuille de la seconde enveloppe scellée avec les relevés de l'individu « Y »).

  • Il existe une chance sur 6 de réussir un test au hasard. Le score de la performance doit être comparé au hasard afin d'évaluer s'il existe un phénomène réel qui se distingue du hasard.

Voici les probabilités si l'expérimentateur testé agit au hasard :

  • Score de 0/30 : probabilité de 0,42 %
  • Score de 1/30 : probabilité de 2,53 %
  • Score de 2/30 : probabilité de 7,33 %
  • Score de 3/30 : probabilité de 13,68 %
  • Score de 4/30 : probabilité de 18,47 %
  • Score de 5/30 : probabilité de 19,21 %
  • Score de 6/30 : probabilité de 16,01 %
  • Score de 7/30 : probabilité de 10,98 %
  • Score de 8/30 : probabilité de 6,31 %
  • Score de 9/30 : probabilité de 3,09 %
  • Score de 10/30 : probabilité de 1,3 %
  • Score de 11/30 : probabilité de 0,471 %
  • Score de 12/30 : probabilité de 0,149 %
  • Score de 13/30 : probabilité de 0,041 %
  • Score de 14/30 : probabilité de 0,01 %
  • Score de 15/30 : probabilité de 0,0021 %
  • Score de 16/30 : probabilité de 0,0004 %
  • Score de 17/30 : probabilité de 0,000066 %
  • Score de 18/30 : probabilité de 0,00000955 %
  • Score de 19/30 : probabilité de 1 chance sur 82,88 millions
  • Score de 20/30 : probabilité de 1 chance sur 753,47 millions
  • Score de 21/30 : probabilité de 1 chance sur 7,9 milliards
  • Score de 22/30 : probabilité de 1 chance sur 96,69 milliards
  • Score de 23/30 : probabilité de 1 chance sur 1390 milliards
  • Score de 24/30 : probabilité de 1 chance sur 23828 milliards
  • Score de 25/30 : probabilité de 1 chance sur 496426 milliards
  • Score de 26/30 : probabilité de 1 chance sur 12,9 millions de milliards
  • Score de 27/30 : probabilité de 1 chance sur 435,6 millions de milliards
  • Score de 28/30 : probabilité de 1 chance sur 20 milliards de milliards
  • Score de 29/30 : probabilité de 1 chance sur 1474 milliards de milliards
  • Score de 30/30 : probabilité de 1 chance sur 221073 milliards de milliards

Ces probabilités selon le score sont calculables via la loi binomiale où x désigne le score sur 30 : P(x) = (30 !/(x !*(30-x) !)) * (1/6)^x * (5/6)^(30-x).

  • Le score est considéré comme étant dû au seul hasard (et donc absence de phénomène radiesthésique) si le score sur 30 tests est compris entre 1 et 9.
  • Le score est considéré comme significatif (soupçon de l'existence d'un phénomène radiesthésique, avec ici une p-value de 0,05) si le score sur 30 tests est supérieur à 9. Ainsi si on a au moins 10 tests réussis sur 30, c'est statistiquement significativement positif. Avec un score d'au moins 12 sur 30, c'est considéré comme très significatif (avec ici une p-value de 0,01).
  • On remarquera qu'aucun humain actuel sur Terre (si toute l'humanité actuelle entière faisait les 30 tests) n'est capable d'obtenir par hasard un score supérieur à 21.

En cas d'une performance significative, une seconde expérience avec le même expérimentateur testé (avec 30 nouveaux tests, et de nouvelles équipes distinctes) devra être réalisée, par prudence, afin de confirmer la première expérience.


Échec et mat...

Malheureusement, jusqu'à ce jour, toutes les expériences réalisées, et avec divers protocoles expérimentaux  rigoureux (expérience de Sydney [1980], expérience de Munich [1986-1988], expérience de Kassel [1990], Argenton-sur-Creuse [2007]) se concluent par l'échec de tous les expérimentateurs testés.

  • Il faut noter que les organisateurs de l'expérience de Munich croyaient a priori en l'authenticité des capacités des sourciers, ils avaient tout mis en œuvre pour tenter de le prouver avec un budget de 400 000 deutschmarks, mais sans succès.
  • Lors de l'expérience de Kassel, si un candidat testé réussissait, il devait repasser le même test une seconde fois, et s'il atteignait à nouveau le seuil de réussite, il gagnerait le prix de 20 000 deutschmarks : aucun candidat pourtant n'a gagné le prix, les testés ayant tous échoué.

Les performances de radiesthésie/sourcellerie réalisées sont toutes conformes à celle d'un tirage au hasard, sans avoir pu mettre en évidence la réalité d'un phénomène radiesthésique. La radiesthésie n'est qu'une croyance. Même constat avec de nombreuses croyances testées comme l'astrologie, le paranormal, la «mémoire de l'eau», la lithothérapie, la télépathie, etc... elles ne font guère mieux que le hasard.

La qualité d’une expérience scientifique se mesure au nombre de théories qu’elle fait tomber. La science se base sur le doute, pas sur la confiance. La connaissance objective s'obtient par élimination : on n'adhère jamais arbitrairement à une hypothèse (voire à une croyance), on procède par réfutation d'hypothèses quand celles-ci sont fausses, et ce qui résiste durablement à l'expérimentation conduit à la construction de théories scientifiques, qui peuvent toutefois être affinées en fonction de nouveaux éléments observationnels ou expérimentaux inédits.


  • « Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l'humanité ne peut pas le connaître. » (Bertrand Russell)
  • « On ne sait que lorsqu'on sait peu, avec le savoir croît le doute. » (Johann Wolfgang von Goethe)

  • « Le doute est le premier pas vers la science ou la vérité; celui qui ne discute rien ne s'assure de rien; celui qui ne doute de rien ne découvre rien. » (Denis Diderot)



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© 2019 Philip Tchelovek


Philip Tchelovek

Blogueur scientifique. Présent sur Skõp depuis le 19/03/2016. Articles sous copyright, mais vous pouvez partager les URL librement.

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