La maison de l'enfance

Se cristallisent les souvenirs, l'émiettement possible, sans scrupule, les rumeurs enfouies entre les murs de pierre, les rires chauds de larmes, les pleurs inconsolables au visage figé dans l'obscur, les sourires joyeux des étreintes amoureuses, fraternelles, les discussions pêle-mêle jusqu'au sommeil ...

La maison vide garde ses secrets, derrière les volets clos où percent les rayons du soleil indiscret, diffusant une lumière paisible sur les carrelages nus et laissant des trainées de poussières étincelantes comme de petites étoiles dans l'air ambiant. Les lézards s'aventurent dans les interstices, veillants anonymes et vifs pour fuir au cas où.

Dans ce fauteuil recouvert d'un linge blanc crème, mon père regarde encore l'écran de télévision dans une lutte somatique, les paupières en demi-veille, paresseuses, la nuque tombante en série, la tête en pantin retenu par un fils, jusqu'au ronflement d'ours en captivité, serein après un repas copieux.

Les sioux s'invitent sous le nez du chef, sourire malicieux.

La paupière lourde émerge. Grondement.

Les pas de sioux sont à l'arrêt, qui-vive.

L'ours se rendort, le ventre repu, légèrement perturbé de gargouillements.

Et à la table en chêne massif, elle aussi recouverte et désolée de vie, soudain, ma mère, fusionnelle ouvrière avec sa Singer, sa fierté, les fils raccordés avec justesse et le pied en danse sur la pédale... à l'ouvrage ! Lunettes au bord du nez, sérieuse et attentive... Les petits la regardent et sourient, des questionnements plein la bouche. Sourcils froncés, ma mère t'empeste.

Chaque pièce est désormais silencieuse.

Seuls au grenier, des bruits légers de cavalcades, petites pattes trottinantes ne laissent pas la maison comme un caveau froid. Les fenêtres du toit inondent l'espace d'une lumière diffuse. Là, reposent les vestiges du passé, de notre vie entre joies et peines, des cartons entassés et poussiéreux, le vieux vélo de l'arrière grand-père de mon père, digne d'un musée avec ses roues en bois, un collier de boeuf accroché à un pan de mur, retenu par des chaines rouillées, nos années écoles parfois dévoilées par un trou dans un carton délimité par une dentelle d'empreintes de dents, des livres, nos jouets de gosses ...

Mon regard happe cette vie suspendue et mon esprit s'éloigne...Loin, loin, là où la maison de mon enfance vibrait encore.


Laetitia Gand

écrivain, chroniqueuse littéraire, rédactrice freelance laetitia.gand422@orange.fr http://le.comptoir.des.mots.over-blog.com/ http://laetitiagand.simplesite.com/434673763 http://leslecturesdelaeti.eklablog.com/

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