LA 3e GUERRE (chapitre 2)

"Le Monde entier est à présent la cour de jeux d'oligarques surpuissants. Les Populations vivent sous leur joug déguisé, et ont perdu les rênes de leur destinée. Mais la naissance de "3", mystérieuse organisation citoyenne, vient soudain remettre en cause l'hégémonie de cette "Elite" mégalomane et délétère. Un bras de fer colossal est engagé, et aucun des deux camps n'entend échouer."


EXTRAIT du chapitre 2 :

Debout face à la porte, l’arme à la main canon vers le bas, Aten ne bougea pas. Concentré sur sa respiration, afin de garder l’esprit vide. Quand il entendit le bruit du pass glissant dans le boîtier d’entrée, immédiatement suivi du déclic d’ouverture, il se mit en joue, prêt à faire feu à la seconde où la porte de la salle de bains s’ouvrirait. Mais un nouvel élément vint corser l’opération…

— Je te sers un verre ? demanda Bianco.

— Avec plaisir, lui répondit une voix féminine.

Aten soupira en silence. Il avait envisagé cette variante, mais s’en serait bien passé. Face à ce scénario, sa position était claire : il était payé pour éliminer Bianco, pas d’éventuels accompagnateurs. Il était suffisamment grimé pour ne pas être reconnu, et il avait le nécessaire dans ses poches pour ligoter et bâillonner la fille. Il abattrait sa cible, et laisserait l’intruse en vie.

— Il faut impérativement que tu leur remettes les infos en mains propres Luciano. Tes mails et ta ligne téléphonique sont certainement surveillés à présent. Il ne faut pas prendre le risque de passer par le Net, il faut que tu ailles à Genève et que tu leur remettes cette clef !

— Je sais. Je vais faire ce qu’ils m’ont dit.

— Padiane serait fier de toi…

— Moi je ne le serai que lorsque j’aurai réussi à offrir aux « Chevaux » ce qu’il m’a chargé de leur transmettre.

Aten était en joue, prêt à réagir à la seconde où l’un d’eux franchirait la porte. Le silence s’installa. Il tendit l’oreille, l’adrénaline exacerbant ses facultés de perception. Il perçut le bruit d’un verre délicatement posé sur la table, suivi d’un soupir contenu.

— Tu trembles.

— J’ai peur, confessa Bianco. J’ai passé toute ma vie à prendre des risques, mais c’était toujours pour le camp du plus fort, c’était facile. Là… c’est très différent.

— Les Chevaux ont de gros moyens Luciano. Je ne suis pas certaine qu’ils soient si faibles que tu le crois.

— Avec ce que je vais leur donner, ils ne le seront plus en tout cas.

De nouveau le silence… Aten pouvait presque entendre leurs souffles, le sien restant en suspens.

— Tu sais ce que j’espère au fond ?… Qu’ils m’acceptent parmi eux…

Le son d’un baiser léger, et puis :

— Je peux utiliser ta salle de bains ?

— Je t’en prie.

Aten resserra l’étreinte sur son arme, entendit le bruit étouffé de la moquette foulée, et à la seconde où la porte s’ouvrit, posa le canon sur le front de la fille.

— Si tu cries, je tire. Recule.

Muette de peur, elle ressortit. Bianco se figea de stupeur. Aten s’adressa à lui.

— Ferme les rideaux.

L’homme resta sans réaction. Aten plaqua la fille au mur en lui collant la main sur le cou, et mit Bianco en joue en détachant ses mots :

— Ferme – les – rideaux.

Il obéit. Aten fit avancer la femme dans la chambre. Puis il sortit de sa poche deux paires de Serflex, et du scotch.

— Tu l’attaches et tu la bâillonnes.

Bianco plia, mais Aten savait très bien qu’il réfléchissait en même temps. Cherchant un moyen de s’en sortir. Quelque chose à faire, quelque chose à dire…

Une fois que la fille fut solidement attachée, Aten ordonna à Bianco de lui bander les yeux, et de l’allonger sur le lit. Ce n’est que lorsque ce fut fait, que l’homme se mit à parler.

— Ne la tuez pas. Elle n’a rien à voir avec tout ça.

— À genoux.

Bianco se pétrifia… Il avait suffisamment fréquenté les hautes sphères pour comprendre qui il avait en face de lui. Il obéit. Aten s’attendait à voir la moquette se teinter de son urine, mais ce ne fut pas le cas.

— Vous vous trompez de camp. Vous devriez lire ce que contient la clef. Le mot de passe est GM3…

Ça, ça n’était pas commun. Aten avait bel et bien imaginé une réaction de type négociations, proposition d’argent, d’informations, mais livrer ce qui vous est visiblement le plus cher à celui qui s’apprête à vous abattre, on ne lui avait encore jamais fait !

— Lisez. Lisez et tuez-moi après si vous le voulez encore, mais lisez d’abord.

Bianco le regardait droit dans les yeux. Un tel aplomb était rare. À tel point qu’Aten laissait le temps s’installer, alors que sa cible aurait déjà dû expirer. La fille allongée sur le lit retenait sa respiration, espérant un retournement de situation. Bianco ne cillait pas, et son regard était étrangement… sain.

Aten eut un léger soupir, avant d’appuyer sur la gâchette. Un son étouffé retentit. Le front de Bianco s’orna d’un petit rond rouge bordeaux, et les rideaux beiges tirés derrière lui, se maculèrent d’éclaboussures. Il s’écroula lourdement, les yeux ouverts, effacé en une microseconde. Sur le lit, la fille hurla sous son bâillon.

Aten dévissa le silencieux de son arme, récupéra la douille, et rangea le tout dans ses poches. Il saisit la clef USB et l’agenda de Bianco posés sur le bureau, et s’empara du portefeuille de la fille. Il tourna les talons, éteignit la lumière, et referma derrière lui.


Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous sur cette page :)

Stéphanie Aten

Scénariste et romancière engagée, parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société.

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits