L'UE : l'échec d'un projet dévoyé

Au beau milieu du Brexit, beaucoup de gens se remettent à s'interroger sur la légitimité et le bien-fondé de cette Europe à laquelle on ne comprend plus rien.

Elle a d'abord été une vision saine de la collaboration et de l'union. Une vision révolutionnaire, pleine de bonnes intentions. Un projet politique de grande envergure qui aurait pu servir d'exemple au reste du monde...

Mais elle a été transformée en monstre économique, vorace et délétère, où les marchés se sont mis à l'emporter sur l'homme, où les populations ont été poussées à servir, et non à vivre.


L'Union européenne : son caractère antidémocratique

On nous l'a présentée comme une structure où les peuples auraient le droit à la parole. Où la collégialité, l'accord mutuel, la transparence, l'intérêt commun, seraient des principes directeurs. On nous l'a présentée comme une union de grande ampleur, qui nous garantirait progrès et prospérité. Où le vote aurait sa place, où la réflexion serait commune, et où les débats seraient perçus comme un atout.

L'Union européenne est-elle véritablement démocratique ? Ses rouages, son mode de fonctionnement, sont-ils bien les reflets d'intentions louables et d'objectifs tournés vers les peuples ?... Démonstration.

Les rouages antidémocratiques de l'UE :

Le système décisionnaire de l'UE est déjà, par essence, récalcitrant au processus démocratique. Certes, ce sont nos chefs d’États qui nous y « représentent », et sont censés défendre nos intérêts et articuler l'ensemble. Sauf que... tout ce qu'ils imaginent, mettent en place, décident, imposent, se fait dans notre dos, et sans nous laisser la possibilité de nous y opposer.

Les décisions capitales sont prises à l’abri des regards, à huis clos : au Conseil européen. Selon les textes, « le CE donne à l’UE les impulsions nécessaires à son développement. » (Attention à ne pas confondre CE et Conseil de l’UE, qui rassemble les ministres, et dont les débats sont, eux, publics). Le souci, avec ces « impulsions » qu'est censé donner le Conseil européen, c'est que non seulement elles sont discutées et mises en place sans que nous n'ayons connaissance de leur existence, ni la possibilité d'intervenir dessus, mais de surcroît, elles deviennent des ordres sitôt sorties de la réunion ! Elles ne font pas office de suggestions, ou d'idées, mais bel et bien de décisions ayant force d'imposition. Ces débats secrets et fermés, sont à notre modèle européen ce que les délibérations du collège des cardinaux sont à l'élection du Pape. A Bruxelles comme à Rome, les citoyens ne peuvent que se contenter de voir la couleur de la fumée... et d'accepter.

La Commission européenne, quant à elle, est le bras armé de l'UE. Un bras dont la légitimité démocratique, elle aussi, est plus que douteuse. Elle est une sorte de gouvernement en charge de l’application des traités, et possède un pouvoir immense, puisque c'est elle qui est détentrice du monopole d'initiative législative. Les lois auxquelles nous sommes tous assujettis, c'est elle qui les pond, alors que ses commissaires ne sont nullement notre « émanation ». Grâce à cet organe, l'UE est un nuage que nous ne pouvons que nous contenter d'observer, sans jamais pouvoir le toucher.

Le Parlement européen, seul organe représentant les populations, ne possède, lui, aucun pouvoir législatif, et encore moins d'initiative, hormis celui de la censure. Quelques prérogatives lui ont été ajoutées avec le Traité de Lisbonne, mais bien des experts s'accordent à dire qu'elles font office de « poudre aux yeux », histoire de faciliter le passage en force dudit traité. Le Parlement européen, seul organe par lequel les peuples peuvent exercer un semblant de pouvoir de décision et de réflexion, n'a strictement aucune prérogative réelle, aucun poids concret sur le chemin que peut prendre l'UE. Un mirage démocratique. Une image subliminale censée nous rassurer : « tout va bien, vous êtes représentés, passez votre chemin et laissez-nous faire ».

Et au milieu de ces organes agencés en barricade contre la déferlante démocratique, sévit un mode de fonctionnement ubuesque, que nous ne distinguons même plus : en Europe, dorénavant, le choix est remplacé par la règle. La démocratie n’est plus définie par le vote, mais par le respect des règles. Le Conseil de l'UE (où se rassemblent les ministres), prend ses décisions de façon publique, ce qui est censé permettre un débat et apporter une certaine transparence. Sauf que... ces décisions sont le fruit de longues et complexes tractations menées en amont, dans des réunions qui sont, elles, fermées : les Coreper (ou Comités des représentants permanents). C'est au sein de ces comités que l'on prépare les décisions du Conseil de l'UE, loin des regards, loin de toute ingérence populaire… Les négociations se font dans l’opacité, et le vote, lui, au sortir de ces réunions, n'est plus qu'une formalité. La possibilité de choix et de débat n'existe pas, c'est l'imposition de la règle qui prévaut. Le peuple n'a plus qu'à dire amen.

Les preuves à répétition du rejet démocratique :

Les lister est impossible, puisqu'elles sont quasi-quotidiennes.

Le Traité de Lisbonne, qui a permis de contourner avec sournoiserie les « non » de plusieurs peuples européens, en est l'exemple le plus criant.

Une autre démonstration réside dans « l'urgence » avec laquelle nos dirigeants disent vouloir juguler « la crise ». Cette dernière est devenue une véritable aubaine pour justifier la mise en place de mesures dérogatoires à la démocratie visant à éviter les débats, et imposer des décision majeures rapidement et sans contestation possible. Que les peuples soient d'accord ou non, on s'en fout ! Les Européens doivent suivre, un point c'est tout.

Les recours populaires lancés par des ONG ou associations comme Attac pour infléchir certaines décisions sont régulièrement rejetés, même quand le quota de signatures est atteint.

Les peuples se fracassent contre un mur qui ne se lézarde même pas, et ignore leur existence.

Il n'est pas faux de dire que, parfois, le processus démocratique et le débat peuvent devenir des facteurs de ralentissement et de complications susceptibles d'être néfastes pour tout le monde. Il arrive que les peuples ne soient pas à la hauteur du problème pour en appréhender correctement les solutions, certes.

MAIS... d'une part, refuser que les premiers concernés aient voix au chapitre sous prétexte que cela pourrait se retourner contre eux, c'est nier la leçon que constitue justement le processus démocratique. Il s'agit d'apprentissage, la politique n'est pas une science exacte, et c'est en se plantant qu'on avance : les hommes politiques les premiers, tout diplômés qu'ils soient, en font les frais ! Par conséquent, refuser aux peuples d'exercer leur pouvoir de réflexion et d'expérimentation, leur refuser le droit de prendre leurs vies en main sous prétexte « d'incompétence », c'est avouer à demi-mot une attitude de tyran.

D'autre part, ce type d'argument serait, à la rigueur, recevable s'il était émis par des individus soucieux du bien commun. Si l'UE avait, à la base, des intentions tournées vers le progrès mutuel, si elle avait été pensée pour les peuples, et que son avancée soit à leur service... Ce qui n'est pas le cas... Comme le démontre notre second article : « L'Union européenne : d'essence lobbyiste ».

Conclusion :

L'UE est une entité pensée, conçue, et agencée pour annihiler le processus démocratique. Elle est un géant qui régit les vies de centaines de millions de personnes, sans leur laisser la moindre possibilité d'avoir la main sur ce que l'on fera d'elles. Nous sommes dépossédés de notre destin, dépossédés de notre capacité de décideurs, pris au piège dans un système où tout se décide en haut-lieu, sans nous, et sans la possibilité de nous y opposer. On appelle ça... une dictature.


L'Union européenne : d'essence lobbyiste

Comment est née l'UE ? Véritablement ? Par qui, par quoi, sous quelle impulsion et selon quelles intentions ? Contrairement à ce qui est communément admis, l'Union européenne ne trouve pas ses origines dans un projet politique, et encore moins dans un souci d'union des peuples pour la mise en place d'une prospérité commune. Loin de là...

Le contenu même de l'Acte unique européen trouve ses origines dans l’un des plus gros et des plus influents groupes de lobbying que l’Europe ait connu : l’ERT. La « European Round Table », créée en 1983, rassemblant les plus gros capitaines d’industrie européens, a directement participé à l’élaboration des textes fondateurs, en rédigeant un rapport préconisant « une intervention minime de l’État » et une « souveraineté accrue des marchés ». C'est sur ce rapport qu'a été calqué le contenu de l'Acte unique. En clair : l'ERT a fondé l'UE à son image, elle s'est forgée un outil à son service, pour favoriser le règne de la sphère privée, économique et financière, sur tous les peuples. Et nous en ressentons les effets très clairs aujourd'hui.

L'UE est d'essence lobbyiste parce qu'elle est née sous son égide, et que cette influence n'a jamais déserté le pont depuis, bien au contraire. Il est de notoriété publique, à présent, que le lobbying exerce une pression considérable sur les décision des hommes politiques, par bien des travers et dans tous les domaines. L'ERT elle-même se vante d’être « l’une des principales forces décisionnelles derrière le Marché unique », et les démonstrations de force ne manquent pas : la libéralisation des services au mépris des règles du droit du travail, l’anéantissement des services publics, la mise à mal des régulations qui entravent les activités des grandes firmes impactant le changement climatique, l’arrêt net du développement d’un agenda social, le retrait des processus de débat politique afin de mieux servir les intérêts du milieu des affaires, bref… Toutes les grandes multinationales prônent la mainmise de l’économie sur la vie des gens, et imposent LEUR vision du Monde aux représentants des peuples. Pour la bonne et simple raison que les multinationales, dorénavant, parlent d’égal à égal avec les continents.

23 entreprises du CAC40 déclarent dépenser 8 millions d’euros par an pour peser et influencer les décisions de Bruxelles. Leur omniprésence se mesure aussi en nombre de mails : les députés européens en reçoivent entre 300 et 500 par jour, en provenance de tous les secteurs. L'influence des « experts » est un autre élément des plus parlants quant à la pression exercée par la sphère privée : dans les groupes qu’ils forment pour « conseiller » les députés ou les commissaires, aucune transparence. Aucun rapport n’est public. On ignore de quoi ils parlent, on ignore leurs positions, on ignore même parfois qui ils sont. Par exemple, un groupe d’experts en matière bancaire est composé à 95% de banquiers, et pas n’importe lesquels : uniquement ceux du financement et de l’investissement, des banques de marchés, ou des grandes banques américaines ! En face, ni ONG, ni syndicats. L’idée que la Commission soit conseillée uniquement par des banquiers d’affaires, et notamment ceux qui se sont rendus responsables de la crise, est tout bonnement... ubuesque... Mais c'est la réalité de l'Union européenne.

Et l'influence ne s'arrête pas aux séances de remue-méninges des groupes de travail. Des outils existent pour faciliter l'influence du système bancaire privé dans l'UE. Pour exemple parmi beaucoup d'autres : la régulation des banques est maintenant à l’initiative du Comité de Bâle, qui ne rédige jamais de textes ayant force de lois, mais dont le pouvoir dépasse pourtant largement celui de n'importe quel pays de l'Union européenne. En 40 ans d’existence, le Comité a entériné trois grands accords : Bâle I, II et III. Bâle III a clairement fait le choix d'une vision encore plus libérale de l'Union européenne. Or, tout ce qui sort du Comité de Bâle suit le chemin suivant : le Comité propose, le G20 donne une impulsion politique, l’UE adopte une directive, et cette directive est transposée en droit national. En résumé, tout par de la cuisine des financiers pour arriver dans notre assiette quotidienne. A partir du moment où le Comité a statué, le politique a seulement le pouvoir (dilué), et la liberté (restreinte) d’accélérer ou pas le cheminement du texte. Point. Le jeu démocratique consiste à faire entériner des textes par des organes légitimes sans avoir besoin de passer par la case débat. Entre les deux, ni les élus, ni le peuple, n’a eu d’influence sur le texte, au motif que le contenu est trop technique. Or, comment se déroulent les travaux préparatoires du Comité ? Là encore : par consultation des organisations bancaires privées ! On demande donc aux financiers de formuler eux-mêmes les règles du jeu.

Joseph Stiglitz, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2001, regrette haut et fort la confiscation de la démocratie par les banquiers : « La démocratie est un bon principe selon lequel « un homme est une voix », mais hélas aujourd’hui, les banques détiennent 51% de ces dites voix, parce qu’elles achètent les gouvernements ». Et c'est un prix Nobel qui le dit...

Voilà de quelle essence est faite l'Union européenne. Elle n'est rien d'autre qu'un marché de plusieurs centaines de milliards, une force de travail de plusieurs centaines de millions d'individus, le tout entre les mains de personnes qui l'ont modelée comme de la terre glaise, pour en faire une poterie à leur service.

L'Union européenne n'aurait jamais dû ressembler à cela...

Il semblerait qu'en sortir soit en train de devenir le seul moyen de la reconstruire...


Stéphanie Aten

Scénariste et romancière engagée, parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société.

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