L’intelligence collective, une révolution pour l’ESS ?

L’économie sociale et solidaire n’est plus le seul et unique acteur pour répondre aux problèmes sociaux et environnementaux qui deviennent de plus en plus complexe. Elle a besoin de s’allier avec l’ensemble de l’environnement existant (entreprise, collectivités locales, bénéficiaire…). Elle doit s’adapter à de nouveaux enjeux qui peuvent remettent en question ses pratiques, sa gouvernance. D’autres mouvements et courants ont déjà développé des méthodologies favorisant la collaboration entre individus, d’autres méthodes de gouvernance inclusive par le biais de l’intelligence collective. Avec une inspiration forte: mettre l’humain au cœur de la société.

« Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’aujourd’hui aucun acteur, individuellement, n’a plus seul la solution. Il faut apprendre à coopérer, à s’allier. C’est une révolution culturelle” Hugues Sybille, le 18 janvier 2017

Je pense que la révolution culturelle passera par divers chemins dont celui de l’intelligence collective mais qu’est ce que c’est?

L’intelligence collective se définit comme « la capacité d’un groupe de personnes à collaborer pour formuler son propre avenir et y parvenir dans un système complexe ». En d’autres termes il est question d’émancipation, de développement durable, d’égalité et de coopération, dans un monde où c’est la compétition, la concentration des richesses et les inégalités qui prévalent. Jean François Noubel, le 18 février 2015.

De l’économie sociale et solidaire à l’économie de pair à pair, plusieurs voies doivent se croiser.

Durant tout le 20ème siècle, le jeu des acteurs étaient établis. Il y avait l'État qui devait servir l’intérêt général, les entreprises privées à but lucratif qui devait maximiser leur profit et les acteurs de l’ESS qui était considéré comme la 3ème voie. Elle servait l’intérêt de leurs membres (adhérents, bénéficiaires, coopérateurs, mutualiste). Depuis l’arrivée du web, tout se bouscule et l’économie de pair à pair est apparue (Wikipédia, Linux, KissBankBank). Selon Michel Bauwens, le pair à pair c’est:

“ C’est une dynamique relationnelle, la capacité des gens à se connecter, à s’organiser et donc à créer ensemble de la valeur et des ressources partagées. La révolution pair à pair induit que la production émane de la société civile. Les citoyens contribuent à des biens communs et l’économie se crée autour. Le capitalisme, au contraire, cherche d’abord le profit. La recherche du bien commun a toujours existé, mais elle était localisée. Les citoyens ont accès à une échelle réservée autrefois aux multinationales et aux ensembles étatiques.”

La valeur créée doit être rétribuée par les contributeurs de celle-ci, elle n’est pas aspirée par les financeurs ou autres acteurs de l’environnement. La principale différence est qu’avec le pair à pair cette création de valeur peut se faire à l’échelle internationale. Nous pouvons tout à fait travailler avec des personnes habitant dans plusieurs pays. Lors de mon stage réalisé au sein de la Social Media Squad durant mon master 1, il y avait 4 associés (2 à Paris, un en Espagne, un au Portugal).

L’intelligence collective, du pouvoir hiérarchique (démocratique ou non) à la puissance du groupe!

L’intelligence collective réinterroge la question de la gouvernance au sein de l’organisation. Est-ce toujours pertinent d’élire des élus qui nous représente en leur faisant confiance, de suivre un leader charismatique qui partage sa seule et unique vision?

L’intelligence collective permet de résoudre des problèmes complexes et de créer de la valeur (économique, social, culturel) afin de mieux répondre aux besoins sociaux et environnementaux. Elle permet de répondre à la question “Pourquoi cette valeur est créée? Pour quels objectifs?”. Grâce à ce questionnement, on perd le côté idéologique se trouve dans certaines organisations de l’ess au profit du concret et du pragmatisme. Une des clés de l’intelligence collective est d’accueillir des points de vue différents afin de construire et avancer ensemble.

Ces nouveaux modes de gouvernance ne sont pas l’anarchie, mais ce sont des règles qui sont vécu et partagée par tous. 

Par exemple: on pourrait instaurer un cadre de bienveillance pour l’ensemble des relations que nous avons et aurons dans le futur.

Elle permettrait de faire reculer les souffrances connus par les bénévole/salariés liés aux relations de pouvoirs qui souvent minent de l’intérieur ces organisations. Ce n’est pas le refus des tensions mais imaginer des cadres permettant de les exprimer de façon bienveillante et constructive.

Avec ces nouvelles pratiques, accompagné d’une réflexion sur le pourquoi de nos actions, nous avons cette possibilité de redonner le pouvoir directement aux personnes afin qu’elle s’émancipe personnellement afin de transformer la société.

Compliqué à complexe

Historiquement, les problèmes sociaux qui existait au 20ème siècle était compliqué. Il y avait un problème et une solution afin de le résoudre. C’est l’une des raisons que les organisations de l’économie sociale et solidaire se sont spécialisé sur un sujet précis (mutuelle de professeurs, coopératives en fonction du métier ou de la personne (coopérative de consommateurs, agricoles…), association qui traite d’un ou plusieurs sujets). Mais aujourd’hui il y a une prise de conscience que les problèmes autrefois spécialisé sont finalement interdépendants. Ils sont devenus complexe. L’origine de ce mot veut dire tisser ensemble. La définition de complexe est: “un ensemble dont les éléments sont combinés d'une manière qui n'est pas immédiatement claire pour l'esprit”.

Pour aborder la complexité, nous avons l’obligation de coopérer afin de mieux appréhender les problèmes en questions afin de résoudre durablement et profondément la cause.

Démarche écosystème, de l’organisation de l’ess à l’organisation apprenante.

Afin de résoudre cette complexité, les organisations sont obligées de sortir de leurs champs d’action. Pour réaliser cela, elles doivent bien définir le “pourquoi de leurs actions”, cela va au delà de tous les outils existants dans les structures “démocratie participative, outils collaboratifs, application de méthode de brainstorming…” L’ensemble de ces outils répondent à la question “Comment on va faire pour trouver des solutions?”. Alors qu’au préalable: il serait pertinent de définir le pourquoi de l’organisation, sa raison d’être, sa vocation. Il serait intéressant d’adapter les outils avec le plus de cohérence possible.

Une fois que l’on à défini cela, on passe à l’étape de l’action et de l’apprentissage. C’est en faisant que l’on apprend, c’est en réalisant des erreurs que l’on acquiert de l’expérience. C’est en étant acteur de son apprentissage que l’on se passionne par un ou plusieurs sujets qui nous touche. L’organisation et les personnes qui la composent deviennent créatrices de leur action ou activités, ils apprennent sans cesse en coopération avec d’autres à la fois sur des savoirs, savoir faire et savoir être.

Un des meilleurs exemples qui incarne l’organisation apprenante ce sont les tiers lieux comme la Machinerie à Amiens ou Darwin à Bordeaux.

Un autre exemple d’une organisation apprenante est celui d’un village français du Nord de la France: celui de Loos en Gohelle.

Confiance et collaboration, une clé pour coopérer

La confiance entre les acteurs et l’élément fondamental afin de travailler en coopération. L’intelligence collective au service d’un projet politique définie par son pourquoi peut permettre à de nombreuses personnes de vivre l’expérience de la collaboration. Les acteurs de l’ESS historiquement ont déjà expérimenté ces pratiques comme par exemple avant la 2nde guerre mondial, des mutuelles construisaient des cliniques afin de répondre aux besoins de soin de leurs adhérents. Les jeunes actuellement sont de plus en plus à avoir envie de trouver un travail qui ont du sens pour eux, souhaitant avoir un impact positif pour la société en ayant le sentiment d’être utile:

Mais pour que la confiance s’établisse dans les organisations, cela nécessite plusieurs choses:

Lâcher l’égo afin de faire rayonner le collectif: passer du “moi je” au “ je et au nous” admettre aussi que seul, je n’ai pas la solution miracle, seul je ne peux rien faire.

Lâcher le contrôle du pouvoir: Le pouvoir ne peut pas se résumer qu’au seul élu ou au fondateurs, car ceux ci ne sont pas souvent représentatifs, il n’y a qu'à observer la participation lors des assemblées générale des adhérents. L’intelligence collective peut requestionner ces questions de pouvoir au sein de l’organisation.

Décloisonner pour mieux répondre aux besoins sociaux: cela oblige à requestionner l’idéologie de l’organisation. Souvent, certaines organisations de l’ESS sont marqué idéologiquement. Afin de mieux répondre aux besoins sociaux, il est nécessaire d’avoir les bonnes informations, celles-ci se trouvent dans l'écosystème de l’organisation (bénéficiaires, collectivités locales, entreprises privées, autre structures de l’ESS).

Je pense que l’intelligence collective peut aider l’ESS à entrer de plein pied dans le 21ème siècle. Mais cela va nécessiter un changement profond et radical de la posture des dirigeants, élu, responsables et acteurs de ce milieu. De ce point de vue l’exemple québécois et les coopératives de plateformes sont modèles inspirants à suivre.

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