L’importance des archives dans les pays peu développés

Introduction

L’archivistique est une science plutôt bien avancée dans les pays développés. Dans nos sociétés occidentales, elle revêt une place importante que l’on commence à protéger et développer de plus en plus. Mais qu’en est-il des pays moins avancés, des pays plus pauvres et moins développés que les nôtres? Cette science est-elle aussi importante que l’économie, ou la santé? Vaut-il mieux pour ces pays de ne pas s’en occuper et de concentrer leurs maigres ressources sur d’autres domaines plus essentiels? Ou bien l’archivistique est-elle justement un de ces domaines essentiels? Le sujet sera traité à travers la définition des archives et de son importance, par la situation des pays peu développés ainsi que par les divers organismes et lois parlant du sujet.


Les archives

Pour débuter dans le sujet, voici une introduction sur ce que sont les archives et quelles sont leurs fonctions. Commençons par une définition de ce que sont les archives, celle donnée par le gouvernement québécois. Les archives sont « l’ensemble des documents, quelle que soit leur date ou leur nature, produits ou reçus par une personne ou un organisme pour ses besoins ou l’exercice de ses activités et conservés pour leur valeur d’information générale »[3] Les archives sont donc des documents renseignant sur la vie, les activités le pourquoi et la création d’un organisme. Elles sont le cœur de celle-ci, son expérience autant que ses buts et ses actions. Les archives peuvent aussi désigner plus que cela. Selon Isabelle Dion, « les archives ne désignent pas seulement les documents, mais aussi [les] administrations, institutions et services qui ont pour mission de les gérer [ainsi que les] bâtiments ou les locaux dans lesquels elles sont traitées, conservées et diffusées. »[4]

Après avoir survolé la notion d’archive, nous allons voir ses fonctions avec Bruno Delmas, archiviste et historien qui a grandement contribué à la littérature sur le sujet. Delmas décrit les archives comme quelque chose d’indispensable à toute organisation, société. Par la suite, de cette base il met en place quatre grandes fonctions essentielles à ces précieux documents.[1] Tout d'abord, les archives serviraient à prouver. Prouver ses droits, afin de pouvoir se défendre. Cette fonction serait une utilité juridique. La deuxième fonction, d’une utilité de gestion, serait celle de se souvenir. C’est « se souvenir de ce que l’on a fait et de l’expérience acquise pour agir »[4] Il y a l’utilité scientifique de comprendre. Connaître pour comprendre les actions ou trouvailles des autres. Et finalement, comme dernière fonction, il y a celle de s’identifier; s’identifier par la transmission de la mémoire pour exister et faire vivre les liens sociaux, ayant une utilité sociale. Ainsi, les archives ont des fonctions dans plusieurs aspects des vies individuelles et collectives.[5] L’importance générale des archives est maintenant mise en place. La prochaine partie développera les apports concrets des archives dans une société.

Ce qu’amène les archives à une société

Pour parler des apports des archives et du patrimoine dans une société donnée, la Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques (IFLA) est un atout important. Elle se définit elle-même comme « la principale organisation représentant les intérêts des bibliothèques et des services d'information et de leurs usagers [et] [...] est [mondialement] le porte-parole de la profession des bibliothèques et de l'information. » Cette fédération associe les bibliothèques et services d’information avec la croissance sociale, culturelle et même économique d’un pays: « [...] les organisations ont besoin d’un accès universel et équitable à l’information [...] pour leur développement social, éducatif, culturel, économique et démocratique »[2] Le développement de ces domaines par les documents d’archives sera expliqué ici par diverses personnes pour démontrer que l’idée est partagée. Isabelle Dion parle de renforcement de la démocratie par les archives grâce à la transparence administrative qu’elles apportent.[4] Les Archives nationales du Québec : pour les affaires et la culture amène que les archives d'une entreprise ou d'une collectivité constituent une ressource nécessaire à l'efficacité de son administration, au succès de sa production, au développement de son histoire et de sa culture en tant que groupe.[5] On parle donc ici de développement de l’économie, de l’éducation et de la culture grâce à l’information et l’expérience gardée et transmise par les documents d’archives. Ce texte rajoute que: « Le groupe accroîtra sa performance s'il réussit à mobiliser ses membres en leur transmettant ses valeurs culturelles, ses objectifs et l'élan historique qui en fait partie »[5]

Ainsi, on peut déduire de tout cela que les archives sont loin d’être superflues dans les sociétés. Elles ne touchent pas seulement au domaine historique mais à plusieurs autres domaines qui construisent la société dont les documents sont issus. Le développement du pays passe par son éducation, sa situation économique, son niveau démocratique et sa culture; tous des domaines dont les archives touchent et développent grâce à ce patrimoine d’information. Si on revient sur une des questions de l’introduction; Vaut-il mieux pour ces pays de ne pas s’en occuper et de concentrer leurs maigres ressources sur d’autres domaines plus essentiels? La réponse est sans aucun doute un non puissant. Il est impératif de gérer efficacement ses archives pour les pays sous-développés afin de grandir et de former pour les générations futures de bonnes bases de ressources informationnelles pour les divers domaines du développement du pays. Les archives sont essentielles. Pour reprendre les mots de Delmas, « conserver ses archives est un acte indispensable » car « les archives sont des documents “vitaux”.»[1]

Une importance de protection reconnue

Les archives sont donc, comme vu plus haut, un domaine vital, essentiel à développer pour l’accroissement économique, social, démocratique, culturel et éducatif du pays. Cette importance est aujourd’hui reconnue internationalement et certains organismes et moyens sont mis à disposition pour protéger ou encourager la création de bibliothèques et services d’information de qualité. Comme organisations, l’IFLA a déjà été abordée plus haut mais elle n’est pas la seule. Il existe aussi le Bouclier Bleu, qui est un organisme pour la protection du patrimoine culturel et l’UNESCO. L’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture décide lors de sa création d’établir un texte spécifique pour les biens culturels. De ce besoin de protéger le patrimoine naîtra la Convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, qui sera adoptée en 1954. Celle-ci suit le principe de protection et du respect du patrimoine culturel ainsi que celui du marquage des monuments à protéger, présent dans le Projet d’une Déclaration internationale concernant les lois et coutumes de la guerre, convention qui avait été établi en 1874 mais qui restait inefficace contre la destruction du patrimoine.[6] Cette convention innove par l’intégration des mesures d’anticipation, des structures nécessaires pour répertorier le patrimoine, de sa protection du personnel dédié à ces tâches et de sa description du symbole qui doit permettre d’identifier les éléments protégés au titre du patrimoine.[6] Ariane Pinauldt, par rapport à la Convention de La Haye défendu par le Bouclier Bleu, écrira que  

« Cette notion de protection s’est élargie à la préparation face à tous les types de catastrophe, d’origine humaine mais aussi naturelle : inondation, incendie, tremblements de terre etc. Si bien que, comme la Croix-Rouge, le Bouclier Bleu ne trouve pas son utilité seulement en cas de conflit armé mais aussi face à tout type de destruction que peut subir le patrimoine. »[6]

Ainsi, le Bouclier Bleu, organisme international pour la protection du patrimoine culturel, se donne pour mission entre autres de protéger les établissements d’éducation et de patrimoine ainsi que de prévenir toute destruction de divers genre, et les archives en font partie. Bref, la communauté internationale même juge les archives importantes et presque essentielles, qu’elles soient internationales ou non. Elles font parties d’un tout bien plus important que des querelles entre pays. Elles doivent être protégées à tout prix.


Conclusion

Finalement, la place des archives dans les pays peu développés est plus que justifiée, elle est même presque décisive dans leur lutte pour le développement. Les archives ne doivent pas être sous-estimée; leurs apports à la société ne peuvent être mis de côté car elles sont un outil puissant comme l’ignorance, l’inconnu, l’oubli. Elles sont non seulement importantes, mais aussi considérées comme telles, protégées sur cette base et donc destinées à offrir le plus longtemps possible un appui considérable pour les sociétés qui les consultent. C’est un investissement de mettre des ressources dans ce domaine. Finalement « Cette science est-elle aussi importante que l’économie, ou la santé? » À cette question posée dans l’introduction, je serai prête à dire oui. Mais les pays concernés l’entendent-ils de la même manière?


Sources consultées

[1] Delmas, B. (2006). Chapitre 1 : Les archives, ça sert à quoi? Dans La société sans mémoire (13-45).

[2] Fédération Internationale des Associations et Institutions de Bibliothèques. (2015) Plan stratégique de l’IFLA 2016-2021, 8 p.

[3] Gouvernement du Québec. Loi sur les archives, art. 2, 1983

[4] Isabelle, D. (2018). Les archives et leur importance [Présentation PowerPoint]. Repéré dans l'environnement StudiUM : https://studium.umontreal.ca/pluginfile.php/3952575/mod_resource/content/1/ARV1050_semaine_1.pdf

[5] Minotto, C. (1989). Les Archives nationales du Québec : pour les affaires et la culture. Documentation et bibliothèques,35(1), 3–11. https://doi.org/10.7202/1028120ar

[6] Pinauldt, A. (2017). Le Bouclier Bleu : Histoire et missions d’un organisme international pour la protection du patrimoine culturel. Ethnologies, 39(1), 205–212. https://doi.org/10.7202/1051060ar

[7] UNESCO, (1954), Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé, avec Règlement d'exécution, http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=13637&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

Pour ce qui est de l'image, elle vient d'ici: http://offtherecord.net/wp-content/uploads/2016/01/

Cloé Flanagan

Amoureuse des mots, j'écris à la fois quelques textes littéraires et des articles plus rationnels sur mon programme d'études: l'archivistique

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