L'école du scénario, ou comment apprendre à raconter

On se demande souvent si l'écriture s'apprend. S'il faut « naître auteur », si on peut le devenir, si on peut feindre de l'être... Existe-t-il une école, ou au moins une recette, pour écrire « bien », vite, et de façon percutante ?

Beaucoup de propositions de formation sont nées avec l'essor du numérique, parce qu'avec lui, l'écriture s'est démocratisée. Se faire publier est dorénavant à la portée de tous, et au bout du compte, n'importe qui peut se targuer à présent d'être « auteur ». Tout le monde, ou presque, écrit, et pour les plus passionnés ou scrupuleux d'entre nous, la naissance de ces formations à l'écriture, est l'opportunité de mieux travailler nos créations, et de nous distinguer de la masse.

En ce qui me concerne, j'ai toujours trouvé que l'école du scénario était la meilleure des écoles pour comprendre et assimiler les « ficelles » de la narration. Très tôt, bien avant les « formations littéraires » qui lui ont emboîté le pas, ne faisant d'ailleurs, le plus souvent, que reproduire ce qu'elle s'était déjà attachée à enseigner, l'école du scénario a identifié et détaillé une grande technicité, tant dans les principes narratifs que dans l'élaboration des personnages. Une technicité telle, qu'elle est dorénavant étudiée durant trois ans avant de pouvoir être parfaitement assimilée, jusqu'à pouvoir en jouer. Une technicité telle, qu'elle a même ses pontes et grands spécialistes, de Robert McKee à Yves Lavandier.

Pourquoi une telle école ?

Parce qu'écrire un scénario, c'est répondre à un cahier des charges précis. C'est répondre à une contrainte de temps, de budget, de tendance.

C'est aussi assimiler la prédisposition psychologique du futur public, qui aime qu'on lui raconte les histoires d'une certaine façon, et en satisfaisant une certain nombre de points.

Et le résultat, c'est qu'au bout du compte, quand on sait écrire un film, on est capable d'écrire un livre, alors que l'inverse n'est pas forcément valable. Bien sûr, il pourra manquer au scénariste, les indispensables qualités que sont le style, le sens de la musicalité, de la tournure, de la langue. Il s'agit là, d'ailleurs, des véritables expressions du « don » dont on parle parfois quand on pense aux grands écrivains.

Mais le scénariste a un avantage considérable avec la formation qu'il reçoit : le sens de la construction. En scénario, on apprend à bâtir une œuvre, pour pouvoir mieux la raconter. On apprend d'abord ce que signifie « pivots », « catalyseur », « question centrale », « gestion de l'information », avant d'écrire une ligne. On apprend ce que signifie « personnages complexes », « personnages centraux », « faire-valoir du héros », « mentor, messager, trickster, ombre », pour raconter avec maîtrise et envergure.


Je ne dis pas que c'est parce que l'on apprend qu'on est forcément bon !

Je dis juste que cet enseignement-là, m'a aidée, très souvent, à me sentir moins perdue.

A conscientiser ce que je racontais, comment je le faisais,

et à considérablement améliorer ce que j'écrivais.

Raconter, c'est transmettre.

Et pour transmettre efficacement, il faut être intelligible, et intéressant.

L'école du scénario m'a apporté des ficelles et connaissances qui me servent continuellement, et qui ne font que décupler mon plaisir d'écrire, parce que je ne me sens jamais à cours de solutions pour me débloquer, ou m'analyser. Là où certains se demandent encore si ça s'apprend, j'en ai déjà l'intime conviction, et je suis bien contente d'en avoir pris conscience.

Stéphanie Aten

Scénariste et romancière engagée, parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société.

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