L'électrosensibilité est-elle une réalité ?


Le sujet de l’électrosensibilité fait actuellement polémique.

Selon la majorité des médecins, on n'a pas prouvé à ce jour que l’électrosensibilité est un trouble provoqué par l'exposition à certains rayonnements électromagnétiques, et aurait plus probablement une cause psychosomatique.

Les symptômes décrits sont reconnus comme réels, par l’OMS notamment, sans toutefois qu’un lien de causalité avec l’exposition aux rayonnements électromagnétiques ne soit formellement établi.

Des personnes déclarent leurs problèmes de santé en accusant d'être exposées à des ondes radiofréquences, mais personne à ce jour n’a apporté la preuve d’une relation de causalité entre cette exposition et l’électrohypersensibilité (Expertise collective 2009 de l’AFSSET sur les radiofréquences, page 308).

Les effets thermiques des champs électromagnétiques sur le corps et les seuils au-delà desquels ils sont censés se manifester, sont connus (ces limites sont ainsi prises en compte dans la définition des normes d’exposition du public). Mais les individus qui déclarent souffrir d’hypersensibilité électromagnétique affirment réagir à des intensités bien en-deçà du seuil de 0,3 V/m.

Il apparaît que la quasi-totalité des essais cliniques réalisés en double aveugle, dans lesquels les personnes sont exposées à des champs tantôt réels et tantôt complètement fictifs, ont démontré que les personnes se jugeant hypersensibles étaient incapables de distinguer une vraie exposition aux champs électromagnétiques réels d’une exposition simulée et factice.

SOURCES : (James Rubin, J. Das Munshi et Simon Wessely, « Electromagnetic hypersensitivity: a systematic review of provocation studies », Psychosom Med, vol. 67, no 2,‎ mars et avril 2005, p. 224-32 (PMID 15784787)) + (André Aurengo, « Réduire l’exposition aux ondes des antennes-relais n’est pas justifié scientifiquement », Bull Acad Natle Méd., vol. 193, no 9,‎ 2009, p. 2127-2130 (lire en ligne [archive])) + (M. Röösli, « Radiofrequency electromagnetic field exposure and non-specific symptoms of ill health: a systematic review », Environ Res, vol. 107, no 2,‎ juin 2008, p. 277–87 (PMID 18359015, DOI 10.1016/j.envres.2008.02.003))


Pour ceux qui soutiennent l’hypothèse que les ondes électromagnétiques peuvent avoir des effets d’électrosensibilité sur les humains, on relèvera quelques détails contradictoires et gênants pour lesquels on aimerait avoir une réponse :

Lors d'un petit reportage consacré à l'électrosensibilité, diffusé dans l'émission TV "Le magazine de la santé" sur France 5 en avril 2014, j’ai pu observer un homme souffrant qui se protégeait méticuleusement des «ondes» avec divers moyens dont une sorte de cape ample métallisée. Pourtant, j’ai aperçu un ordinateur connecté à internet. Donc il peut utiliser sa box WiFi sans se sentir "irradié" ? De plus, un ordinateur utilise l’électricité, laquelle devait être théoriquement bannie à cause de sa maladie. En effet, dans un rayon d'un peu plus de 1 mètre, les champs électromagnétiques d'un ordinateur sont mesurables au moyen d'un appareil destiné à mesurer les champs électromagnétiques.

Au cours du reportage sur France 5, l’homme souffrant exclut les « ondes nocives », d'après ses intentions, mais les écrans d’ordinateurs émettent aussi un champ électrique… Avec un volt-mètre dont les électrodes sont séparées de 1 mètre, on peut facilement mesurer les fluctuations du champ électrique qui sont plus intenses surtout à proximité de l’unité centrale en cours de fonctionnement électrique.

À part la micro-informatique, j’ai vu dans l’émission TV que l’homme souffrant utilise un appareil électrique qui mesure les champs électriques ou les fréquences électromagnétiques. Bref l’homme se dit rendu malade à cause des ondes extérieures, mais pas des ondes produites par son ordinateur ni par son appareil de détection ? Voila qui est étrange… Encore autant plus étrange, son traitement "thérapeutique" à base d’oméga-3 et d’antioxydants. Comme si les médecines parallèles avaient réponse à tout... On se demande encore quel peut être le rapport avec les ondes électromagnétiques mises en accusation et les oméga-3 et les antioxydants...

Il faut souligner aussi que la Terre baigne depuis des milliards d'années dans un champ magnétique naturel permanent. Ce champ magnétique terrestre ne rend pas malade apparemment... Il n’existe pas d’écran pour bloquer les champs magnétiques. On peut arrêter les ondes radio et les micro-ondes avec un écran métallique plein ou grillagé, mais un champ magnétique, lui, on ne peut pas le filtrer. Deux aimants s’attirent (et se repoussent) toujours entre eux, même si on intercale entre eux une plaque de cuivre ou de verre par exemple.

  • À part le champ magnétique terrestre qui, semble t-il, ne rend pas malade, alors qu’il est partout sur Terre, il faut souligner aussi l’existence omniprésente du CMBR (qui existe depuis le Big Bang), connu sous le nom de rayonnement fossile ou de fond diffus cosmologique.

En effet, depuis le Big Bang, l’univers se refroidit lors de son expansion. Et le rayonnement résiduel existe toujours sous forme de rayons électromagnétiques, maintenant des micro-ondes (de longueur d’onde d’environ 3 millimètres) qui correspondent à une température absolue de 2,7 kelvins, c'est-à-dire -270°C environ.

Ce rayonnement cosmologique fossile est partout, il baigne l'univers entier. Ce rayonnement fossile ne rend pas malade ? Le domaine de longueur d’onde dans lequel le rayonnement fossile se situe est celui des micro-ondes, entre l’infrarouge et les ondes radio. Plus précisément, les longueurs d’onde et fréquence typiques du rayonnement sont respectivement 1,06 millimètres et 100 gigahertz, dans un ordre de grandeur proche de la téléphonie mobile qui utilise des ondes radioélectriques (fréquences dans les bandes UHF allant de 800 à 2 600 MHz). L’existence du rayonnement cosmologique fossile est une des preuves plausibles qui discrédite l’hypothèse selon laquelle les électrosensibles seraient malades à cause des ondes électromagnétiques (même à faibles doses). Lorsqu'on se place à environ 20 ou 30 cm d'une box ADSL, on reçoit un flux radio équivalent au CMBR, en terme de puissance rayonnée (en watt(s) par mètre carré).

  • Autre détail important : que se passe t-il pour les électrosensibles en cas d’orages et de foudre ? Sont-ils accablés par leur mal quand les éclairs puissants lézardent le ciel orageux ?
  • Autre situation : à chaque utilisation d’un IRM dans un hôpital, le champ électromagnétique doit être perçu assez loin à distance par les électrosensibles, non ? En gros, un champ magnétique d’IRM, c’est entre 36 000 et 362 000 fois la valeur du champ magnétique terrestre, ce qui n'est pas rien…

Jusqu’à présent, l’électrosensibilité ouvertement attribuée aux ondes électromagnétiques est une croyance, sans pour autant nier la réalité de la souffrance psychologique des personnes atteintes de ce trouble.

Mais curieusement, ce sont les appareils électriques fabriqués par l'Homme qui sont accusés et les sources artificielles de rayonnement, qui sont diabolisées. Tandis que les rayonnements naturels ne semblent pas incriminés. Pourtant, les rayonnements naturels et artificiels sont de même nature.

L’effet nocebo (qui semble être la véritable cause du trouble en question) semble curieusement sélectif chez les individus qui se disent victimes d'électrosensibilité... Bref, les appareils électriques modernes sont considérés comme maudits, mais les rayonnements naturels (parfois plus nocifs, comme les rayons ultraviolets ou la radioactivité du radon par exemple) sont dédouanés ou superbement ignorés… Là, on a vraiment de quoi exprimer notre étonnement légitime.

En science, c’est la preuve seule qui prévaut. Pas l’intime conviction sans preuves. Cette conviction arbitraire, appuyée et médiatisée par des lobbies, s'arme d'un dangereux principe de précaution dont les effets pourraient être irrationnels et antiscientifiques. En janvier 2013, en France, la ministre de l’Économie numérique a voulu faire passer un message, à raison : il ne faut pas avoir peur des ondes radioélectriques. Elle a en effet mis en garde contre les peurs irrationnelles liées aux ondes des téléphones portables ajoutant que "la dangerosité n'est pas scientifiquement étayée".




© 2016 Philip Tchelovek

  • Est définie comme contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi (Code de la Propriété Intellectuelle, art. L. 335-3). La violation des droits d’auteurs est constitutive du délit de contrefaçon puni d’une peine de 300 000 euros d’amende et de 3 ans d’emprisonnement (CPI, art. L. 335-2 s.).


Philip Tchelovek

Blogueur scientifique. Présent sur Skõp depuis le 19/03/2016. Articles sous copyright, mais vous pouvez partager les URL librement.

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits