Karin Tuil, prix Landerneau des lecteurs, embrasse la réalité faussement insouciante de notre monde

En cette rentrée littéraire, les bonnes feuilles comme les prix se ramassent à la pelle. Parmi la pluie de prix (Femina, Goncourt, Renaudot...), un petit nouveau : Le Landerneau des lecteurs, qui a couronné L’insouciance (Gallimard) de Karine Tuil.

1472, c’est le nombre de pages avalées en 12 jours, 4 heures et 35 minutes lors du marathon de lecture Landerneau. Créé en 2008 par Michel-Edouard Leclerc, le prix Landerneau des Lecteurs était jusqu'ici décerné par un jury de libraires. En 2016, il fait appel à un jury de 200 lecteurs sélectionnés dans toute la France, associés aux choix littéraires des libraires des Espaces culturels de l’enseigne. Ses 1170 libraires ont d'abord sélectionné dix romans, avant d’en retenir quatre. Le dernier des nôtres (Grasset) d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre dont l'énigme tient en haleine et s'écartèle entre hier et aujourd’hui. Continuer (Editions de Minuit)le western initiatique de Laurent Mauvignier qui entraîne le lecteur très loin, dans un pays au nom imprononçable : le Kirghi­zistan. Éclipses japonaises (Seuil) d'Eric Faye qui fait, lui, la lumière sur ces étrangers que la Corée du Nord a kidnappé entre les années 1960 et 1980. Enfin, L’insouciance de Karin Tuil, première lauréate de ce prix Landerneau des lecteurs, qui signe ici son dixième roman. Une fiction en prise avec l’actualité. "Pour la sélection finale, nous avons choisi deux femmes et deux hommes pour respecter la parité et partant du principe que peu de femmes sont louées et honorées par les jurés”, s'est justifié le président de ce jury, Philippe Claudel.

“La littérature n’est pas une compétition”

Un membre de l’Académie Goncourt qui accepte la présidence de ce jury a cautionné notre démarche car on était un peu inhibé au départ”, a avoué Michel-Edouard Leclerc dont l'ambition est aussi de vouloir contribuer à “la diffusion de livres et au-delà créer des points de rencontre entre libraires, lecteurs et auteurs”. Comme quoi même dans le secteur marchand, il est possible d'avoir "cette mission de service public", que revendique le patron des Espaces culturels Leclerc : "défendre des bons livres". A ce titre, l'auteur du Rapport de Brodeck estime que cette rentrée littéraire “interroge le réel et ausculte le monde qui nous entoure. Elle s'éloigne enfin un peu de l'autofiction”. A l’instar de Karin Tuil qui “construit une oeuvre forte et populaire. Beaucoup de lecteurs ont trouvé dans son roman un miroir à doutes, une volonté d’embrasser le monde et de traiter nos peurs. Son livre se lit comme une série télé dont on a envie d'enchaîner les épisodes.” A la remise de son prix, le 5 octobre, la romancière a voulu redire toute son estime pour les trois autres auteurs finalistes. Mais pour la lauréate, “la littérature n’est pas une compétition”. Comme James Baldwin qui aspirait à devenir "un honnête homme et un bon écrivain", Karin Tuil espère décliner ce voeu au féminin. Elle en prend le chemin.

Anne LOCQUENEAUX

Journaliste de profession, l'écriture a toujours été la force qui me meut, comme le jeu avec les mots et l'émotion. Adepte des exercices de style, je connais aussi Paris comme ma poche et comme personne. De l'île de la Réunion à l'île-de-France, “Diversité, c'est ma devise”. Et parce que la proximité, ça me plaît, je me suis fixée comme mission passion l'exploration de ce terrain de jeu géant qu'est le monde avec Vous, ô frères humains.

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