John Hamon : mettez enfin un nom sur ce visage familier

Quelle situation énervante de ne pouvoir mettre un nom sur un visage. Scientifiquement parlant, ce problème s'explique par un léger dysfonctionnement célébral au niveau du thalamus ou du gyrus cruciforme mais n'ayez crainte, ici rien de tout ça. 

Du haut de ses affiches, avec un léger sourire moqueur, la tête d'un étudiant benêt semble nous narguer. Et cela marche. Pourquoi a t-on l'impression de si bien connaître ce visage ? Qui peut bien se cacher derrière ? Pourquoi ? Existe t-il seulement un but à cet étrange portrait ?

Depuis le début des années 2000, John Hamon, nul ne sait si c'est aussi le nom qui figure sur sa carte d'identité, s'amuse à placarder son portrait dans les rues de Paris mais aussi "dans 33 autres pays et 77 autres villes" selon l'artiste. Une simple plaisanterie ? Pas du tout. 

Ce selfie avant l'ère, qui est en réalité une photo d'identité prise à l'âge de 19 ans, cache une réelle démarche militante. Entre le street-artiste et l'homme politique, John Hamon crie sur tous les murs sa revendication : 

"C'est la promotion qui fait l'artiste ou le degré zéro de l'art" 

John Hamon nous livre ici sa définition de "l'art promotionnel". L'étudiant benêt trompe les apparences pour s'inscrire dans la lignée des plus grands théoriciens de "l'art conceptuel" comme Duchamp ou Joseph Kosuth. Il s'agit de s'interroger sur l'essence même de l'art avant de s'intéresser à l'esthétique pour prouver que l'importance d'une oeuvre réside dans sa démarche. L'idée prime sur la réalisation.

Si pour Marcel Duchamp "c'est le regardeur qui fait le tableau", pour John Hamon c'est bel et bien l'artiste qui doit être au centre de l'attention. Il est même le degré zéro de l'art. Derrière toute composition, il y a un artiste et toute oeuvre, toute action humaine est promotionnelle. 

Cette idée explique le fait que depuis 2001, le portrait reste le même. À quelques exceptions près, comme le passage à la couleur ou l'utilisation de l'anagramme Nojnoma. Tout ce qui attire l'attention sur le physique d'une oeuvre nuit à sa compréhension. Un changement d'image ou une quelconque recherche d'ajouts graphiques sont donc purement inutile. 

Pour imposer son message, John Hamon est prêt à tout, même à se condamner à la jeunesse éternelle. L'homme qui a 19 ans depuis maintenant 16 ans refuse de se mettre en avant afin ne pas prendre le dessus sur l'artiste. De rares interviews laissent glisser quelques indices mais de lui on sait finalement peu de choses. De son côté, le phénomène John Hamon prend de l'ampleur.

Depuis quelques mois, le plasticien délaisse l'affichage pour faire les choses en grand. Avoir sa tête projetée sur l'Assemblée Nationale, la tour de Pise, l'Arc de Triomphe ou encore la tour Eiffel, gratuitement et sans commettre aucun délit. C'est possible. Grâce à un puissant projecteur et une certaine détermination.

Dans son combat, John Hamon s'est mué "John Rambo" pour mener une prodigieuse opération de guérilla artistique. L'artiste a contacté le Palais de Tokyo à propos de la projection sur John Hamon qui devait avoir lieu prochainement dans leur enceinte. Lorsqu'ils ont compris que rien de tout cela n'était vrai, les organisateurs ont paru décontenancés et John leur a simplement répondu que c'était aux artistes de reprendre la main sur les institutions et qu'il mettrait en pratique son projet. Avec ou sans leur accord. 

Et voici le résultat. 

John Hamon : mettez enfin un nom sur ce visage familier


Lors de votre prochaine rencontre avec John Hamon, au détour d'une rue ou sur une opulente façade, ne soyez plus frustrés. Ne cherchez ni à mettre un nom sur ce visage familier ni à vous intéresser à l'homme derrière l'oeuvre. Pensez seulement à l'artiste et faites résonner cette phrase dans votre tête : "C'est la promotion qui fait l'artiste ou le degré zéro de l'art".

L.A.


Lucas Aubry

Etudiant en communication avec pour ambition de faire de l'écriture son métier /    Utilise Skõp comme une source de culture mais aussi comme un terrain d'entraînement à la rédaction d'articles / Si intéressé par mon profil, possibilité de me contacter par Facebook ; LinkedIn ; et par mail : lucas.aubry@gmail.com

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