Je suis Charlie

Je voulais partager ce texte avant Nice. Je ne l'ai pas fait. D'un coté je ne voulais pas ramener les gens sur cette idée sombre, et d'un autre j'avais les nerfs de voir à quel point "on" se sentait touché que lorsque cela survenait dans notre pays, ou du moins dans une des puissances mondiales.

Finalement je ne l'ai pas partagé car en y réfléchissant il n'avait pas ce but, ce sens. Je n'avais pas écrit ce texte pour en faire une leçon de morale, non.

Après Nice j'y ai repensé, mais je ne l'ai pas posté. Je ne voulais pas que l'on le prenne comme une sorte de relent de "je suis" ou d'action politique et/ou idéologique quelconque.

Je ne l'ai toujours pas partagé. Alors pourquoi aujourd'hui? Parce que j'en reprends le sens premier, je lui redonne sa vocation, sa seule raison d'être. Je l'ai écrit parce que j'avais mal, et je le publie aujourd'hui parce que je souffre:



Il aura fallut un crime intolérable

Pour avoir une révolte, un rassemblement,

Parasitée par des cons inexorables

(Mais reste tout de même un mouvement).


Où étaient vos poings? Pourquoi attendre autant?

L'air a expiré et les mains sont en retard.

Bien des sujets le méritaient pourtant,

Soutiens éminents ou nouveaux étendards.


C'est comme si soudain on le cherchait.

Alors que les dessins sont vieux de mille ans.

Mais la mémoire humaine soupirait

En devoir futile d'un concept vieillissant.


Et pourtant rare sont les domaines de nos jours

Où le vieux reste présent et acerbe,

Philosophie persistante des beaux jours.

Des idéologies sont tombées et j'ai la gerbe.


Icônes connues sous plume en signature,

Au crayon acéré et à l’œil malicieux;

Par du plomb attardé, moderne censure

Aux œillères, fanatisme fallacieux.


Serait-ce le destin des contestataires?

Des idées bien aimées, bien amenées?

Même sans arme, être révolutionnaire

Mériterait-il d'être condamné?


Si oui, tant pis. Mourront le poing levé !

Contestataires libres et fauchés insoumis

Au lieu de tweeter ou liker notre dîner.

C'est sur que eux, alors, resteront en vie.


La liberté a voulu être aliénée

Par l'oppression de soldats de plomb.

Jouets dans les main d'un fou arriéré,

Enfant capricieux déchu de son oraison.


C'est un poing bien faible qui tient ce stylo

Car le rouge ne sied pas aux linceuls.

Mais je sortirais criant de mon îlot

Pour vous épingler avec ma grande gueule.


En attendant, ces croque-faits, ces croques morts

Ont ma flamme, bougie attristée.

Couchés trop tôt, assassinés à tord.

Seulement pour une mine trop affûtée.


Reposez vous bien, sous terre ou dans les cieux.

Les hommes tombent mais non pas la voix.

Ils dorment dans le frais cresson bleu,

Deux crayons rouges dessinés au côté droit.

Xaman

Un jour poète, une nuit musicien. Un jour écrivain, une nuit esthète. Un jour artiste, une nuit à jouer. Un jour kiné, une nuit anarchiste.

Rejoignez Skōp, c'est gratuit!

Le magazine collaboratif qui vous paye pour écrire, voter & partager.

  • Aucune publicité pour les donateurs
  • Auteurs rémunérés par les dons des lecteurs
  • Contenu exclusif et personnalisé
  • Publication facile de tous vos écrits