Il y a un an, j'écrivais au président de la République...

Lettre ouverte à

Monsieur François Hollande

Président de la République Française

Palais de l’Elysée

75008 PARIS

Le 02 juillet 2015


François,

Je t’écris en toute sincérité cette lettre pour te dire combien je suis très inquiet pour mes concitoyens. Je vais faire court. Je suis conscient du fait que ce ne doit pas être facile en tant que Président de tout concilier et je ne voudrais pas du CDD de cinq ans pour lequel nous t’avons élu. Je ne connais pas la situation à l’Elysée mais ici, tu sais, c’est moche.

Les gens souffrent, quand, sous ton prédécesseur, ils pâtissaient déjà. Ils perdaient déjà leurs droits et leur emploi mais ils espéraient encore. Il faut dire que la situation est bien pire aujourd’hui : par la politique que tu mènes, tu leur as retiré tout espoir d’un avenir meilleur pour eux et pour leurs enfants.

Je sais ce que tu vas penser : qui est-il pour me tutoyer ? Allez, je me présente rapidement. J’ai 47 ans, je vis avec une famille recomposée de sept enfants géniaux et une femme admirable. Au niveau du boulot, je suis un privilégié pour au moins deux raisons : j’en ai un et je suis fonctionnaire territorial.

Au niveau politique, je suis un camarade de longue date. Ou plutôt, j’appartenais à la même famille politique que toi. J’ai même été élu PS et secrétaire de section. Jusqu’en 2012, j’ai cru en toi et je peux même dire que j’ai défendu François quand d’autres ne croyaient déjà plus en Hollande. Je me permets donc de te tutoyer : j’espère que tu ne m’en voudras pas.

Mon combat contre l’injustice n’est pas récent : Il y a 30 ans, je manifestais avec mes parents pour l’école publique et avec mes camarades de classe contre les lois de monsieur Devaquet. Il y a 20 ans, j’étais dans la rue pour dire non à la réforme de la sécurité sociale de monsieur Juppé. Il y a 12 ans, j’y étais encore contre celle des retraites de monsieur Fillon. En 2005, en 2006, en 2009, j’y étais. Il y a cinq ans aussi d’ailleurs, une fois de plus contre la réforme des retraites et cette fois, avec mes enfants. Il y a six mois, je manifestais toujours, mais contre ton gouvernement. Pour la première fois. Manifester contre ceux que j’ai contribué à faire élire. Jamais je n’aurais cru cela possible. Mais ce n’est pas le plus important, tu t’en doutes…

On s’est déjà rencontré à Villemoustaussou dans l’Aude quand, en 2005, tu es venu pour défendre le vote pour le oui au référendum. J’avoue que tu m’avais convaincu de voter pour. Ce qui n’a rien changé puisque les français ont voté contre et que personne n’a tenu compte de leur avis. Je trouvais ça louche. En 2013, j’ai eu des doutes sur ta politique quand tu n’as pas sauvé la sidérurgie, par exemple. En 2014, quand tu as nommé Manuel Valls Premier ministre et qu’il a reçu une ovation de la part du grand patronat, mes craintes se sont ancrées. Il n’y a pas que ces raisons bien sûr mais au fil du temps, je n’ai plus cru en toi, ni en tes actions. J’espérais, moi, le socialiste de Gauche. Je comptais sur des réformes importantes pour le peuple. Je me suis senti trahi et ça, c’est moche. Mais ça, je sais d’où ça vient : j’admirais l’autre François, Mitterrand. J’ai pleuré quand il est mort. Malgré tout ce qui a pu être dit sur lui, il avait porté de jolies réformes.

Il te reste un peu moins de deux ans pour agir et j’ai bien peur que la fin de ton quinquennat ne soit pas meilleure pour le peuple que le début…

Déjà, avoir nommé un banquier comme Ministre de l’économie, en termes de symbole, c’était très fort. Pour le gros actionnariat-patronat et leur syndicat surtout. Parce que pour nous, les femmes et les hommes du peuple, qui ne vivons que de notre force de travail, ce qui nous parle, c’est d’augmenter nos salaires, de diminuer notre temps de travail hebdomadaire et de partir à la retraite le plus tôt possible. En deux mots, de vivre dignement. Ça, ça nous parle. Pas de valoriser un homme qui prône le boulot le dimanche ou qui détricote le code du travail. Et la réforme des collectivités territoriales, tu crois vraiment que c’est ce qu’attendaient les français en priorité ? Non. Et puis, faire le passage en force avec le 49-3, en terme de démocratie, on a fait mieux, non ? Surtout qu’à Gauche, c’est une action que l’on a toujours dénoncée quand la Droite le faisait… Tout comme la « loi renseignement » que tu prônes quand, en 1986-88, on gueulait avec les copains du PS contre trois caméras de surveillance de monsieur Pasqua. Et le « Patriot Act » à la française que tu instaures ? Surveiller les gens, ce sont des valeurs de Gauche, ça ? Non, François, ce sont des méthodes dignes des totalitarismes, de la Stasi ou de la Cia, tu le sais bien, pas des valeurs de la République…

Et je ne te parle même pas de la loi Notre, de la baisse des dotations globales, qui impactent négativement les municipalités et qui, de ce fait, pourront encore moins améliorer le cadre de vie de leurs administrés. Je n’insiste pas sur la réforme des collèges qui, si elle est appliquée, nivellera par le bas les enseignements auprès de nos enfants. J’aurai pu aussi te parler de ces êtres humains désespérés, ces femmes, ces hommes, ces enfants, qui demandent l’asile mais que tu refoules hors de nos frontières. Ou encore du peuple grec, que tu ne soutiens pas face aux intérêts bancaires. Je pense également que les démocraties d’Amérique du sud (ou d’ailleurs) qui luttent en permanence contre des putschistes militaires, des multinationales ou des extrémistes religieux auraient aimé un petit mot de soutien de ta part. Parce que tu sais, quand la France dit quelque chose, elle est écoutée.

Le peuple français demande de la justice, au lieu de cela tu lui colles du contrôle. Il exige de la sécurité, tu lui donnes de la répression. Il souhaite préserver son environnement, tu fais charger les CRS. Il te demande du pouvoir d’achat, tu distribues de l’argent aux multinationales. Il souhaite que tu exportes notre savoir-faire, tu vends des armes de guerre. Il veut du personnel soignant dans nos hôpitaux, tu en supprime…

Il sollicite plus, tu octroies moins. En peu de mots, tu fais le contraire de ce qu’il faudrait faire. Il te demande une politique de Gauche, tu lui en colles une de Droite. Et une sévère, si tu veux mon avis.

A l’heure actuelle, avec les copains du Parti de Gauche et des citoyens révoltés issus d’assemblées, on tente de réintéresser les gens à la chose publique, mais aussi à ce qui pourrait être une constituante pour une 6ème république plus démocratique. On fait ce que l’on peut pour convaincre les françaises et les français de ne pas perdre espoir, pour porter haut les couleurs des idéaux réalisables de la justice et du droit dans un pays respectueux de l’environnement. Je peux te dire que cela nous est difficile, car on doit lutter contre la droite et l’extrême-droite, ce qui est évident, mais également contre le Parti socialiste, qui approuve tout ce qui lui est soumis et surtout le contraire de ce pour quoi il devrait se battre, ce qui est aberrant.

Jusqu’à présent, tes militants et tes élus ont suivi à peu près ta politique… Par crainte de perdre leurs postes, concernant les élus, j’en suis bien conscient. Bien qu’un certain nombre d’élus PS ont courageusement démissionné pour rejoindre les rangs grandissant des indignés, fatigués, outrés et révoltés. Je dis « courageusement » car ce n’est pas facile de quitter sa famille politique. Cela demande une remise en cause profonde de soi-même. Je peux t’assurer que cela s’accentuera encore, surtout si tu continues à faire jouer le chantage du vote utile contre l’extrême-droite… Oh, je te rassure, personne chez nous ne votera pour les fascistes. Mais j’en connais de plus en plus qui ne vont pas voter. Ou qui votent blanc, ce qui, au final, favorise les votes extrême-droitistes. Et je sais que tu le sais.

Ne crois pas que je t’accuse de vouloir mal faire, mais reconnais avec moi que tu n’y mets pas beaucoup du tien pour nous montrer le contraire. Si je pouvais me permettre, j’oserai te conseiller de prendre comme ministres (et comme conseillers) des personnes qui ont déjà travaillé (par exemple) dans un champ, dans une usine, dans un service social ou dans un hôpital. Car ces personnes-là, vois-tu, possèdent un sens du « bien commun » et un sens des réalités que n’ont pas celles qui n’ont jamais fait autre chose que surfer de postes d’assistants parlementaires en postes électoraux.

Rassure-toi, tu as fait de bonnes réformes aussi : disons une bonne réforme. Le mariage pour tous, c’était très bien… C’est juste que ce n’était pas l’urgence, mais c’est très bien quand même.

En réalité, François, nous ne sommes pas très exigeants. Nous souhaitons juste être heureux avec nos proches autour de nous dans un monde plus sain et plus propre, plus juste et plus humain. J’ai bien quelques pistes de travail à te proposer pour aller dans ce sens et c’est de bonne grâce que je te les offre.

Bon, grosso modo, il faut relancer l’économie pour relancer la consommation et financer des mesures sociales fortes. Tu me dis si je me trompe. Sauf que jusqu’à présent, ça ne fonctionne pas car il faudrait faire l’inverse : donner du pouvoir d’achat aux ménages pour qu’ils consomment et, ainsi amorcée, la machine économique et sociale redémarrerait. On est d’accord, mon analyse mérite d’être affinée. Je continue.

Je te file le tuyau mais tu ne dis pas que ça vient de moi si ça t’arrange. Tu passes la durée hebdomadaire du travail à 30 heures (mécaniquement, c’est plus d’un million d’emplois qui sont dégagés), tu lances un grand plan d’embauche dans la fonction publique qui donnera de l’emploi en masse et qui renforcera les services publics, que tu financeras en arrêtant de payer les intérêts de la dette publique (tu sais bien, les 50 milliards d’euros que l’on donne chaque année, soit à peu de choses près le montant de ce que rapporte l’impôt sur le revenu).

Ensuite, tu projettes un plan de grands travaux qui relancera le BTP et fera travailler tous les corps de métier. Tu payes avec des emprunts à taux zéro et tu nationalises les banques qui refusent de coopérer dans ce projet ambitieux pour les françaises et les français. N’oublie pas de passer la retraite non pas à 65 ou 68 ans comme le souhaiterait la droite, mais bel et bien à 58 ans.

Pour l’écologie, adopte un véritable plan de transition énergétique, car je crains fort que la Terre ne supporte plus longtemps toutes les saloperies que les industriels lui font… Ne me dis pas que ce que je te propose est utopiste, des études sérieuses montrent que c’est faisable. Je n’ai jamais dit que c’était simple - ça se saurait - j’ai juste dit que c’était faisable.

Pour faire plus court, renforce les droits de ceux qui travaillent et donne du travail à ceux qui n’en ont pas. Sanctionne aussi tous ceux qui profitent du système et qui ne travaillent pas, c’est-à-dire les gros actionnaires qui s’en mettent plein les poches et ne redistribuent rien. Parce que, entre nous, je ne veux pas croire que tu favoriseras ceux qui ont tout plutôt que ceux qui n’ont rien.

J’ai failli oublier de te parler des services publics qui existaient, comme la Poste, la SNCF, les télécoms, GDF, EDF… Pourquoi avoir tout balancé au privé ? Tu sais très bien qu’ils feront des profits sur notre dos sans aucune garantie ni meilleur service en contrepartie.

Et puis aussi, tant que j’y suis, refuse tout accord dans le cadre du GMT-TAFTA, cette alliance contre-productive et dangereuse pour notre pays.

Une dernière suggestion de ma part : propose de vraies réformes au peuple français, qui amélioreront son quotidien. Et donne-lui des explications sur ce que tu peux ou ne peux pas faire, sans tourner autour du pot. Par exemple, en nommant les financiers qui t’en empêchent ! Tu subis des pressions de l’Europe ? Des multinationales ? Du monde de la phynance ? Des militaires ? Des curés ? Un fou furieux qui t’oblige à faire des choses (politiques) contre nature ? C’est quoi le problème ? Dis-le nous si tu veux que l’on puisse t’aider. Tu peux même organiser un référendum pour qu’on t’aide à la décision…

Tu verras, je te le prédis, quand le peuple aura du boulot, de quoi se soigner et faire grandir ses mômes correctement (et de quoi partir en vacances aussi !), il ne t’embêtera pas. Mieux : il revotera pour toi ! C’est gagnant-gagnant ! Et quand tu feras baisser l’âge de départ à la retraite et le temps de travail hebdomadaire, crois-moi, c’est un coup à passer à la postérité, ça ! Je ne te promets pas le Panthéon, mais l’humaniste que le peuple reconnaitra en toi sera porté en exemple.

Que diront les français ? Et les européens ? Quand des allemands ou des anglais nous diront : « François Hollande, c’est celui qui a rendu les français heureux ?», et que nous leur répondrons : « Oui oui, c’est bien lui, même si cela a été difficile au début ! ». Je te parie qu’ils nous prendront en exemple, qui deviendra la règle pour l’Europe entière. Bon, d’accord, peut-être pas les anglais. Mais les autres pays, oui ! Imagine le slogan : Après Victor Hugo, il y a eu Jean Jaurès. Maintenant, il y a François Hollande ! Ça pète bien ! Et ça a quand même plus de gueule que les médisants qui chantent : « Hollande, l’autre pays du chômage », non ?

Honnêtement, tu ne préfères pas que les français gardent de toi une image positive ? Regardons un peu en arrière : l’Histoire ne retiendra du précédent Président que : Bling-Bling. Et encore je n’en suis pas sûr. Personnellement, je ne me souviens que d’un homme qui mange dans des restos très chers, qui voyage en yacht avec une montre de trois kilos au poignet, qui s’énerve et traite les gens de povcon. Demande autour de toi, tu verras, ils te confirmeront. Je pense que tu mérites mieux que ça. Mieux qu’un surnom réducteur. Alors bien sûr, tu auras des ennemis, beaucoup d’ennemis, notamment dans le monde de la finance et à ce sujet je… Non, je n’en parlerai pas mais tu avoueras que tu t’es attiré plus d’amis dans ce milieu que dans le milieu populaire…

Parce que ce qui va se passer, si tu ne fais rien ou si tu continues sur cette voie, c’est que d’élection en élection, l’extrême droite va encore progresser et elle aura de plus en plus d’élus. Et tu sais très bien ce à quoi on aboutit quand le fascisme s’empare du pouvoir. Je ne veux pas croire que c’est ce que tu souhaites. Je constate néanmoins que dans plus en plus de villes, de départements ou de régions, les élus en maillots roses sont remplacés par des élus en chemises brunes. Ne compte pas sur un sursaut républicain, ni sur le fait que le peuple se rebelle : il ne croit plus en rien. Tu sais, quand les gens perdent leurs droits, ils en oublient leurs devoirs… Nos concitoyens sont fatigués, usés, désabusés, meurtris.

Il y aurait encore plein de domaines et de sujets dont il faudrait que je te parle mais je vais m’en arrêter là car je me doute que des courriers comme le mien, tu dois en recevoir des dizaines par mois. Peut-être même des centaines. Alors voilà, il fallait que je t’écrive tout cela pour qu’un jour, si mes enfants me le demandent, je puisse leur répondre que j’ai fait ce que j’ai pu pour leur rendre la vie meilleure, que je me suis battu aux côtés de ceux qui n’ont rien ou si peu, que j’ai lutté toute ma vie pour que les droits et les devoirs soient non pas égaux mais équitables entre tous.

In fine, je pourrai même leur dire que j’ai écrit au Président de la République pour qu’il change sa politique…

Bon, François, je te laisse, je ne souhaite pas te faire perdre ton temps plus que nécessaire car je sais que tu as beaucoup de travail. J’allais ajouter : contrairement à beaucoup de français… Mais ma remarque humoristique ne me fait même pas rire. Merci de m’avoir lu, toi ou ton équipe, qui vit peut-être aussi les mêmes difficultés d’ailleurs. Pour tout te dire, je crois que tu n’auras même jamais connaissance de ma lettre. Mais ce n’est pas grave, j’aurai eu l’impression de m’exprimer.

J’espère néanmoins avoir pu apporter un regard juste au plus près de ce que vivent mes concitoyens. Tu sais, je vais même te dire : si les copains lisent cette lettre que je t’adresse, ils vont me dire que franchement, j’aurai dû être plus sévère, plus dur avec toi. C’est te dire à quel point nous nous sentons trahis. Mais je ne suis pas comme ça. Je n’implore pas, je ne quémande rien, je ne supplie pas non plus. Je garde ma dignité et je tente de redonner la leur à ceux qui l’ont perdue. Je ne hurle pas ma détresse ni celle de mes concitoyens. Je te l’écris, c’est tout.

Ton quinquennat a commencé sous la pluie et depuis, nous sommes dessous aussi. Mais l’orage gronde et je préférerai quelques rayons de soleil, des éclaircies plutôt que des nuages sombres qui s’amoncellent. Et puis, on est au début de l’été, il est plus que nécessaire que revienne le temps des cerises. Je me doute bien que tu te diras que j’ai tort. Pour certaines mesures à adopter, on peut en discuter mais humainement, tu sais que j’ai raison. Pour nous, c’est l’humain d’abord et c’est de notre vécu quotidien dont je te parle ici. Je te donne malgré tout l’impression de t’accabler ? Non, car je suis conscient que ce n’est pas facile pour toi. Tout seul, on ne peut rien. Avec les copains, nous pouvons t’aider à réussir là où pour l’instant tu as échoué. Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi ou écris-moi (ou envoie un sms si tu préfères) et je t’aiderai sincèrement du mieux que je peux. A plusieurs, on peut beaucoup.

Bon courage à toi.

PG (post-graphicum) : Dis à tes ministres, s’ils veulent voir un match de foot à l’étranger, qu’ils n’oublient pas de payer toute la facture. Et de payer leurs impôts aussi. Parce que ça la fout mal, sinon.

PG2 : Je me rends compte que tout compte fait, je n’ai pas fait si court que ça. Je te prie de bien vouloir m’en excuser. Merci.

Addendum du 30 mai 2016 : Je précise que je n'ai jamais reçu de réponse...

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