Il le savait

Il le savait.

Il savait qu'il n'aurait jamais dû venir à cette soirée.

Il l'avait pressentit pourtant. Que quelque chose de mal allait se passer. C'était une sensation qui l'avait pris au ventre au réveil et qui ne l'avait plus quitté. Plusieurs fois, il avait failli appeler Anna pour lui dire qu'il ne viendrait pas. Il aurait pu prétexter n'importe quoi. Une réunion tardive au travail, une fatigue trop intense, le fait qu'il soit soudainement tombé malade. Il aurait même pu ne rien prétexter du tout. Anna aurait compris. Elle comprenait toujours.

C'était sa sœur, après tout. Sa sœur jumelle.

Les deux s'étaient toujours bien entendus. Ils avaient été plus proches que n'importe qui, chacun se faisant le confident de l'autre. Leur peines, leurs joies, leurs secrets... ils se partageaient tout, absolument tout. Jamais au grand jamais, il ne s'était cachés quoi que ce soit. Même à l'adolescence, au temps de leur premiers amours, ils s'étaient tout dits.

Leur environnement familial avait beaucoup joué là-dedans. Un père disparu peu de temps après leur naissance, ne pouvant supporter le fait de s'occuper de deux enfants à la fois, et une mère dont le seul échappatoire était l'alcool. Lui et Anna s'étaient toujours serrés les coudes. Ensemble, ils auraient pu affronter des tornades. C'était quasiment ce qu'ils avaient fait d'ailleurs, à devoir supporter les trop grandes crises de colère de leur maternelle. Il se revoyait, serrant sa sœur fort dans ses bras, lui disant que ça ira mieux demain, et que tant qu'ils seraient tous les deux, rien ne pourrait leur arriver. Ils se sentaient si forts, si courageux. A deux, ils devenait imbattable. 

Même une fois en âge de trouver un travail, ils n'avaient pas hésité une seconde avant de prendre une colocation, un petit appartement qui n'était pas des plus luxueux, mais ça leur suffisait. Ils étaient tous les deux, après tout.

Oui mais voilà, le temps passait toujours, emportant avec lui les souvenirs d'enfance, les amitiés et la complicité. Il avait suffit d'une dispute, énorme, c'était juste après la mort de leur mère. Anna avait claqué la porte de l'appartement. Elle avait rencontré quelqu'un, un riche héritier d'une grande compagnie, et voulait finir ses jours avec cet homme.

Et lui, de son côté ? Lui était resté seul. Même Bobby, le poisson rouge, avait fini par le délaisser. Lui, il n'avait jamais fait d'études, il avait cherché des petits boulots ici et là, tout juste de quoi vivre. Il avait pris n'importe quelle occasion qui se présentait à lui, tant que ça pouvait lui rapporter. C'était peut-être pour ça qu'il avait si facilement accepté ce boulot. 

Un boulot qui allait lui rapporter de l'argent, ça oui. Mais en tout illégalité. L'absence d'Anna l'avait fait dérivé de son bon sens moral. Quelques années après qu'il eu commencé, sa sœur revint vers lui, mais il était déjà trop tard. Ils reprirent contact cependant, mais il ne lui parla jamais de son "métier" et surtout pas du Glock qu'il portait en permanence caché sous son manteau, ni des quantités incroyable de cocaïne qu'il gardait dans son grenier, ni de ces gars qu'il avait abattu froidement, "parce qu'ils le méritaient". 

Et puis, Anna l'avait invité à cette soirée. Un moyen de renouer leur lien, disait-elle, de se parler un peu de leur vie. Ils s'étaient revus, à un café ou dans un petit restaurant, mais ils ne s'étaient racontés que leur souvenirs d'enfance. Mais Anna voulait en savoir plus sur son frère, sa vie actuelle. Et ce dernier s'était laissé prendre au piège. Il avait dit oui.

Il faillit faire demi-tour de nombreuses fois. Mais quand il se gara devant la petite maison, il sut qu'il était trop tard. Sa jumelle était déjà là, grand sourire aux lèvres. Elle l'attendait. Ils s'embrassèrent, et pendant un instant, il cru que tout irait bien.

C'est quand il entra dans le salon que tout bascula. Il le remarqua direct. Cet enfoiré. Il était assis sur le canapé, une cigarette aux lèvres. Leurs regards se croisèrent et le fumeur se leva d'un coup. Son cri résonna dans toute la maison et les invités accoururent bien vite. Suffisamment vite en tout cas pour voir le frère d'Anna passer une main sous son manteau et en ressortir son arme.

Un coup de feu.

Un cri.

Plusieurs.

La plupart des invités sorti en courant. L'autre appela la police, avant de partir à leur tour. Anna, elle, était restée là. Contemplant la scène. Ne pouvant que constater l'impossible. Son frère venait de tirer sur son mari.

Le sang se répandit sur le sol, et la femme pensa bêtement que ça lui coûterait sacrément cher de remplacer la moquette. Quand elle revint à la réalité, c'est vers son frère que ses yeux se tournèrent. Elle lui hurla de donner une explication. Il ne répondit rien. Elle n'aurait pas pu comprendre.

Personne ne pouvait comprendre, il n'y avait que lui. Personne ne devait comprendre. Comme s'il ne s'était rien passé, il remercia chaleureusement Anna de l'avoir invité, fini le verre de vin que sa victime n'avait pas eu le temps de finir, puis il pris sa voiture et repartit.

Anna n'eue pas la force de l'arrêter.

Quand la police arriva, elle ne sut quoi leur raconter. Elle inventa qu'un étranger s'était introduit chez elle et avait tué son mari. Elle ne pouvait même pas dire la vérité. Elle n'en avait pas le courage.

Anna attendit. Elle attendit que son frère lui donne une explication.

Cela n'arriva jamais.

Car personne ne devait savoir.

Personne, même les lecteurs de cette histoire.

Car si la vérité était dite...

Hum. Non.

Ça non plus, il ne pouvait pas le révéler.



Doctor Whoops

J'aime écrire, beaucoup de choses, de toute sorte, des histoires surtout, afin de laisser mon imagination s'exprimer.

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