HYPERSEXUALISATION : AVONS-NOUS FRANCHI LE POINT DE NON-RETOUR ?

Il y a quelques de temps de cela, je menais quelques recherches sur «l’hypersexualisation », et puis je me suis dit pourquoi ne pas en parler dans cet article ? Alors, plutôt qu’adopter une posture moralisatrice, dans cet article je veux simplement mettre en lumière quelques réflexions, qui je l’espère seront pertinentes à vos yeux.

• L’hypersexualisation c’est quoi ? :

« L’hypersexualisation consiste à donner un caractère sexuel à un comportement ou à un produit qui n’en a pas en soi. C’est un phénomène de société selon lequel de jeunes adolescents [et jeunes adultes] adoptent des attitudes et des comportements sexuels jugés trop explicites*. Elle se caractérise par un usage excessif de stratégies axées sur le corps dans le but de séduire et apparaît comme un modèle de sexualité réducteur, diffusé par les industries à travers les médias, qui s’inspire des stéréotypes véhiculés par la pornographie : homme dominateur, femme-objet séductrice et soumise. » —

*Terme que j’ai changé.

Cette définition rend bien compte que l’hypersexualisation est un phénomène social par l’ampleur qu’elle représente dans la société, par les pratiques psychosociales qu’elle génère auprès d’une catégorie de la population, mais aussi par les diverses réflexions/débats qu’elle suscite dans les sphères publiques et privées.

Aujourd’hui, les fortes audiences suscitées par des « artistes » tels que : Rihanna, Miley Cyrus, Beyoncé, Nicki Minaj et Lady Gaga etc. me donnent l’impression que nous avons franchi un nouveau palier dans le monde de la provocation, de la suggestivité, tout cela dans un décomplexe total. Bien évidemment, je n’oublie pas les artistes masculins qui continuent à promouvoir l’image de la femme-objet : exemple, Robin Thicke – Blurred Lines ft. T.I et Pharrell.

J’observe un certain paradoxe, dans la mesure où plusieurs générations de femmes se sont battues [et continuent à se battre] pour « réhumaniser » l’image de la femme, la désassimiler aux pratiques domestiques, et plus généralement à l’image de la « femme-objet ». Ces artistes féminins en l’occurrence, aussi émancipées soient-elles, semblent adopter une posture plus ou moins autodestructrice et aussi étrange que cela puisse paraitre : misogyne.

Tout le monde s’accorde sur le fait, que nous sommes de plus en plus confronté à des représentations suggestives, sexuellement subliminales ou explicites lors de la consommation d’un contenu culturel (séries, films, clips, concerts, articles, etc.) à travers un support médiatique (télévision, internet, presse écrite, etc.).

À qui la faute ? Serait-ce le fruit d’un cocktail explosif ? Entre la libération des mœurs, où on est passé d’une sexualité « bridée », contrainte par une lourde morale, et régie par le cadre institutionnel (mariage) à une sexualité totalement opposée libre, détachée, associée au domaine du plaisir et du bien être. Associé à la liberté d’expression, où les médias de masse, véhiculent une quantité telle d’informations qu’il devient de plus en plus difficile de la réguler.

Les raccourcis sont plus toujours faciles, surtout lorsqu’on sait que la structure globale de ce phénomène est une minutieuse imbrication de mécanismes complexes.

Ce qui m’interroge c’est la manière dont ces représentations culturelles, sexualisées selon différentes échelles, sont intériorisés par le consommateur, et quels sont les comportements et schémas de pensés qu’elles suscitent.

Ces artistes que l’on retrouve sur scène, dans les clips et autres milieux culturels, sont en réalité des personnifications de stéréotypes, de fantasmes, de mythes que l’on voudrait tenir pour « vrais ». On peut étendre cet argument, au monde du cinéma.


Souvent jeunes, rebelles, séductrices, sensuelles, et aux trois quarts dénudés. Ces protagonistes, transmettent des codes erronés à un auditoire, n’ayant pas toujours le recul nécessaire pour émettre un jugement « objectif ».

Devant la caméra, ou sur scène, elles se contorsionnent, elles « twerkent », elles adoptent des postures suggestives, explicites, venant illustrer ce sexualisme omniprésent et débridé.


Un sexualisme notamment lié à l’expérience visuelle, qui de manière prolongée et répétée, vient neutraliser nos représentations et y placer de grotesques caricatures, de ce que devrait être une femme [ou un homme].

Le morcellement visuel des corps (ex. Les hanches, la poitrine, les cuisses, etc.. ), ces zooms répétés sur les zones susceptibles d’entrainer une « frénésie des sens » altèrent psychologiquement la perception du corps.

L’hypersexualisation est souvent liée aux filles et à l’adolescence, ce qui nous renvoie à cette période de transition à l’âge adulte, où le sujet se cherche, éprouve le besoin de renforcer son égo auprès lui-même, mais aussi auprès de son l’entourage.

On peut observer dans la tranche des 15-25 ans, dont je fais partie, l’importance de l’apparence, de la mise scène de soi par exemple sur les réseaux sociaux, où le souci de l’image accuse une certaine dérive narcissique.

« Des études américaines [Caroline du Nord] ont indiqué que Facebook pouvait procurer une dépendance très forte notamment sur les tendances narcissiques, les troubles mentaux ou encore sur l’empathie virtuelle. En effet, de très nombreux adolescents utilisant Facebook s’en servent pour améliorer leur image et leur estime de soi. Ainsi, ils consacrent extrêmement de temps à se construire une vie virtuelle. »

(Source : http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/facebook-est-dangereux-parce-qu-il-developpe-le-narcissisme_1127416.html#gbzSQZpXGev24yBM.99 )

L’hypersexualisation se traduit également par une évolution du langage corporel envoyant des messages de plus en plus sexualisés :

« Dans la pratique, l’hypersexualisation se reconnaît principalement par les tenues vestimentaires qui mettent en évidence certaines parties du corps (décolleté, pantalon taille basse laissant apparaître le caleçon/le string, pull moulant, etc.) et par les attitudes et postures à caractère sexuel, qui envoient un signal de disponibilité sexuelle (se passer la langue sur les lèvres, se déhancher, bomber le torse, etc.) ». 


« D’un point de vue social, en reprenant un concept du sociologue P.Bourdieu, ces images modifient ce qu’on appelle l’hexis corporel qui est un ensemble de dispositions pratiques corporelles, manières de se tenir, de parler, de marcher… Autrement dit, ces dispositions corporelles ne sont pas naturelles, mais socialement construites, font sens et tiennent leur logique du contexte social et du système des représentations qui les construisent. — Pierre Bourdieu « Le sens pratique » (1980) »

A-t-on franchi le point de non-retour ? Difficile de répondre, « presque » j’ai envie de dire, dans la mesure où il faut véritablement déraciner ce vieux chêne qui s’est solidement fixé au sol au fil de ces dernières décennies.

Et selon vous, avons-nous franchi la ligne ?

Qu’en pensez-vous ?


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