Grossir le ciel – Franck Bouysse

« Grossir le ciel » – Franck Bouysse

Éditions La manufacture de livres – Collection Territori

Il y a quelques semaines, j’ai lu Grossir le ciel de Franck Bouysse.

Tu sais, c’est le livre qui te fait marcher dans les Cévennes, avec un type qui te parle pas.

Il te parle pas parce que le type c’est un taiseux.

Les taiseux, c’est rare.

De plus en plus rare.

C’est surtout rare de les croiser dans un bouquin.

Rare de les suivre, en te disant que tu voudrais bien qu’ils te racontent un peu.

Lui, il te raconte rien. Alors tu marches avec lui.

Quand tu marches, t’as les pieds qui s’enfoncent dans la neige, et si tu tends un peu l’oreille, tu l’entends crisser, la neige.

Alors tu vis un hiver avec lui.

C’est long, l’hiver dans les Cévennes.

Il fait froid.

Et y a pas grand-chose pour réchauffer l’atmosphère.

Même la télé, quand elle annonce la mort de l’abbé Pierre, elle réchauffe rien.

Au contraire.

Tu sens juste que Gus, il est loin du monde.

De notre monde.

Même pas sûr qu’il l’intéresse d’ailleurs, notre monde. Celui où on consomme, où on communique à coups de réseaux plus ou moins sociaux…

Parce qu’il s’appelle Gus.

Son chien, c’est Mars. C’est joli comme nom de chien.

Il a un pote. Abel.

Pas vraiment un pote.

Un voisin.

Mais comme c’est le seul qui habite pas trop loin de chez lui, il le considère sans doute comme un ami.

Sans doute.

D’habitude, les enquêtes, j’accroche pas. Je te l’ai dit déjà.

Pas mon truc.

Ce qui m’accroche, c’est ce que tu prends dans la tête quand tu lis.

Ben là, tu prends grave.

Toutes les deux pages, tu reçois une grande baffe à coups de mots.

Toutes les deux pages, t’as une phrase qui te crucifie.

Alors tu tournes les feuilles de papier, pour être sûr de ne rien rater.

Et surtout, pour te prendre la suivante dans la gueule.

Suis même pas sûr que ce soit judicieux de te raconter l’histoire.

Alors je vais rien te dire.

Va l’acheter.

Commande-le chez ton libraire.

Ah si.

Un truc.

J’ai senti l’amour de Mars, à travers ses yeux de chien.

Et j’ai senti l’amour de Gus pour son chien.

T’as déjà essayé de transcrire ça avec des mots écrits ?

C’est juste pas possible.

Franck Bouysse, lui, il y arrive.

Et finalement, tu te rends compte toi aussi, que :

« Le Diable, il habite pas les Enfers. C’est au Paradis qu’il habite. »

http://www.leslivresdelie.com


Nicolas Elie

J'écris, je lis, puis j'écris...

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