FAUT-IL SE MÉFIER DES POMMES BRILLANTES ?

One apple a day keeps the doctor away (une pomme par jour par jour éloigne le médecin) disent les Anglais. « Pourvu que l'on vise bien » a ajouté Winston Churchill, tandis que Michel De Northgate rappelle qu’ « il suffit d'une pomme pourrie pour gâter tout le tas ». J’adore les pommes et j’en croque des kgs pendant la saison, d’octobre à janvier. Je les avale tout rond, avec la peau, les pépins, tout !!! Autant dire qu’elles ne font pas long feu dans le panier à fruits.

Si je déteste la Golden, la variété la plus consommée en France, je raffole de la Gala d’un rouge intense et brillant, dont la chair est douce et croquante et de la Reinette si parfumée. Je ne boude pas la Granny Smith aigre-douce d’un joli vert vif et j’apprécie aussi la Reinette grise du Canada, croquante et acidulée. Je vous épargne l’infinie diversité (plus de 2 000 variétés) de ce fruit - Fuji du Japon et autres Braeburn de Nouvelle-Zélande - dont on prétend dans la Bible qu’il a apporté la connaissance à l’homme et causé sa chute du paradis.

La pomme est parée de mille vertus : riche en antioxydants , elle booste le système immunitaire, fait baisser le taux de mauvais cholestérol LDL, coupe la faim et aide à maigrir. En manger régulièrement est la garantie d’une belle peau et d’un bon transit intestinal. Les personnes qui mangent régulièrement des pommes réduiraient de près de 30% les risques de syndrome métabolique lié au diabète ou aux maladies cardiovasculaires (Sources Relax News) et présenteraient une pression sanguine moins élevée (National Health and Nutrition Examination). Le fruit défendu préviendrait aussi le cancer de la prostate, du colon (Journal of Nutrition, avril 2008) et des poumons et permettrait de diminuer les risques de bronchite du fumeur, tout en aidant ses consommateurs à garder un tour de taille moins important.

Riche en fibres, en vitamines et en minéraux indispensables à notre organisme, une pomme de 150 grammes apporte entre 60 et 75 KCalories et peut se manger partout. C’est le mets santé par excellence, un alicament à l'état brut . Bref quand vous mangez cinq fruits et légumes par jour, n’oubliez pas les pommes. D’ailleurs la pomme m’a aidée à arrêter de fumer sans trop de mal : quand j’avais envie d’en griller une, je croquais une pomme!Rien de tel donc qu’une pomme appétissante et bien brillante.

Pourtant, n’avez vous jamais eu l’impression de passer devant une station essence en croquant dans votre fruit favori ? On a vu récemment fleurir les posts rédactionnels et vidéo sur une « cire toxique » qui enrobe les pommes. Vrai et Faux affirment chercheurs et producteurs de pommes. Ces enrobages de cires utilisés pour protéger les fruits et légumes de la déshydratation lors de leur entreposage sont comestibles. Ils peuvent néanmoins contenir des traces d’allergènes, comme les arachides, les noix, les graines de sésame, le lait, les œufs, les produits de la mer, le blé, le gluten, les sulfites et les protéines dérivées. Or, les cires et enrobages protecteurs ne sont pas toujours réglementés comme des additifs alimentaires. Si l’huile minérale, la paraffine et la gelée de pétrole sont interdites, au Canada, les fabricants de ces produits ne soumettent pas leurs formules destinées aux fruits et légumes frais à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

La « cire toxique » dont il est question contient de la morpholine et son dérivé, la N-nitrosamine, contre lesquelles l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a diffusé des mises en garde, car elles ont un effet cancérogène chez les animaux. Ce produit, très utilisé par l'industrie agroalimentaire, permet d'étaler la cire de manière uniforme sur les pommes qui sont trempées, après la cueillette, dans un bain de cire par les emballeurs ou les producteurs. On trouve aussi de la morpholine dans le traitement à la vapeur des aliments, dans les emballages alimentaires et dans des shampoings, des cosmétiques, des articles de toilette et des produits en caoutchouc (sucettes et biberons). Attention donc, si vous mangez des pommes au Canada, qui n’a pas encore statué sur la dangerosité de la morpholine.

Selon l’Interfel, l’Association interprofessionnelle des fruits et légumes frais, la morpholine est interdite en Europe et on n’en trouve donc pas dans les produits utilisés en France (sauf en cas d’importation ou de fraude). Les producteurs rappellent que la pellicule blanche qui recouvre les pommes est naturelle, mais qu’elle disparaît lors du lavage des fruits. Des produits sont alors utilisés pour conserver les pommes et améliorer leur aspect, comme les cires naturelles « pomme » qui leur redonnent un éclat apprécié. Dans la composition de ces produits entre une « cire à base de shellac (E 904) », une gomme issue de la sécrétion d’une cochenille asiatique ou de la cire d’abeille. Sachant qu’en France, la pomme est principalement cultivée dans les régions PACA, Pays de la Loire et Midi-Pyrénées (57% de la production), je suis rassurée sur l’innocuité de la cire.

Mais j’apprends aussi qu’en France, des prélèvements effectués dans les vergers de pommes du Limousin, de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Midi-Pyrénées fournisseurs de la grande distribution (Auchan, Carrefour, Casino, Leclerc, Intermarché et Magasins U), ont révélé la présence d’un pesticide particulièrement dangereux dans certains échantillons de sol, le chlorpyrifos, qui peut causer des troubles de l’attention et du développement intellectuel chez les enfants. Inquiète, la « pommophage » que je suis poursuit son investigation et découvre qu’« en France, une pomme qui n’est pas issue de l’agriculture biologique subit en moyenne trente-six traitements chimiques », que la fréquence de traitement des pommes  est plus élevée que pour d’autres fruits dans l’Hexagone (Rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) 2010).

Cet usage des pesticides dans la culture des pommes reste-t-il dans les limites de la loi? Non, dit la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), 1,4 % des légumes et 1,7 % des fruits dépassaient la teneur maximale en pesticides autorisée en 2010. Même les pommes bio subissent des traitements à base de pesticides à des doses et pour un nombre de pulvérisations inférieur (INRA, 2009). Pour couronner le tout, Greenpeace a publié en juin 2015 un rapport intitulé « Pommes empoisonnées - Mettre fin à la contamination des vergers par les pesticides grâce à l’agriculture écologique ». Basé sur des tests effectués sur des échantillons prélevés dans des vergers en agriculture conventionnelle de 12 pays en Europe, il prouve que les pesticides utilisés pour la production des pommes, dont sept non autorisés par l’Union européenne, contaminent les eaux et les sols. De plus, 72% des échantillons prélevés dans les eaux contiennent des résidus de pesticide.

La « pommophage » défaille, que faire pour pouvoir continuer à me goinfrer du fruit défendu, sans risque pour ma santé ? Tout d’abord suivre les conseils du ministère de l’agriculture et laver systématiquement mes fruits et légumes pour en réduire les traces de pesticides. Certains préconisent d'éplucher systématiquement les pommes, mais d’autres rappellent qu’une partie des fibres et des vitamines se trouvent surtout dans la peau. D’autres encore, optimistes et compatissants, préconisent de consommer des pommes moins belles, les fameux " fruits et légumes moches" très tendance actuellement, mais beaucoup plus naturelles et plus goûteuses.

J’ai choisi une autre méthode pour enlever un maximum de pesticides et autres produits suspects de mes pommes. En rentrant du marché, elles filent directement dans la cuisine, pour que je ne sois pas tentée d’un croquer une. Je les fais tremper dans un mélange d'eau et de bicarbonate de soude, conformément aux recommandations d'une étude publiée dans le Journal of Agricultural and food chemistry. Les chercheurs ont soumis des pommes Gala bio aspergées de pesticides à trois lavages différents: un mélange d'eau et de javel (utilisé aux États-Unis pour laver les pommes avant de les vendre), de l'eau du robinet et un mélange d'eau et de bicarbonate de soude (1%). Ils ont ensuite rincé les pommes à l'eau claire. Il s’ensuit qu’après deux minutes, le mélange avec bicarbonate de soude enlève plus de pesticide que les deux autres méthodes. Il faut laisser tremper les pommes au moins 15 minutes pour vraiment retirer tous les résidus de pesticides, afin que seule une petite partie des produits reste sur la pomme, après avoir pénétré la peau. L'étude préconise donc, pour être sûr d'enlever un maximum de produits chimiques, de rajouter une cuillère à café de bicarbonate de soude (l’auxiliaire de la ménagère) pour 500 ml d'eau pour laver les pommes.

Pour finir, j’offre à votre réflexion cet aphorisme de George Bernard Shaw “Des millions de gens ont vu tomber une pomme, Newton est le seul qui se soit demandé pourquoi.”

Allez, je vais m’en croquer une…

Image Dreamstime


Signara

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