Est-ce que le regard des autres importe tant?

Traverser seule une rue bondée, quelques amis assis en terrasse autour d'un café ricanent un peu trop fort. Est-ce de moi qu'ils rigolent? Est-ce mon look, ma démarche? Mince, je dois avoir une tâche sur moi! Est-ce que j'ose un regard furtif? Allez courage, après tout je me fais peut-être des idées. Les trois jeunes amis ont leur regard porté sur le téléphone que tient l'un d'entre eux. Sûrement la dernière vidéo à la mode sur Internet.

Ne peut-elle donc pas marcher simplement dans la rue, sans imaginer qu'un inconnu la  regarde passer et la juge sur son apparence? 

Etre invitée à un premier rendez-vous, se faire belle, mettre une robe (la seule que j'ai), aller au restaurant, commander une salade niçoise parce qu'un plat de pâtes à la carbonara, ça fait un peu bouffe entre copains. Aller dans un bar branché, éviter le regard des femmes dont les robes sont plus courtes que ma culotte. Boire des kirs à la mûre alors qu'il y a de la bière fraîche dans mon frigo. Finir la soirée chez lui. Se demander ce que je fais là. Se réveiller et filer dans la salle de bain pour me refaire une beauté avant qu'il ouvre les yeux et qu'il parte en courant en me voyant au naturel. Enfin, le pauvre, il est chez lui. Je vais lui épargner le malaise. Je laisse un petit mot, et m'en vais, avec la sensation d'avoir commis un crime.

Ne peut-elle donc pas sortir simplement comme elle le souhaite, comme elle a envie d'être, sans avoir peur qu'on la juge sur sa véritable nature? Après tout, pourquoi lors des premiers rendez-vous, elle devrait jouer la carte de quelqu'un qu'elle n'est pas simplement pour être sûre de séduire la personne concernée? Autant la préparée dés le début à ce qui pourrait l'attendre par la suite! Cela évitera les mauvaises surprises plus tard. Finalement ce soir là, elle aurait dû lui proposer de venir à la maison manger des pizzas devant le match de foot. Au moins il aurait été content.

Aller à un entretien pour un travail que je souhaite vraiment. Etre stressée. Transpirer dans le bus. Merde, comme si c'était le moment. Attendre dans la salle d'attente. Répéter une énième fois dans ma tête ce que je veux lui dire, croiser mes jambes, décroiser mes jambes. Entrer dans le bureau. Etre polie, vanter mes qualités, réfléchir à ce que je dis de peur que cela soit mal interprété. Eviter au maximum son regard car cela m'intimide et me fais perdre mes moyens. Non mais ressaisi toi là, c'est juste un mec en costard cravate assis derrière son bureau qui attends que sa maîtresse lui donne un prochain rendez-vous.

Ne peut-elle donc pas aller à un entretien sans stresser au point de foutre en l'air sa dernière manucure? S'asseoir derrière ce bureau, et lui dire simplement ce qu'elle pense vraiment... (Whaou ce salaire de dingue!) Pourquoi, dès qu'elle se sent hiérarchiquement inférieure à d'autres, elle perd totalement confiance en elle?

Et finalement, si tout ces petits instants du quotidien étaient vrais.
Si au lieu de rigoler de la vidéo postée sur les réseaux sociaux, les trois jeunes amis s'étaient réellement moqués d'elle quand elle est passée.
Si après sa nuit torride avec le bel inconnu, il l'avait finalement vu au réveil, les cheveux en pagaille et le mascara étalé au coin des yeux.
Si lors de son entretien, l'homme au costard (trois fois trop grand pour lui ceci dit) avait profité de son statut pour la mépriser.

Et si (encore mieux) au lieu de voir les choses comme ça, elle n'avait pas simplement traverser la rue la tête haute, en souriant aux passants, en entendant les trois amis rigoler, mais sans se demander si c'était pour elle ou non. 

Si elle l'avait fait cette soirée à la maison autour d'une pizza (bon ok, elle l'aurait pas accueilli en pyjama non plus, gardons un peu de glamour), n'aurait-elle pas été plus à l'aise pour faire sa connaissance.

Si à cet entretien, elle y était aller sereinement, en se disant tout simplement, qu'au fond elle n'avait rien à perdre, et que si elle ne lui plaisait pas (bon elle ne lui à pas non plus fait une petite tape dans le dos en partant), c'est que sa place était ailleurs.

Si finalement elle se disait qu' elle avait le droit d'exister, d'être elle-même sans se soucier du regard des autres, parce que c'est vrai, elle ne pourra jamais plaire à tout le monde, mais se plaire à soi c'est déjà un grand pas.


FlorianeP

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