Écrire pour s'engager

Elles émergent en masse depuis quelque temps, l’avez-vous remarqué ? Elles jaillissent des profondeurs de notre réflexion et déferlent sur nos écrans, dans nos musées, nos bibliothèques, ces œuvres engagées, criantes, acerbes, porteuses d’un constat alarmant. Notre société appelle un bilan et les arts s’en mêlent, en sensible thermomètre de nos dysfonctionnements.

Romans, courts-métrages, documentaires, peintures et sculptures sont de plus en plus nombreux à crépiter, s’agacer, s’indigner, dénoncer les dérives de notre civilisation. C’est un symptôme inquiétant lorsque les multiples formes d’expression de l’Art convergent profusément dans la même direction, car c’est l’Art qui définit le mieux l’homme en tant qu’espèce « avancée ». C’est à travers lui que se manifeste notre capacité de questionnement, de réflexion, de remise en question. C’est à travers lui que les idées prennent vie et que le champ des possibles s’élargit. Il nourrit, alimente, dynamise notre intellect, nos émotions et la conscience que nous avons de notre environnement. Et le voilà qui se teinte d'une couleur sombre, austère et angoissée. Il est à notre société ce que le pouls est au cœur. Il faut le prendre et l’écouter.

Lorsque j’ai choisi de faire de l’écrit mon métier il y a quelques années, le ton commençait déjà à changer, mais il était encore ténu, insuffisamment partagé pour être entendu. Aujourd’hui, ma plume ne fait plus que crisser. Elle lacère et déchire chacune des feuilles qu’elle rencontre. Tordue et fébrile, imprégnée de l’encre malade des maux du monde, elle interroge, invective, griffe une image aussi lisse que trompeuse.

J’ai délibérément pris la voie de la littérature et de la scénarisation engagées parce que je crois dans le pouvoir des arts. Je crois dans l’importance vitale de l’imaginaire et de la création pour échapper à l’immobilisme et la résignation, je crois dans les mystères de l’inspiration et les messages subliminaux qu’elle véhicule, je crois dans le rôle de « passeur » de l’auteur. Nous vivons une époque où le champ des possibles doit impérativement rappeler qu’il existe, où de nouvelles versions de nous-mêmes doivent impérieusement être exprimées, où nous devons nous souvenir que rien n’est jamais définitivement fermé ni figé. Les arts sont la meilleure chance qui nous est donnée de secouer l’ordre établi, le statu quo, et le diktat qui les accompagne souvent.

Écrire parce qu’on a des choses à dire, c’est s’engager. C’est alimenter l’inconscient collectif, susciter des débats et nourrir les polémiques. C’est souffler sur les braises de la réflexion pour que le feu de la raison reste allumé. Être artiste engagé, c’est utiliser son art moins pour exister en tant qu’individu qu’en tant que rouage d’un vaste système dans lequel chacun de nous, qu’il en ait conscience ou non, envie ou non, a un rôle à jouer. C’est transmettre le cadeau qui nous a été fait : inspirer. Inspirés nous ne sommes que pour inspirer les autres en un infini prolongement. L’inspiration est une respiration, l’Art est un pouls, et nous sommes tous les cellules de l’ensemble.

Je ne conçois plus mon écriture autrement que dans l’engagement, parce que notre époque exige un courant d’air géant. Je réponds au besoin irrépressible de souffler mon imaginaire sur le monde, pour multiplier les versions de sa possible évolution.

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Stéphanie Aten

Scénariste et romancière engagée, parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société.

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