Du poisson pour les fêtes ?

Chouette bientôt les fêtes de fin d’année ! On se dit qu’on va pouvoir se faire plaisir avec des pavés de saumons et autres filets fumés de truites à la chair délicate qui sentent bon les festins familiaux et néanmoins bons pour la santé. On y tient à notre santé, et cela tombe bien, en plus ces poissons gras contiendraient les fameux omega-3 si précieux pour notre organisme. Oui mais voilà… Mangeons du poisson, mais en connaissance de cause.

(Amis végétariens qui avez fait des bonds, je vous ai vus, lisez cet article jusqu’au bout).

Saumon poison ?

Varier notre alimentation, manger du poisson plus souvent, c’est meilleur pour la santé et c’est ce qu’on nous dit depuis des dizaines d’années.

Pour commencer, ingérer des poissons riches en Omega-3 (acides gras essentiels) et ALA (acide alpha linolénique, indispensable pour que l’organisme fabrique les acides gras essentiels) est, disent les nutritionnistes depuis 30 ans, très intéressant pour notre organisme. La raison en est que les Omega-3 - que notre organisme ne crée pas lui-même - permettraient de conserver des artères souples et favorisent les échanges entre les neurones. Il faudrait donc ingérer des aliments riches en omega-3, c’est-à-dire manger des poissons gras. Avec les fêtes qui arrivent, et les étals poissonniers subissant une vague orange, faisons un petit topo.

En 2013 la Norvège a reconnu que son saumon contenait ni plus ni moins que des produits toxiques : Antibiotiques, insecticides (diflubenzuron ), pesticides, métaux lourds, dioxines et PCB (Polychlorobiphényle, substances chimiques issues de l’industrie qui se retrouvent dans les eaux et tout l’environnement alentour, cultures agricoles et faune donc). La production des PCB est interdit en France. Les PCB ont été utilisés dans l’industrie jusqu’en dans les années 80. Maintenant, des doubles vitrages, des transformateurs les intègrent toujours, en attendant d’être remplacés et surtout décontaminés dans des centres de déchets dédiés. Le guide régional de la gestion des déchets en PACA nous indique qu’ « En 2002, un inventaire national réalisé par l’ADEME estimait que plus de 500 000 appareils contenaient plus de 30 000 t de PCB (…) leur utilisation dans les transformateurs, condensateurs et systèmes caloporteurs en service reste autorisée moyennant diverses prescriptions de sécurité : étiquetage spécifique des équipements, installation de systèmes de rétention, protection incendie.» Autant dire qu’il faut lire nos étiquettes et ne pas jeter n’importe comment.

Du saumon à l’éthoxyquine. Miam !

Pour en revenir à la Norvège, le PCP contamine notamment les poissons transformés en croquettes d’alimentation dont se nourrissent les saumons et se retrouve donc, une fois ingéré, dans l’organisme du saumon.

D’autre part, un laboratoire de Genève a découvert, toujours en 2013, de l’éthoxyquine. Cet additif est utilisé traditionnellement en Europe sur les fruits et légumes en tant que conservateur et pesticide, on le retrouve sous l’appellation E324.

Bon alors que fait donc ce méchant additif ? Après des années de recherches au NIFES en Norvège (Nasjonalt institutt for ernærings- og sjømatforskning), Victoria Bohne a montré que l'éthoxyquine pouvait traverser la barrière hémato-encéphalique ce qui est dramatique car cette barrière doit restée inviolable envers les corps étrangers sous peine et qu’il est cancérigène. Son étude a été étouffée et la chercheuse a subi des pressions pour garder le silence jusqu’à ce qu’elle soit licenciée… Selon Rue89 « des chercheurs américains avaient déjà prévenu qu’il ne fallait pas manger de saumon norvégien d’élevage plus de trois fois par an. »

3 ans après…

Manger du saumon bio ?

Une enquête récente menée par 60 Millions de Consommateurs (Novembre 2016) en partenariat avec Thalassa (France 3) sur les saumons bio irlandais et non bio a livré que tous les saumons bio seraient plus pollués que les saumons non bio issus d’élevages traditionnels intensifs… En effet, suite au tollé observé sur les indices de contaminations du saumon d’élevage norvégien, il semblerait que toute la filière traditionnelle, en Norvège, Écosse et ailleurs, ait relevé le niveau cette année ! Au détriment du saumon bio, tout du moins irlandais pour celui qui a été dernièrement testé. Il pâtirait de la plus grande teneur en farines et huiles animales intégrées à son alimentation, contrairement aux élevages traditionnels qui nourrissent les poissons avec elles, une plus grande quantité de farines et huiles végétales. Cette farine animale provient de poissons sauvages dont la teneur en mercure ne peut être contrôlée, de fait bien sûr de leur nature « sauvage ». Le constat est vraiment triste si les saumons ne peuvent plus se nourrir comme de vrais saumons. La nature ne peut plus être synonyme de qualité depuis que l’industrie s’est entêtée à détruire l’environnement au nom du progrès et que les lobby agroalimentaires se sont partagés la planète pour en faire un tiroir caisse.

Le manger bio, donc pourquoi pas, même si ce n’est pas la panacée. Les taux toxiques, nous rassure-t-on, restent dans la limite inférieure autorisée. L’avantage du bio se fait ailleurs. Par exemple, les vaccinations en élevage biologique se limitent à deux séances maximum alors qu’un saumon «classique» sera traité autant de fois que nécessaire. La différence se fait également sur l’environnement, car enfin, l’agriculture biologique si - dans ce cas précis du saumon - n’est pas parfaite, réduirait toutefois son impacte négatif sur la faune aquatique et participe à des fermes plus respectueuses dans l’élevage du saumon, avec plus d’espace dans les bassins, donc moins d’épidémies qui se propagent et donc des saumons en meilleurs santé. Maintenant, une chose est sûre l’océan est pollué. Après le documentaire de Thalassa, nous sommes en droit de se demander comment la filière bio aquacole irlandaise mais également dans d’autres pays, pourra relever le niveau ? Le pari bien triste à prendre est que l’alimentation du saumon bio ne ressemblera plus à l’alimentation d’un saumon naturel… Rendez-vous l’année prochaine ?

Les omega-3 en pilule, une mode diététique remontant à 30 ans.

Maintenant pour tout vous dire, les Omega 3 rassemblent tellement d’études contradictoires sur leur « bénéfice santé » qu’on pourrait résumer cela par : s’ils (les Omega 3) ne font pas de bien à l’organisme ils ne font pas de mal non plus.

En fait la déferlante Omega a commencé il y a une trentaine d’années après que des chercheurs danois, observant des populations inuites du Groenland, s’aperçurent qu’ils ne déclaraient que très rarement de maladies cardio-vasculaires. Leur étude les amena à penser que c’était leur régime alimentaire constitué de poissons riches en acides gras qui en était la cause.

S’en est suivi une industrie de petite pilules à avaler et des publicités ventant les mérites du saumon… de moins en moins cher au demeurant puisque la production « subit » la loi de la demande. En augmentant les volumes de poissons élevés, la qualité a été réduite et la production est devenue produit de consommation courante. La production s’est étendue à un tel point que le saumon est devenu en Norvège le deuxième PIB après le pétrole.

Alors si l’on sait que les poissons sont contaminés, quid des pilules fabriquées à base de ces poissons ?.. Apparemment elles seraient exempt de contaminants.

D’autre part des études sur les Omega se sont multipliées et la dernière tend à revenir sur les premières publications concernant ses vertus. "A l’aide d’une méta-analyse, publiée par le JAMA, (le journal of the American Medical Association) des chercheurs ont synthétisé les résultats de 20 études regroupant plus de 68 000 individus. Sans voir le moindre impact d'une supplémentation en oméga-3 sur les morts subites cardiaques, les infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux (AVC)" Passeport Santé.

Nous sommes donc ballottés d’études en études. Avaler des pilules ou bien manger de la "vraie" nourriture ?

A présent, si vous voulez absolument manger du poisson, pour son goût ou pour ses vertus diététiques, puisqu'en dehors de ces fameux Omega, on peut louer par exemple la qualité de ses protéines, acides aminés, etc... Il faut connaître ceux qui sont les moins exposés à tout ces poisons. Il s’agit des plus petits ceux qui se trouvent tout en bas de l'échelle alimentaire, tels que les harengs, maquereau, sardine, truite, etc…

La truite ?! Mmm la truite !

Pour m’amuser j’ai regardé un peu ce qu’il en était de l’élevage de la truite arc-en-ciel. Ce poisson est celui qui est mangé en deuxième en volume après le saumon. La France est le premier pays producteur de truites arc-en-ciel. Bien, décidément j’ai un problème avec la pisciculture… Antibiotiques, bains de formol ont l'air d'être leur lot quotidien. Mais ce ne sont pas les seuls problèmes, je comprends qu’un animal malade doit être soigné. Et si j'ai quand même un peu de mal à l'idée que je doive manger des antibiotiques contre les furoncles, le vrai problème vient des OGM. Des truites OGM paraissent devenir la norme pour obtenir des individus résistants à certaines maladies. La FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), nous l’indique de cette façon :

« (…) la recherche actuelle et développement tentent continuellement à augmenter l'efficacité de la production et vente en augmentant les densités d'élevage, en améliorant la technologie de re-circulation, en développant des souches de poissons génétiquement supérieures pour une croissance améliorée ». Voilà, voilà...

Le végétarisme

L’alternative sans risque à condition qu’elle soit dans le cadre d’une agriculture biologique, pour éviter les polluants serait également de manger végétarien. Choisir les aliments non carnés riches en Omega-3 semblent assez facile, ils se trouvent dans les huiles végétales comme celle de lin, de noix, d’olive. On les ingère avec les fruits à coques comme les noix, les amandes. Également dans le soja, les graines de chanvre, le chia…

En conclusion, je pourrais partager l’adage « pour rester en bonne santé mangeons de tout mais en petite quantité »… mais il était valable il y a 40/50 ans ! Si ce « de tout » est de mauvaise qualité, voire, toxique il faut, soit revoir intégralement son assiette, soit en accepter les risques. N’y voyez pas une forme de résignation car à notre échelle nous pouvons aussi lutter contre les lobby agro industriels, il suffit de croiser les informations et d’acheter mieux.  Bref, tout le monde fera ce que sa conscience ou son envie lui dira de faire. Et je suis même sûre que si nous venions à craquer sur un "interdit" alimentaire qu’il soit diététique, sanitaire ou même éthique, Neptune, dans notre cas, ne viendra pas s’inviter à nos soirées de fin d’année et nous menacer d’échanger son trident à la place de notre fourchette !

La mauvais alimentation commence vraiment quand on a oublié de réfléchir à ce qu’on mettait dans sa bouche ou quand on ne veut pas du tout y réfléchir.

Bon appétit !

Sources

http://www.developpement-durable.gouv.fr/Que-sont-les-PCB-Quels-sont-leurs.html

https://www.anses.fr/fr/content/consommation-de-poisson-deau-douce-et-impr%C3%A9gnation-aux-pcb-une-%C3%A9tude-nationale

http://www.entreprises.cci-paris-idf.fr/web/environnement/dechets/dechets-dangereux/cadre-reglementaire-pcb-pct

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thoxyquine

http://www.guide-dechets-paca.com/spip.php?rubrique36

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2014/01/26/faut-il-en-finir-avec-les-omega-3/

https://www.nifes.no/en/

Saumon bio irlandais : http://www.24heures.ch/economie/alerte-rouge-lancee-saumon-biologique/story/12622133

Nan Heurley

Un journal publié sur Amazon, (Journal cyclothymique d'une ado attardée), des blogs, des articles sur le web... on dirait bien que l'écriture me tient !

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