Dessine moi la paix !

Pas d'état d'âme, mais de la révolte, de l'amertume et beaucoup de fatigue. Ces soirs là, l'homme ne pouvait pas écrire, isolé dans son appartement, dans un pays délabré, sans identité, en pleine guerre d'intérêts… Ce pays qu'il aimait tant et qu'une poignée de corrompus s'évertuait à ruiner… La France était en plein marasme, elle vivait un cauchemar profond par le sang d'innocents versés sur la parvis du barbarisme aveugle et ignorant de sa condition.

Voici l'histoire de cet homme et de son étrange nuit, aux frontières d'un monde singulier où le cœur se nourrit des larmes de l'oubli…

"L’homme était seul, sans personne avec qui véritablement parler. Dans cette crise identitaire, sur le terrain de sa solitude, quelque chose s‘était cassé intérieurement. Et comme l’homme n’avait plus de réels repères, ni même d’objectifs définis, il se préparait à passer sa nuit en buvant des bières et en surfant sur cette virtuelle toile qui ne lui apportait plus le réconfort qu’il espérait distillant insidieusement les signes d'agonie d'une société en perdition.

L’homme s’endormit sur son clavier dans l’anonymat le plus total. Il était bien plus isolé qu’une étoile au milieu du cosmos. Alors imaginez-vous sa surprise quand une drôle de petite voix le réveilla.

- S’il te plait Monsieur… Dessine-moi la Paix !

- Comment ? Fit-il en relevant la tête.

- Dessine-moi la Paix !

L’homme se figea devant son écran, comme s’il avait été frappé par la foudre divine.

Il frotta ses yeux et il vit dans cette virtuelle fenêtre, une petite colombe blanche tout à fait extraordinaire qui le considérait gravement.

Quand l’homme réussit à parler, il lui dit :

- Mais qui es-tu ? Que fais-tu là dans mon Pc ?

Et la colombe blanche lui répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse :

- S’il te plait… Dessine-moi la paix !

Aussi absurde que cela semblât, dans le désert de sa solitude, l’homme sortit de sa mémoire quelques pensées qu’il essaya d’organiser.

Et l’homme se rappela alors qu’il avait surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul, la grammaire et il dit à la petite colombe blanche qu’il ne savait pas dessiner.

Elle lui répondit :

- Ça ne fait rien… Dessine-moi la paix !

Comme l’homme n’avait jamais dessiné quelque chose d’aussi abstrait que le Paix, il tapa 3 lettres sur son clavier qui s’inscrivit sur l’écran de son ordinateur, trois grosses lettres inspirées.

O.N.U.

Et il fut stupéfait d’entendre la petite colombe blanche lui répondre :

- Non ! Non ! Et non ! je ne veux pas du « O » de l'Oubli ni du « N » du Néant et encore moins du « U » d’Usure. Chez moi c’est tout bleu et j’ai besoin de Paix…

Dessine-moi la Paix !

Alors l’homme, actionna une fois de plus son clavier pour trouver dans un de ses dossiers un énorme cœur dessiné.

La petite colombe blanche le regarda attentivement :

- Ce cœur saigne de la souffrance du monde… Dessine-moi la Paix !

L’homme, maladroitement dessina avec sa souris un rameau d’olivier.

La petite colombe blanche sourit gentiment avec indulgence.

- Vois-tu ce rameau d’olivier va mourir, tu viens de le couper de sa source de vie !

L’homme refit encore un dessin – un arbre entier.

- Celui là est trop seul. Je veux une paix qui soit heureuse.

Alors l’homme, faute de patience et comme il avait hâte d’en terminer, ouvra un logiciel de graphisme et créa une photo, qu’il posa sur son site et lança à la colombe blanche :

- Ça c’est mon site… Le site web d'un futur magazine… décoré de belles images comme des guirlandes sur un arbre de Noël virtuel, orné de mains tendues pour éviter que ces âmes potentielles ne se perdent dans le dédale de la toile, de grands cris de joie pour que la terre entière puisse les entendre, de milliers de couleurs pour que le cosmos soit éclairé par la lumière de l’amour… Et la Paix que tu veux est dans ce site, dans ces sourires, ces mains tendues, ces cris de joie, ces milliers de couleurs. C’est un site de Paix qui unit tous les hommes, tous les animaux, tous les végétaux, tous les minéraux, tout le savoir de cette terre au travers d’une seule et même passion, le partage.

L’homme fut bien surprit de voir s’illuminer la tête de la petite colombe blanche.

- Oui ! Voilà la Paix. Faudra-t-il beaucoup de mains tendues sur ce site pour donner la Paix à tous ?

- Pourquoi ?

- Parce que chez moi la seule main tendue que nous ayons est le cœur que nous nous partageons.

- Ça suffira sûrement. Je t‘ai ouvert ce site ou les membres sont une communauté de passionné et de pacifique, ils ont quelques sourires, mais dans chacun d'eux a une main tendue et un cœur à donner. Cette radio est un phare dans la nuit pour certains, un partage pour d’autres, c’est un lien d’amitié autour de belles pensées.

C’est ainsi que l’homme fit la connaissance, ce matin là, d’Adovès, la petite colombe blanche.

Tel un oiseau qui plane aux confins de l’espace et du temps, telle une colombe blanche étrange et rebelle qui s’envole toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus haut.

Chacun tente de trouver sa liberté, chacun recherche sa vérité.

C’est donc cela, l’illusion virtuelle, pensa l’homme et il ne put s’empêcher de sourire intérieurement. Il était sans doute irrespectueux d’analyser la situation présente au moment même ou il se trouvait dans les vapeurs oniriques de l’instant.

L’image de l’écran s’entrouvrit, Adovès, la petite colombe blanche qui volait dans les limbes électroniques de la machine lui cria :

- Allume ce phare dans la nuit, homme de Paix ! et sois heureux !

Puis elle disparut dans l’espace du bonheur, car elle devait encore et encore donner cette Paix qu'il avait du dessiné, l’aile tendue vers le refuge de l’amour éternel…

Et suivant la morale d’Adovès :

« Il ne suffit pas de crier à la paix,

encore faut-il savoir la dessiner.»

Remerciement au Petit Prince

Et à son père Antoine de St. Exupéry

Et à Jonathan Livingston le Goéland

Serge Leterrier

Rédacteur, scénariste, auteur, directeur de presse, photographe, graphiste - “Une phrase commence toujours par un mot et se termine le plus souvent par une histoire..." Serge Leterrier

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