Dégagez !

 Réponse au tweet de la ministre du travail Myriam El Khomri :

Dégagez !


Ma première réaction en ayant lu ce tweet invraisemblable de la ministre du travail Myriam El Khomri, est la suivante : ça fait beaucoup pour aussi peu de mot (d’habitude, c’est plutôt l’inverse chez eux), par où commencer ?


« AUCUNE VOIX DE GAUCHE NE DOIT MANQUER LE 7 MAI »


Dois-je débuter en vous rappelant quelle est la définition historique du terme “gauche” en politique ? Qui est, tâchons de le garder à l’esprit, matériellement l’exact antipode de la famille idéologique à laquelle vous, Mme. El Khomri, convenez. Cette famille, que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de « gôche caviar » si l’on est d’humeur taquine, que de « droite complexée » si l’on est plutôt pragmatique.

« La gauche [la vraie], les partis de gauche se rassemblent généralement dans la promotion d'idéaux progressistes et d'égalité, la critique de l'ordre social et le souci d'une plus grande justice sociale. » (Source : Wikipédia ; on échappera aux invectives du type : « Bolchevik ! »)

Petit réapprovisionnement en compréhension du champ politique, revenons-en à nos moutons. Il me semble que la loi El Khomri est une œuvre qui vous appartient, n’est-ce pas ?

Loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels

[ Dévoilé le 17 février 2016, le texte vise à réformer le Code du travail afin, selon le gouvernement, de « protéger les salariés, favoriser l'embauche, et donner plus de marges de manœuvre à la négociation en entreprise ». Il est initialement soutenu par le patronat, notamment le MEDEF, alors que l'opposition estime que le projet de loi n'aura que peu, voire pas, d'effet économique.

Le projet de loi fait l'objet d'un important mouvement de contestation, comprenant des grèves et manifestations, de la part des syndicats, d'organisations étudiantes et d'une partie de la gauche qui considèrent que les réformes proposées font « revenir des années en arrière » les droits des salariés.

Le texte, après avoir été remanié par le gouvernement, est adopté sans vote en première lecture par l'Assemblée nationale à la suite de l'engagement de la responsabilité du gouvernement grâce à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution française (dit « 49.3 »). Après son adoption par le Sénat, le texte est de nouveau adopté sans vote à l'Assemblée nationale en nouvelle lecture et en lecture définitive. Il est promulgué le 8 août 2016. ] (Source : Wikipédia)

Voici le contenu de cette loi :

- Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail
- Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos
- Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées
- Une mesure peut être imposée par référendum contre l’avis de 70 % des syndicats
- Après un accord, un salarié qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié
- Le dispositif « forfaits-jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu
- La durée de congé en cas de maladie ou de handicap d’un proche n’est plus garantie par la loi
- La durée et les modalités du congé sabbatique ne sont plus garantis par la loi
- Des horaires pouvant être modifiés 3 jours à l’avance pour les temps partiels
- Moins d’indemnités pour les malades et les accidentés licenciés
- La visite médicale d’embauche transformée en une visite d’information
- Par simple accord, on peut passer de 44h à 46h de travail maximum
- Congés payés : des changements de dates au dernier moment rendus possibles
- Les Négociations annuelles sur les salaires pourront être organisées tous les 3 ans
- Trop perçu : Pôle emploi peut prélever directement sur les allocations chômage
- Licenciement économique déclaré nul : baisse des indemnités pour les salariés

Dégagez !
Manifestation à Nantes, le 24 mars 2016, contre la loi El Khomri  


Mais où sont passés l’égalité, l’ordre social, la grande justice sociale et le progressisme dans tout ça ?

Il faut donc en déduire, après avoir lu cette description éprouvante congédiant bon nombre de nos acquis sociaux ; que vous, Madame, n’avez assurément rien à voir avec l’idéologie de la gauche. Pourtant, vous semblez vouloir astreindre « les voix de gauche » à une prédilection personnelle. Celle de voter pour Emmanuel Macron, et par conséquent celle d’adhérer à l’extrême finance (ubérisation totale de la société, réformes du Code du travail par ordonnance, privatisations tous azimuts, etc.) puisque c’est en personne qu’il a clamé le soir du premier tour qu’il ne s’agissait pas d’aller voter contre qui que ce soit mais qu’il souhaitait un vote d’adhésion.

Je dois dire que le degré de cynisme est très élevé. Chapeau Madame.

Grâce à vous, par-delà mon jeune âge (2 décennies à mon actif), j’ai pu assimiler l’enjeu du militantisme politique, de la lutte contre les idées de régressions sociales et démocratiques, idées pour lesquelles vous et vos collaborateurs plaidez. Je ne suis pas ingrat mais comprenez que je n’ai pas envie de vous remercier.

Epris de ces enjeux, prônant le bonheur collectif au détriment de celui du capital financier, c’est avec force et arrogance que j’ai manifesté et lutté contre votre loi et vos abus de pouvoirs brutaux et anti-démocratiques.

Preuve à l’appui : L’utilisation à 3 reprises du 49.3 de la Constitution française (permet au gouvernement de faire passer le texte qu'il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure que l'opposition se doit de déposer pour la forme, avec peu d'espoir de réussite.) dans le but de faire passer cette loi de force, et ce contre l’avis de milliers de gens protestants constamment dans la rue et subissant des traitements ignobles et insupportables de la part des dits serviteurs de la paix sous les ordres du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve. Nous pensons à ce père de famille de 46 ans ayant perdu la moitié de la vue après avoir reçu au visage un morceau d'une grenade lancée par les forces de l'ordre, ou encore à cet étudiant de 20 ans devenu borgne de la même manière, et combien d’autres. Les dits serviteurs de l’information se sont également déshonorés lorsqu’ils nous repeignaient continuellement en bêtes sauvages irrationnelles. Eux répondaient aux consignes des 9 milliardaires qui contrôlent 90 % de la presse de ce pays.

Dégagez !
Manifestation contre la loi travail     


Morale de l’histoire Mme. El Khomri : l’étiquette gauche n’a plus aucun sens, sa conscience tend à disparaître et vous en êtes les principaux responsables. Prétendument socialistes, vos acolytes et vous n’avez cessé de mener une politique à l’opposé des valeurs de gauche durant ce dernier quinquennat. Austérité, soumission à votre ennemi la finance, régression démocratique et sociale, atlantisme, dégradation des services publics, remise en cause du code du travail, etc. La liste est longue.

Votre sommation « Aucune voix de gauche ne doit manquer le 7 mai » est donc à prendre avec des pincettes. 


« QUAND JEAN-LUC MELENCHON ET SON DEGAGISME ÉPARGNENT MARINE LE PEN : UN DÉSHONNEUR ET UNE FAUTE. »


Vous ne mâchez pas vos mots. Le concept de dégagisme, ni n’appartient à, ni ne provient de la personne de Jean-Luc Mélenchon. Ce n’est pas lui qui vociférait des « Dégagez ! » à outrance lorsqu’il évoquait l’extrême finance ou l’extrême obscurantisme au cours de ses meetings, c’est l’œuvre des militants présents, du peuple. Celui que vous méprisez.

Ce concept émane de Tunisie en 2011, au cours du printemps arabe. Le dégagisme c’est la posture d’insoumission politique qui exige l’expulsion des dirigeants jugés illégitimes, et ce par désobéissance civile ou par la voie des urnes. Réjoui que nous ayons fait nôtre cette révolution des consciences.

Cette vague déferlante vous est adressée, de la même manière qu’à Marine Le Pen. L’incompétence vous caractérise toutes les deux du fait que vous n’êtes même pas capable ne serait-ce que de penser au changement auquel le peuple aspire réellement, où l’écologie, l’égalité et la démocratie seraient les maîtres-mots.

La clameur de ses milliers de gens extériorisait leur dégoût et leur révulsion à l’égard d’une caste où oligarques et personnages politiques grossiers, vous compris, s’amalgament.

Qui a souhaité étendre la déchéance de nationalité ? Jean-Luc Mélenchon ou François Hollande ?

En mettant sur la table une mesure phare du programme de Marine Le Pen, vous lui avez tout bonnement offert de la crédibilité sur un plateau d’argent. C’est vous qui avez semés le trouble dans l’esprit des gens.

Le Parti Socialiste, son candidat Benoit Hamon et le “chef” François Hollande ont passé davantage de temps, durant la dernière semaine avant le premier tour, à injurier Mélenchon plutôt que d’alerter sur le danger que représente la présence du Front National au second tour.

On pense notamment à ce communiqué de presse publié sur la page officielle du Parti Socialiste le 21 avril : « Jean-Luc Mélenchon, un mirage dangereux » ou encore aux propos infects du président de la république soulevé par le Canard Enchaîné le 19 avril : « Mélenchon est un dictateur, pas un démocrate. » ; « Voter Mélenchon, c’est voter Chavez ». 

Dégagez !
(Photo de couverture Facebook de la page officielle du Parti Socialiste)


On croit rêver. Au vu de la gaffe récente qu’a faite Ségolène Royale, ministre de l’environnement, lors de son passage sur C News : « C’était une bonne surprise dimanche soir parce que notre candidat était en tête. », mixé à cela, tous les ralliements des grosses têtes de votre parti vers Emmanuel Macron alors même que Benoît Hamon s’était imposé lors des primaires du Parti Socialiste. On en vient à s’interroger et finir par penser qu’En Marche est en fait la réincarnation de ce parti.

Voyons le bon côté des choses : Vous vous dépossédez du terme « socialiste ».

Plus sérieusement, la clameur de ces milliers de gens ne cessera de croître si, après vous être discrédités aux yeux de tous, par surcroît vous éprouvez le besoin de ternir leur porte-parole.

Au fond, qu’est ce qui est reproché à Jean-Luc Mélenchon ?

On finit par se perdre quand l’on observe cette cohue d’éditorialistes, de politiciens sermonneurs estimant disposer d’un monopole de la raison, vous la première, et de tous les

« importants » qui récitent en chœur le prêchi-prêcha ancestral partout où ils peuvent s’exprimer publiquement. " IL FAUT FAIRE BARRAGE ! "

- 1/3 des 18-24 ans ont voté pour le programme l’Avenir en commun
- La France insoumise arrive en tête dans des villes comme Marseille où l’on disait d’elles qu’elles étaient dévouées au Front National
- La France insoumise arrive en tête dans les grandes villes suivantes : Montpellier, Lille, Avignon, Grenoble, Toulouse, Le Havre, Nîmes, Marseille, Rennes
- Elle recueille 7 millions de voix au total pour le premier tour, environ 650 000 de moins que le Front National
- 500 000 adhérents, ce qui en fait la première force politique du pays, cela en l’espace d’une année seulement
- Nombreux témoignages de gens qui comptaient voter FN par dégoût du système et se sont tournés vers FI après mûres réflexions
- Recul de l’abstention dans de nombreux quartiers populaires transformé en voix pour la France insoumise

Non, rien de tout cela bien sûr. Ce qui lui est reproché c’est qu’il ne s’aligne pas sur les autres castors et n’appelle pas directement à faire barrage au Front National.

Vous aurez néanmoins la décence d’observer que la devise de la consultation à laquelle les centaines de milliers d’adhérents ont été appelés est très explicite : Pas une voix pour le Front National. Toutefois, dans l’optique de ne pas diviser cette mobilisation ardente, 3 choix sont proposés dans cette consultation et les 3 doivent être respectés :
1. Je vote Emmanuel Macron (sans adhésion)
2. Je vote blanc ou nul.
3. Je m’abstiens.

Cette consultation, qui ne sera pas une consigne mais un bilan, est annoncée depuis le début du lancement de campagne, dans le cas où le porte-parole de ce mouvement ne parviendrait pas au second tour. Ainsi, il a honoré ses engagements. A qui voudra bien l’entendre.

La vérité c’est que le mouvement des insoumis, à contrario de votre parti, par la force et l’obstination de ses convictions, sa cohérence, sa créativité et sa persévérance est à l’origine du recule considérable des scores du Front National.

Le comble, lorsqu’on lit de la part de gens comme vous que nous sommes fautifs et déshonorables. Nous forcer à choisir la cause plutôt que la conséquence. Est-ce en cela que consiste votre conception de la démocratie ?

Au risque de vous attrister, ce n’est pas la nôtre.

On en a gros. Dégagez !

David Canovas


Sources :
loitravail.lol
Wikipedia
Photo : Loic Venance / AFP
Photo : Philippe Desmazes / AFP
lafranceinsoumise.fr

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