Dédoublement.

Chapitre 1 :

-Elle est ici quelque part.

-Mademoiselle, asseyez vous.

-Je ne sais pas où elle est.

-De qui parlez vous encore ?!

Il criait. Je crois. Je ne l'écoute pas.

-Je ne suis pas cette fille !

C’est à mon tour de crier. Ils me croient folle, tous.

-Bien. Décrivez la moi alors.

-Je ne peux pas. Je ne la vois pas. Je ne me vois pas quand je suis elle.

-Bien. A-t-elle un nom ? Un prénom ?

-Ils m’appellent Brook, quand je suis elle. Mais je ne suis pas elle. Je le sais.

-Ok.

Il se lève et appui sur le bouton de l’interphone une énième fois. Ils ne me comprennent pas. Ils ne m'écoutent pas. Peu importe la personne que j’ai en face de moi. Ils m’appellent “Sujet 13”, je m’appelle Eva, ou parfois ils me confondent avec elle. Brook. Je crois qu’elle s'appelle Brook, mais parfois son prénom se perd avec d’autres dans ma tête. Harley. Beth. Nicky. Oklahoma. Bonnie. Piper. Katrina. Sally. Et nombre d’autres, qui affluent dans mes “rêves”. Des rêves aussi réels que ma propre vie, dans lesquels je suis censée être quelqu’un que je ne suis pas. Et Eva se perd entre ses nombreuses appellations, Eva disparaît. Les deux syllabes du prénom que j'ai toujours connu se dispersent, loin dans les vagues de mes souvenirs.

Ils entrent. Les hommes en blancs. Je ne connais ni leur noms ni leur prénoms. Comme s’ils n'étaient personne. Comme moi. Comme Eva. Ils me ramènent en cage. Je me défend parfois, et parfois non. Comment leur faire comprendre quelque chose que je ne comprends pas moi même ?

Je crois qu’Eva a existée, autrefois, ou du moins j’en suis venue à un tel point que j’essaie désespérement de m’en persuader. Je m’accroche aux quelques souvenirs d’elle (de moi ?) qu’il me reste. Tout comme je tente en vain, seule dans ma cellule, de me répéter que je ne suis pas folle… que ce n’est pas juste, comme nombre de psychologues et psychiatres me l’ont rabâché, un trouble dissociatif de l’identité. Je sais que ce n’est pas le cas, puisque je suis consciente que je ne suis pas ces personnes que l'on prétends que je suis.

Une porte s’ouvre. Non… Ils reviennent déjà me chercher ? M’ont-ils cru cette fois ? Un mince espoir s’insinue en moi tandis que les quelques souvenirs d’Eva remontent avec brutalité. Des hommes, en costume noirs cette fois, s’arrêtent devant ma porte. Je les ais déjà vue, une fois. Mais le souvenir est flou, j’étais sous calmants, dans les vapes. Ma porte s’ouvre, l’un d’eux pénètre dans la pièce, s'accroupit à ma hauteur, ses lunettes d’un noir profond et parfait reflétant ma propre image, et m'imposant la dure réalité. Ce n’est pas Eva que j’ai en face de moi, et je recule d’un bond d'effroi, des frissons remontant de ma colonne vertébrale.

Un visage inconnu. Encore… Des cheveux roux, magnifiques, des yeux bleu d’une profondeur extrême, en d’autres circonstances, j’aurais tué pour avoir cette apparence. Mais elle n’est pas moi, je le refuse et ferme les yeux d’horreur.

-Tu me reconnais ?, me demanda-t-il.

-Oui, répondis-je en soufflant, encore sous le choc.

-Tu ne te reconnais pas, Eva, je me trompe ?, lança-t-il, en enlevant ses lunettes.

Il était étonnement jeune, ce qui détonnait avec ses deux collègues, derrière lui. Je ne répondis pas, et le fixa, interloquée. Etait-ce un nouveau test ? Il me fait penser qu’il me croit pour me replonger dans la folie ? Non… Ils pensent déjà tous que je suis folle, depuis plusieurs mois. Et je suis déjà enfermée ici pour cette raison, donc ils ne peuvent rien me faire de plus que ce qu’ils me font déjà. Me détruire à petit feu... Que me veulent-ils ?

-Non. Ce n’est pas Eva que tu as vue.

-Je ne l’a connais pas, dis-je exaspéré.

-Elle s’appelle Alaska Jones. Elle vivait au Canada.

-Vivait ?...

-Elle est morte hier. Donc, si nous faisons les comptes… Tu en es à quinze membres.

-Dix-sept. Donc, vous me croyez… Ne blaguez pas avec moi. Pas sur ce sujet la.

-Cela fait maintenant cinq ans que nous t’étudions. Donc, nous prenons ton histoire très au sérieux, crois moi.

Toutes ces informations m’ont soudainement donné le tourni, et je vis la liste de chacun de mes prénoms défiler, Brook, Alaska, Harley, Beth, Nicky, Oklahoma, Bonnie, Piper, Katrina, Sally, Everdeen, Amanda, Nancy, Nicky, Billie, Cassiopé, et enfin, Eva.

-Vous pouvez me donner des réponses ?

-Oui, mais beaucoup de mystère restent encore en suspens. Maintenant, c’est à toi de choisir, rester ici, ou nous faire confiance. Tu es libre de faire ce qui te semble le mieux. Mais je dois te prévenir, ici tu risques ta vie. Et ta santé mentale... mais ça tu le sais déjà.

-Vous êtes de la C.I.A ?

-Les costumes ne trompent personne, n’est-ce pas ?, répondit-il avec un sourire.

-Les hommes de la C.I.A ont le droit de sourire ?

Il se mit à rire légèrement.

-En principe non, mais garde le secret, tu veux ?

Je lui souris en retour, et lui lance un clin d’oeil.

-Fais-moi sortir de cet enfer, et je serais une tombe.

Et ce fut à cet instant précis que ma vie prit une tournure encore plus étrange qu’inattendue.

La suite au prochain épisode. 

Mims

No matter, you will never know me.

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