De Gabrielle à Chanel

La mutinerie matinée d’une marinière de flibustier, une jeune fille tanguait prés des vagues de camelots qui haranguaient les passants passagers. L’illégitime enfant coutumière, délaissée par l’infortune d’une mort abandonnée au fil d’hier, elle goûta le genre orpheline, de l’austère à la révolution du spleen. Gabrielle de son nom Chanel, modeste couseuse dans les ateliers de layette, rêvait de détrousser des trousseaux de conquêtes. L’aiguille à broder les draps de coton, sans peine elle quitta le cocon en posant sur la scène le bout de ses talons. Les talents arrimés à la chienne de vie genre faire du foin, à beugler avant d’enchanter le café-concert de Moulins, elle officiait là à se prendre pour une artiste de music-hall, « Coco » poussait les couplets tels des wagonnets, « Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? ». Adulée par la jeunesse fortunée, elle mènait la vie de château dans les arcanes de la haute société, puis Boy et l’amour lui faisaient la cour, avant d’emprunter une issue de secours. Chapeau bas sans tralala, modeste modiste à essayer d’emplumer les demi mondaines qui voulaient une élégance souveraine, Coco emprunta l’esquisse de la sophistication, le succès devint sa rébellion. « Chanel Modes » de boutique Parisienne à écumer les bords de mer à la « Gabrielle Chanel », elle traçait son sillon telle une couture dont le vis à vie devenait belle. Les jupes montraient leurs jambes sans faire un pli autour des tailles, la genèse d’un vertige se pressant à créer un style sans faille, les silhouettes neuves se mouvaient libérées par des ciseaux aux champs d’oiseaux. Capel et paix dans son âme damnée lui assénait une étreinte de douleur,celle qui vous creusait un fossé, au travail acharné elle trouva le sens de l’oubli esseulé. Le royaume bifurqua sur les trottoirs de la place Vendôme, « La rue était à ceux qui savaient faire de l’or », l’alchimie des sens se mettait en passion à rendre les passeurs de mode moribonds. Marin à contre courant, à lancer sur la surface d’un jersey un bouton qui ricochait, elle faisait des femmes girondes, des androgynes qui sans dessous des seins ressemblaient à des hommes avec plus de dessein, laissant des secrets prés des jardins qui sentaient le thé. Rue du faubourg Saint-honoré de sa prestance qui filait à l’anglaise, elle vagabondait sur les décors de sa belle Polonaise, elle volait les bérets qui coiffaient au poteau les idées aux cheveux courts, engonçant sa tête dans le col d’un chandail qui tournait court. La petite robe noire en crêpe de Chine, faisait rire les garçonnes qui sous capelines mimaient les coquines, les émotions en contrefaçons à défaire la vie à coups de toxines. Le train bleu sifflait sa foi aux artistes de son engouement amoureux, à concocter des prouesses de Dali à Cocteau, à parfumer le monde simple et beau. Acharnée à la lueur d’une chandelle, elle se coupait en cinq, pour faire des gouttes d’eau son Chanel éternel. De la gitane libre pensante, aux perles de bijoux incandescentes, « Bijoux de Diamants » devenait son aimant, son arbre d’essence aux bourgeons si fringants. De l’hymne à l’amour à celui de la guerre, elle laissait défiler le bleu du blanc d’un rouge éphémère. Ailleurs c’était un tailleur Chanel rose à Kennedy, en marchant à Dallas sur les boulevards des as, quand Marylin Monroe déclarait que les gouttes de nuit Chanel étaient sur sa peau des désirs charnels. Sa poudre de Ritz collée aux joues Coco mettait toujours en joue ses rêves enjoués qui nous habillaient d’effets cent fois renouvelés sur un air de Tweed endiablé. 

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